
Sui generis : Locution adverbiale. Qui appartient en propre à l'être où à la chose dont il est question.
C'est la révolution française qui, en faisant de l'égalité un "principe", l'a sanctifiée et divinisée. Le féminisme, tel un coucou qui pond ses œufs dans le nid d'un autre, a repris à son compte ce terme vicieux, ce qui lui a permis d'hériter de son caractère divin de principe sacré. Toutefois, le féminisme n'a pas fait que récupérer le mantra de l'égalité, il l'a transformé, il l'a modifié, il l'a adapté à ses propres fins.
L'égalité féministe n'est pas une égalité mathématique. Ce n'est pas non plus une égalité en droits. Les femmes ont tous les droits des hommes mais cela n’empêche pas que l’égalité féministe n’est pas atteinte. Ce n’est pas davantage une égalité sociale. Entre les multimilliardaires comme Mark Zuckerberg, Jeff Bezos, Bill Gates, Bernard Arnault et bien d’autres, et les sans abri qui n’ont pour tout patrimoine que les loques qu’ils portent, l’inégalité sociale est plus grande qu’elle ne l’a jamais été. Mais, que je sache, cette inégalité n’est pas la tasse de thé des féministes. Comme l'égalité féministe n'est aucune de ces égalités, force est de conclure qu'elle est une égalité d'un genre nouveau et particulier, une égalité d'une nature propre au féminisme. En d'autres termes, l'égalité féministe est très exactement ce que l'on appelle une égalité sui generis, une égalité qui appartient en propre au féminisme. C'est précisément pour cette raison que j'utilise l'expression "l'égalité féministe", et non "l'égalité" sans autre précision comme le font les féministes et tout le monde à leur suite.
"Pour la première fois [avec les féministes, la centième fois est toujours la première], plus de 45 associations proposent 30 mesures pour que l'égalité entre les femmes et les hommes devienne une réalité. Pas l'égalité à moitié, pas l'égalité dans 150 ans, pas l'égalité pour certaines seulement. L'égalité maintenant!"
Le fait d'employer le terme égalité tout court, sans préciser "l'égalité féministe" a une conséquence et cette conséquence a elle même une autre conséquence.
L'utilisation du mot égalité sans autre précision n’attire pas l’attention sur le fait que l'égalité féministe est une égalité d'une nature particulière, une égalité différente et distincte de toutes les formes d'égalité connues antérieurement. En bref, une égalité sui generis. Elle permet de faire passer en fraude l'égalité féministe pour une égalité banale, comme on fait passer de l'héroïne dans le double fond d'une valise. Ainsi, les gens n'ont pas conscience de la nature particulière de l'égalité féministe.
Ce fait que les gens n'ont pas conscience que l'égalité féministe est d'une nature particulière, à son tour, a sa propre conséquence : il dispense d'expliquer en quoi consiste l'égalité féministe. Comme le sens du mot égalité ne parait pas avoir un sens particulier, les féministes ne le définissent pas. Ils ne disent pas ce qu’est l’égalité féministe, en quoi elle consiste, en quoi elle se rattache au concept général d’égalité. Et, bien entendu, aucun élève de la classe ne lève la main pour demander : « M’dame, c’est quoi l’égalité féministe ? » Ce fait, à son tour, renforce le préjugé qu'il n'y a rien de particulier à dire à son sujet : l'égalité féministe ? Mais c'est très simple, c'est l'égalité.
L'attachement au slogan de l'égalité féministe est irrationnel. Les gens l'acceptent sans l'examiner et sans le comprendre. C'est une croyance qui se sédimente inconsciemment comme une vase au fond de leurs cerveaux.