"Jeune femme de 25 ans, 1,53, 85A, équilibrée, raffinée, saine cherche un très bel homme de 40 ans maximum et de 1m 85 maximum, qui me fera jouir. Si tu es musclé, non-fumeur, torse glabre, câlin, sain, sensuel et raffiné, je désire te goûter discrètement en duo érotique et brûlant mais soft. Éjaculateurs précoces, impuissants, crades, SM, chauves, ventripotents, barbus exclus. Je ne me déplace pas. J'attends ta lettre de motivation et ta photo intégrale. Bisous aux gourmets."
Si vous êtes seulement "plutôt bel homme", inutile de poser votre candidature. Vous ne correspondez pas au profil du poste à pourvoir.
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Une observation exacte, une déduction erronée
Dans sa "Contribution à la théorie générale de l'État", le jurisconsulte réputé Raymond Carré de Malberg, le "maître de Strasbourg", fait une observation tout à fait juste : le terme mandat, utilisé pour désigner le rapport juridique entre un député et les électeurs qui l'ont élu n'est pas correct juridiquement. .
"Comment pourrait-on prétendre établir une assimilation ou même seulement une analogie entre la situation du député et celle d'un mandataire ? (...) Le terme usuel de mandat législatif est à tous égards incorrect et inexact : c'est un mot malheureux dont il faut s'abstenir." N°346
S'il est vrai que, comme l'affirme Raymond Carré de Malberg, le terme de mandat législatif est incorrect et inexact, la conséquence qu'il en tire n'est pas la bonne. Il ne suit pas du fait que le terme "mandat législatif" est incorrect qu'il ne faut pas l'employer, mais tout au contraire, qu'il faut l'employer systématiquement. L'erreur de Raymond Carré de Malberg résulte du fait qu'il n'a pas compris, (ou peut-être, qu'il n'a pas voulu accepter) que l'ordre social des sociétés développées repose sur l'obscurantisme et, par suite, sur la dépravation de la terminologie politique. C'est pour cette raison que la conséquence du fait que le terme mandat n'est pas correct est l'inverse de celle qu'il s'imagine. Si le terme "mandat" est incorrect, il en découle logiquement, dans l'intérêt supérieur de l'ordre, qu'il faut l'utiliser le plus souvent possible, à l'exclusion de tout autre terme plus exact. Pourquoi, à votre avis, employons-nous le sigle IRFM (indemnité représentative de frais de mandat) ? Tout simplement parce que les députés ne sont pas des mandataires de leurs électeurs. Et comme ils ne sont pas des mandataires de leurs électeurs, il en découle logiquement que, dans l'intérêt supérieur de l'ordre, il faut systématiquement les désigner comme des mandataires de leurs électeurs. Pour cela, employer systématiquement le terme "mandat" pour désigner leurs fonctions est un excellent moyen. C'est aussi simple que cela. C'est ce que j'appelle la viol-langue, une langue dans laquelle la signification des mots est violée. La viol-langue est la langue du pouvoir, celle des intellectuels, celle des journalistes.
