Aggiornamento sulla petizioneFéminisme ou antimalisme ?Pour Rousseau, l'autorité légitime, c’est celle qui n’existe pas
SOS men bashing
18 giu 2019

Le point de départ de la réflexion qui a abouti aux principes du droit politique exposés par Rousseau dans « Du contrat social » est la constatation évidente que dans la société certains hommes qui ont autorité sur les autres hommes leur commandent.

Après cette constatation indéniable, Rousseau fait la distinction classique entre autorité légitime et autorité illégitime, c'est-à-dire autorité usurpée.

Une autorité est légitime lorsque celui qui l'exerce a le droit de l'exercer. Elle est illégitime lorsqu'elle est exercée par un ou des chefs qui n’ont aucun titre à l’exercer. Ces chefs sont alors des usurpateurs (des tyrans, des despotes, des dictateurs)

Lorsque l'autorité est légitime, lui obéir est un devoir parce qu’elle est légitime. Ce devoir d’obéir est le corollaire de la légitimité de l’autorité. Au droit de commander des uns répond l’obligation d’obéir des autres.

Au contraire, lorsque l’autorité est usurpée, lui obéir est peut-être une nécessité, mais ce n’est pas un devoir. L’absence de ce devoir d’obéir est, similairement, le corollaire de l’absence de droit de commander. À l’absence du droit de commander des uns répond l’absence de devoir d’obéir des autres.

Ainsi, le socle sur lequel reposent les principes du droit politique de Rousseau est la distinction fondamentale, la ligne de partage des eaux, la summa divisio, entre autorité légitime et autorité illégitime.

Le but que se fixe Rousseau est de déterminer à quelles conditions une autorité est légitime, non pour en tirer une satisfaction intellectuelle, mais pour que les peuples, instruits des principes qui fixent la légitimité de l’autorité, les utilisent pour renverser les tyrans et instituer à leur place une autorité légitime.

Pour parvenir au but qu’il se propose, Rousseau procède par élimination.

Il élimine d’abord l’idée d’autorité naturelle. Passé l’enfance, aucun homme n’a d’autorité naturelle sur son semblable.

Il élimine ensuite la force comme fondement de la légitimité du droit de commander. « La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté. En quel sens pourra-ce être un devoir ? » L I, chap. 3.

Puisque ni la nature, ni la force ne peuvent être la source du droit de commander, la seule base possible de l’autorité légitime est celle qui résulte des conventions entre les hommes.

« Puisqu’aucun homme n’a une autorité naturelle sur son semblable, et puisque la force ne produit aucun droit, restent donc les conventions pour base de toute autorité légitime parmi les hommes ». L I, chap. 4.

Voici par conséquent la première thèse fondamentale du droit politique selon Rousseau : toute autorité qui repose sur autre chose qu'une convention entre les hommes est nécessairement illégitime. Seules les conventions peuvent être à l’origine d’une autorité légitime.

Toutefois ce raisonnement n’implique pas que toute convention entre les hommes formera la base d'une autorité légitime. Il démontre seulement que si une autorité n'est pas fondée sur une convention, elle ne sera pas légitime. La convention est une condition nécessaire mais non une condition suffisante de l'autorité légitime. Ainsi la convention par laquelle un peuple s’engagerait à obéir à des chefs ne serait pas une convention légitime. Pour que l'autorité conventionnelle devienne légitime elle doit satisfaire une condition précise : elle doit permettre à ceux qui y consentent de n’obéir qu’à eux-mêmes afin de rester aussi libres en société qu’ils l’étaient lorsqu’ils vivaient à l'état de nature.

« Mon sujet peut s’énoncer en ces termes : trouver une forme d’association (…) par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’il l’était auparavant ». L I, chap. 6.

Cet énoncé définit l’autorité légitime. Jusqu’à présent, nous n’en avions qu’une définition tautologique : l’autorité est légitime lorsque celui qui l’exerce a le droit de l’exercer. Désormais, nous en avons une définition précise et positive. Une autorité est légitime lorsque les hommes qui vivent sous cette autorité n’obéissent qu’à eux-mêmes et sont par suite aussi libres qu’ils l’étaient lorsqu’ils vivaient à l’état de nature.

Une telle définition, cependant, est arbitraire. Nous admettrons volontiers qu’une autorité qui laisse les hommes aussi libres qu’ils l’étaient lorsqu’ils vivaient à l’état de nature ne pourrait pas leur laisser une liberté plus complète et qu’à ce titre, nous pouvons la considérer comme légitime. Mais qu’est-ce qui permet à Rousseau d’éliminer sans forme de procès l’idée qu’une autorité sous laquelle les hommes seraient moins libres qu’ils l’étaient lorsqu’ils vivaient à l’état de nature tout en jouissant de toute la liberté compatible avec la vie en société ne serait pas également légitime ?

Cette question se pose d’autant plus qu’il existe une antinomie entre autorité et liberté totale de l’individu. Une autorité limite nécessairement la liberté de ceux sur qui elle s’exerce. Car, autrement, on ne voit pas en quoi elle mérite la qualification d’autorité. Si les individus n’obéissent qu’à eux-mêmes, l’autorité n’existe pas.

Rousseau place très haut, trop haut, la barre de l’autorité légitime. Sa conception de l’autorité légitime est irréaliste et inconciliable avec l’existence d’une autorité. Pour lui, la seule autorité légitime, c’est celle qui n’est pas une autorité. À le suivre, seule l’anarchie est légitime.

Mais enfin, voyons M’sieur, c’est pas intéressant c’que vous dites là…

                                                          * * *

Emmanuel Sieyès

L’écrivain politique Tocqueville écrit dans ses souvenirs au sujet de Lamartine, poète mais aussi homme politique :

« Je n’ai jamais connu d’esprit moins sincère ni qui eût un mépris plus complet pour la vérité. Quand je dis qu’il la méprise, je me trompe ; il ne l’a jamais assez honorée pour s’occuper d’elle d’aucune manière. En parlant ou en écrivant, il sort du vrai ou y rentre sans y prendre garde, uniquement préoccupé d’un certain effet qu’il veut produire à ce moment-là. »

Ce qu’écrit ici Tocqueville au sujet de Lamartine prouve une chose : Tocqueville n’a jamais connu l’abbé Emmanuel Sieyès.

 

 

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