Le numéro de cette semaine (N°2422 du 31 décembre 2019) de l’hebdomadaire d’information français Le Point, propriété du milliardaire François Pinault, publie en couverture une photo du célébrissime (et pour cause !) philosophe, sociologue, historien et journaliste Raymond Aron (à Paris, la rue "Raymond Aron" jouxte la bibliothèque "François Mitterrand"), avec cette légende :
« Raymond Aron, le penseur pour résister à la bêtise. Pourquoi il a (encore) raison, par Nicolas Baverez.
« Le témoignage de sa fille, Dominique Schnapper. »
Dominique Schnapper, sociologue et politologue, est l’autrice de livres édifiants comme « Qu’est-ce que la citoyenneté » (un véritable manuel contemporain d’instruction civique), « De la démocratie en France » ou encore « La démocratie providentielle ». Vous les trouverez plus facilement dans les bibliothèques et les librairies que « Du pouvoir » (Bertrand de Jouvenel).
Permettez-moi quand même une question : n’ai-je pas, dans certains de mes billets, fait quelques remarques au sujet du culte de la personnalité dans les sociétés modernes (civilisées) ? Si c’est le cas, ne pensez-vous pas que, pour résister à la bêtise, vous devriez, ou au moins vous pourriez, établir un rapprochement entre mes modestes remarques et la couverture de l’hebdomadaire français Le Point de cette semaine ?
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Le journal de Maurice Garçon, ancien ténor du barreau
« Les politiciens sont abjects. Leurs intérêts électoraux ou d'argent leur font faire des ignominies. Pour les magistrats, c'est autre chose. La décoration ou l'avancement en font des valets. Ils sont lâches, trembleurs et pusillanimes. Ils ont peur de leur ombre dès que se manifeste une intervention un peu puissante. Toutes les palinodies leur sont bonnes lorsqu'il s'agit de flatter le pouvoir. Leur prétendue indépendance dont ils parlent est une plaisanterie. Plus ils gravissent les échelons des honneurs, plus ils sont serviles. On en trouve de relativement honnêtes et à peu près indépendants dans les petites villes lorsqu'ils ont vieilli sur place et ne nourrissent pas d’ambition. Mais pour faire la grande carrière, il faut avoir accumulé tant de platitudes qu’on peut dire que leur bassesse est proportionnelle à leur élévation. Voilà pourquoi Paris est pire que tout. Pour arriver là, il faut avoir tant de fois courbé l'échine et servi des maîtres divers que toute moralité est absente. Ils sont méchants d'ailleurs et passablement jaloux. Ils n'aiment pas les avocats et se passent la langue sur les lèvres lorsque l'un d'eux défaille. Longtemps j'ai cru à leur sympathie et je me suis efforcé de leur éviter des erreurs. Cet état d'esprit m'est passé. Je les ai vus trop indifférents aux malheurs injustifiés de quelques-uns que je connais pour avoir pitié d’eux si leur destinée devient mauvaise. Tant pis pour eux, ils ont de trop vilains caractères.
Pour s'éviter un ennui, ils jetteraient un ami en prison. Ils sont d'ailleurs ingrats. Si le gouvernement change, ils se mettront au service de celui qui tient présentement le pouvoir et jetteront impitoyablement en prison ceux dont quinze jours avant ils léchaient encore les bottes et auxquels ils doivent ce qu'ils sont.
