Petition updateFéminisme ou antimalisme ?Sacralisation individuelle, sacralisation collective.
SOS men bashing
Feb 1, 2019

Le culte de la personnalité peut être individuel. Par exemple le culte de Louis XIV, de Victor Hugo ou de Jean Jaurès. Mais, ce que l'on réalise moins, c'est qu’il peut également être collectif. Un culte de la personnalité collectif est un culte qui ne fait pas le culte d'un individu particulier, mais d'une classe, d’un groupe d'individus.

« Les hommes qui prenaient la direction de la révolution furent amenés à dégager cette notion que la nation est formée uniquement d'individus égaux les uns aux autres, les citoyens.

"Le citoyen, c'est l'homme dégagé de tout intérêt de classe ou de groupe et même de tout intérêt personnel ; c'est l'individu, en tant que membre de la communauté, dépouillé de tout ce qui peut donner à sa personnalité un caractère particulier. C'est sur cette conception du citoyen que va s'édifier le régime représentatif nouveau ». Raymond Carré de Malberg, Contribution à la théorie générale de l’État.

Il est indéniable que le mot citoyen, tel que l'ont « dégagé » les révolutionnaires de 1789 implique par lui-même un culte de la personnalité des individus auxquels il s'applique. Dire qu'un individu n'a aucun intérêt de classe ou de groupe et même aucun intérêt personnel, c’est l’expurger de ce qui fait le fond de la nature humaine : l’égoïsme, la recherche de la jouissance, la soif du pouvoir. C’est dire que le citoyen ne cherche ni son propre bénéfice, ni sa propre gloire, ni son propre pouvoir, qu'il n'a qu'une seule préoccupation, l'intérêt général et le bonheur de tous. C'est faire de lui un être de nature divine. Le citoyen n’est pas un humain, c’est un ange.

Ce qui est vrai de l'ensemble des individus qualifiés de citoyens est plus vrai encore des membres de l'Assemblée constituante. Ils ne sont pas seulement des citoyens, ils sont l'élite de la nation. Ils ont été reconnus entre tous comme les plus vertueux et les plus aptes pour interpréter l'intérêt général. Ainsi, les membres de l'Assemblée constituante ne sont pas seulement des saints, ce sont de véritables demi-dieux. C'est ce culte de la personnalité de l'ensemble des membres de l'Assemblée constituante qui permet la sacralisation des textes produits par cette Assemblée : la Déclaration des droits de l'Homme du 26 août 1789 et la Constitution du 3 septembre 1791.

Si vous avez la curiosité d'ouvrir un traité de droit public, vous pourrez constater qu'ils font une confiance aveugle aux textes rédigés par l'Assemblée constituante. Si un article de la constitution dit que la nation est souveraine, ils enseignent que la nation est souveraine. Si un article de la constitution dit que la souveraineté est indivisible, ils enseignent que la souveraineté est indivisible. Si un article de la constitution dit que la souveraineté est inaliénable, ils enseignent que la souveraineté est inaliénable. Si un article de la constitution dit que le député représente la nation entière, ils enseignent que les députés représentent la nation entière. En d'autres termes, les traités de droit public se préoccupent exclusivement de ce que les Constituants ont dit sans se préoccuper de ce qu'ils ont fait. Comment est-il possible qu'une démarche aussi irrationnelle, aussi anti scientifique ne heurte nul d'entre nous ?  Cela tient au fait que la sacralisation de l'Assemblée constituante anesthésie notre esprit critique. Comment pourrions-nous mettre en doute la parole d'une Assemblée de demi-dieux ? Par suite, le fait que les professeurs de droit public prennent pour argent comptant tout ce que les Constituants ont dit ou écrit nous parait tout naturel.

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