Dans un billet précédent, "Papa lit, Maman" coud", je vous ai parlé du livre d’Olivier Bogaert, membre de la police judiciaire belge au sein de l'unité en charge de la cybercriminalité et auteur du livre "Le web sans risque" consacré à la sécurité sur Internet.
Dans ce livre l'auteur, pour convaincre ses lecteurs de la nécessité de crypter leur connexion Wi-Fi, illustre son propos par l'exemple d'un mari trompé par sa femme qui, emportant son ordinateur, se rend en ville pour recherche un réseau Wi-Fi ouvert et non protégé et poster des messages insultants, proférer des menaces...
Pourquoi l'auteur a-t-il choisi cet exemple plutôt qu'un autre ? Tout simplement parce qu'il souhaitait apporter sa pierre à l'édifice des stéréotypes de genre : "Papa mauvais, Maman victime". Mais pour que ce stéréotype n'apparaisse pas plaqué artificiellement, il fallait le rattacher au propos de l'article, le cryptage des connections Wi-Fi. Si un homme méchant, comme ils le sont tous, souhaitait harceler moralement son épouse ou sa compagne en lui envoyant des insultes anonymes par Internet, il pouvait tout simplement se connecter anonymement à un réseau Wi-Fi gratuit comme en trouve dans de nombreux cafés. L'auteur a préféré faire compliqué parce qu'il en avait besoin pour que le stéréotype qu'il souhaitait répandre ne tombe pas comme un cheveux sur la soupe.
J'ai terminé mon précédent billet par un conseil aux femmes. Mesdames, si vous ne souhaitez pas être harcelées par vos époux méchants, cryptez vos communications Wi-Fi. Afin de me conformer au grand principe de l'égalité des sexes, voici un conseil aux hommes. Messieurs, si vous souhaitez harceler moralement votre épouse qui vous trompe ou qui ne vous trompe pas (Harcèle ta femme tous les jours. Si toi tu ne sais pas pourquoi, elle le sait), ne vous fatiguez pas à détecter une connexion Wi-Fi sans cryptage. Allez plutôt dans un café qui propose une connexion Wi-Fi anonyme, c'est plus simple.
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Un intellectuel, le linguiste américain Noam Chomsky, écrit : "Le rôle des intellectuels consiste à faire en sorte que les gens soient passifs, obéissants, ignorants et programmés."
Je suis en plein accord avec cette opinion. Toutefois, après avoir dit cela Noam Chomsky ajoute : "Mais il y a des exceptions". A ce point, je cesse d'être d'accord avec lui. Car je ne pense pas qu'il existe une seule exception à cette règle. En tout cas, s'il en existe une, je suis bien incapable de la nommer.
A qui Noam Chomsky pense-t-il lorsqu'il affirme qu'il y a des exceptions ? Probablement, entre autres, à lui-même.