
La démocratie syndicale en prend pour son rhume à la FAE
Réjean Parent
Samedi, 15 juin 2024 - Journal de Montréal
La décision de la FAE de contester la loi 21 sur la laïcité de l’État a fait bondir plusieurs analystes et experts politiques. Voulant jouer dans la subtilité, ses dirigeants ont mis l’accent sur la clause dérogatoire.
Une lettre ouverte d’anciens présidents de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal est venue leur rappeler les origines de cette clause dérogatoire et la protection qu’elle procure aux Québécois pour s’extraire des diktats du fédéral.
Pour la plupart des intervenants, la FAE commet un impair impardonnable. On lui reproche de prendre des décisions à l’insu de ses membres, d’engloutir des centaines de milliers de dollars après une grève où ses membres ne disposaient pas d’un fonds de grève et de favoriser des procédures décourageant ses membres à demeurer jusqu’à la fin de l’assemblée.
On a toutefois pu constater le malaise de la présidente, Mélanie Hubert, à défendre la position de sa fédération. C’est un retour cinglant de l’histoire pour les syndicats de la FAE qui quittèrent la CSQ, il y a une vingtaine d’années, en prétextant qu’elle n’était pas assez démocratique.
En fait, les syndicats dissidents de l’époque refusaient de se rallier à la majorité!
Le corporatisme
En 2006, des observateurs voyaient en la FAE des syndicats plus militants en omettant leur jusqu’au-boutisme qui exaspérait les syndicats plus réalistes.
La FAE arguait qu’elle pratiquait un syndicalisme de transformation sociale alors qu’elle versait dans un corporatisme enseignant.
Les dirigeants des syndicats de la FAE reprochaient à la CSQ son grand recours à la publicité. La nouvelle fédération y a recouru après la scission.
Quelques leaders de la FAE ont cru que la concurrence syndicale rehausserait les ententes de conventions collectives, or, c’est faux.
La fragilisation
Au contraire, les patrons se sont réjouis de ce conflit interne et de la séparation qui s’en est suivie. Il était clair pour eux que le syndicalisme enseignant en prenait pour son rhume.
Le comité patronal de négociation a joué les deux fédérations d’enseignants (FAE et FSE-CSQ) l’une contre l’autre au cours des rondes de négociations. C’était encore plus évident dans la dernière alors que la FAE se trouvait à la remorque du Front commun intersyndical, et ce, malgré sa mobilisation costaude!
Il est temps, après 20 ans de séparation, de réaliser que l’expérience a été infructueuse et de reconstruire une base unitaire des enseignants au sein de la CSQ. J’avance cette idée en n’étant pas sûr de l’intérêt des uns et des autres de se retrouver dans les mêmes instances.
Pourtant, c’est la voix qui s’impose pour redonner toute la vigueur au syndicalisme enseignant dans le réseau scolaire. Une analyse plus exhaustive du recours contre la loi 21 aurait pu éviter l’errance de la FAE et l’avantage d’un front uni.
Les vieux routiers sont partis. Le temps de faire la paix est venu. Mélanie Hubert, présidente de la FAE, m’apparaît de cette trempe.