
La politique partisane de la FAE entache la réputation des enseignants
SIMON LANDRY CLAUDE TOUSIGNANT ENSEIGNANTS AU SECONDAIRE DANS LA RÉGION MÉTROPOLITAINE
Vendredi, 31 mai 2024
Publié dans le Journal de Montréal
Lorsque la FAE a annoncé qu’elle irait en Cour suprême pour contester la clause dérogatoire, nous avons été plusieurs à nous en offusquer.
Après cinq semaines de grève, sans aucun revenu, aboutissant à une nouvelle convention collective dont les bienfaits demeurent encore à démontrer, utiliser les cotisations des membres afin de mener une bataille idéologique nous paraissait comme un manque flagrant de jugement et de sensibilité.
Alors que de plus en plus de voix s’élèvent en criant «Honte aux profs!», il nous semblait important de rétablir certains faits. Il existe une grande différence entre la «base enseignante» et la «base militante» de la FAE. Quand notre fédération prend de telles décisions, elle ne parle pas au nom de ses enseignants, elle parle au nom de ses militants.
Silence radio
Il s'est ensuivi une levée de boucliers de chroniqueurs et d’analystes mais aussi d’enseignants eux-mêmes qui se sont sentis bafoués par cette démarche. Plusieurs de nos collègues ont utilisé les instances officielles de leurs syndicats locaux afin de suspendre cette décision, sans succès. Nous aurions pu nous attendre à ce que la FAE prenne un pas de recul et repense à sa stratégie.
Or, la FAE semble plutôt avoir pris l’approche de se terrer dans ses bureaux et de maintenir le silence radio le plus total face à cette tempête. Plutôt que d’aller écouter ses membres et d’adopter une vraie démocratie syndicale, la FAE a choisi de se cacher en espérant que le temps nous ferait oublier.
Cela fait un mois que la FAE a fait son annonce. Nous avons crié haut et fort que cette décision était irréfléchie et ne représentait pas la pluralité des opinions des enseignants. L’enjeu pour nous n’est pas celui de se positionner quant à la loi 21, mais plutôt d’utiliser l’argent des membres et son monopole de représentation pour mener une bataille idéologique sans avoir réellement consulté la base enseignante. Nous attendons toujours, un mois plus tard, des réponses de la part de nos hautes instances.
Alors que, durant cinq semaines, nous avons imploré les Québécois de nous appuyer dans nos revendications, allant jusqu’à quémander des dons de nourriture pour les enseignants qui sacrifiaient leur salaire, cet appui populaire a rapidement disparu dans les derniers mois.
Avec 1,2M$, c'est environ 3000 climatiseurs que la FAE aurait pu déployer dans nos classes suffocantes. Plutôt que de se concentrer sur des problèmes réels dans nos écoles qui affectent nos conditions d'exercice, la FAE choisit de faire de la politique partisane. En agissant de la sorte, c’est l’ensemble des enseignants du Québec, pas seulement ceux affiliés à la FAE, dont la réputation est entachée.
Démocratie syndicale
La solution serait simple. La FAE pourrait envoyer, par l’intermédiaire de ses syndicats locaux, un simple formulaire de vote sécurisé par courriel à ses enseignants, avec une question toute simple: «Acceptez-vous que la FAE finance une contestation de la clause dérogatoire en lien avec la loi 21 en Cour suprême?». À l’intérieur de quelques jours, cette consultation pourrait être menée et donnerait un véritable portrait de la démocratie syndicale.
Le syndicalisme enseignant a accompli de grandes avancées dans les dernières décennies et nous croyons en son rôle, mais avec de telles décisions la FAE s'éloigne de sa mission principale.
Nous demandons à notre fédération syndicale de mener dès maintenant une véritable consultation des membres avant de continuer dans une démarche coûteuse pour un combat législatif qui n’est pas de notre ressort. Cette fédération, qui s’est toujours dit «à l’écoute de ses membres», doit maintenant le prouver.