Arnaud BEGINSaint Maclou La Brière, France
Feb 27, 2025

 

                                                                      M. Le Premier Ministre François BAYROU, 

                                                                       Hôtel Matignon

                                                                       57, rue de Varenne

                                                                       75007 Paris 

 

Le 27 février 2025,

 

Monsieur Le Premier Ministre, 

Je vous adresse cette lettre avec l’espoir qu’elle vous parvienne directement, car elle concerne une vie humaine mise en péril par l’inaction et l’indifférence.

Pendant six années, j’ai subi un harcèlement incessant de la part d’EDF. Ce harcèlement a, au terme d’une longue procédure judiciaire, été reconnu par la Cour d’Appel de Reims qui, par sa décision du 20 novembre 2024, a condamné EDF pour harcèlement moral et manquement à la sécurité. Une victoire ? Loin de là. Car entre-temps, j’ai été licencié sur la base d’accusations mensongères le 13 mars 2024, et ce, sans aucune possibilité de me défendre. Pire, EDF ne s’est pas arrêtée là : après m’avoir brisé, l’entreprise a choisi de se pourvoir en cassation à la dernière minute pour prolonger mon calvaire et me faire comprendre qu’elle est au-dessus des lois.

Au cours de toutes ces années, EDF ne s’est pas contentée de me détruire professionnellement. Elle a aussi veillé à ce que je sois isolé. Les syndicats de la Division Production Nucléaire ont en effet reçu l’ordre de ne pas m’aider. Et l’un d’eux m’a même contraint à le quitter sous peine de poursuites judiciaires. Un huissier a attesté de cette ignominie.

Face à ce traitement indigne, l’État prétend qu’il ne peut intervenir. Mais comment justifier cette inaction alors qu’il est actionnaire majoritaire d’EDF, nomme son PDG et approuve la construction des EPR 2 ? Laisser EDF agir en toute impunité, c’est valider cette machine à broyer des vies.

Aujourd’hui, après six ans de harcèlement ininterrompu, mon état de santé est désastreux. Dépression sévère, insomnies, cauchemars, pertes cognitives et de mémoire… Moi qui étais ingénieur, je ne suis plus que l’ombre de moi-même. Mon incapacité à retrouver un emploi me condamne à une pension d’invalidité insuffisante pour subvenir aux besoins de ma famille et de ma fille de 9 ans.

J’ai tenté cinq fois de mettre fin à mes jours. La dernière fois, des gendarmes envoyés par votre ministère sont venus constater si j’étais mort ou vivant avant de repartir. Aucune aide, aucun suivi, seulement un constat froid et mécanique. Ce mépris institutionnel est une condamnation à mort à peine déguisée.

Face à cette indifférence totale, j’ai pris une décision mûrement réfléchie : je vais entamer une procédure auprès de l’association belge AMD pour obtenir une aide à mourir dans la dignité. Certains me jugeront. À ceux-là, je dis : osez vivre un seul jour dans ma peau, et vous comprendrez.

EDF ne s’en souciera pas. Cette entreprise ne connaît ni empathie, ni justice, ni humanité. Seul le profit guide ses dirigeants, qui sont prêts à sacrifier des salariés sur l’autel de projets industriels mal maîtrisés comme l’EPR. J’ai dénoncé à de multiples reprises des manquements graves à la sûreté, mais à EDF, la carrière prime sur la sécurité, tandis que ceux qui osent contester sont écrasés.

L’ADMD se bat depuis 1980 pour que chaque Français puisse choisir sa fin de vie dans la dignité. Alors que 92 % des citoyens soutiennent cette cause, la France reste à la traîne. Nos voisins – Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Espagne, Portugal, Autriche, Suisse – ont quant à eux déjà légalisé cette liberté fondamentale. En Belgique, même certaines pathologies psychiatriques sont reconnues comme motifs légitimes d’euthanasie. Je veux exercer ce droit.

Grâce à Madame la Députée Brigitte LISO, j’ai obtenu un rendez-vous avec le délégué AMD pour le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme et l’Oise. Ce processus sera long, peut-être vain, mais il contribuera à faire avancer le débat.

Monsieur le Premier Ministre, si j’en suis arrivé là, c’est parce que l’État m’a abandonné. Il a laissé EDF broyer mon existence sans jamais intervenir. Comme moi, combien d’autres travailleurs sont sacrifiés dans l’indifférence ? Combien sont livrés à la souffrance et à la solitude, poussés à la mort par un système qui protège les puissants et écrase les plus vulnérables ?

Vivre exige justice sociale, bienveillance et écoute. Je n’ai trouvé que mépris et silence. La France, ce pays que nous aimons, a trahi sa devise. La liberté, l’égalité et la fraternité sont des illusions. Marianne pleure devant l’effondrement de nos valeurs.

Je ferai parvenir cette lettre aux médias indépendants, aux élus et aux associations. Mon combat doit servir à dénoncer le harcèlement en entreprise et à exiger le droit de mourir dans la dignité.

 

Recevez, Monsieur le Premier Ministre, mes salutations les plus respectueuses.

Arnaud BEGIN

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