

Suite à l'atroce féminicide commis devant le tribunal de Justice de Montpellier, le collectif Abandon de Famille - Tolérance Zéro!, collectif de mères solo/séparées qui militent contre les violences économiques intrafamiliales, a envoyé ce jour un courrier à destination de M. Dupond-Moretti pour l'alerter sur les conséquences meurtrières de la non-prise en compte des violences *économiques* intrafamiliales par les acteurs et actrices du judiciaire.
Nous vous transmettons son contenu.
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Le mardi 20 février, Marie-Pierre J. est assassinée d'une balle dans la tête par son ex-mari sur le parvis du tribunal de Montpellier. Dans ses nombreuses prises de paroles publiques à propos de ce féminicide, le procureur Fabrice Bélargent affirme qu'aucune procédure pour violences conjugales n'était en cours. Que l'auteur était inconnu des services de police. Il assure aussi que "les intéressés n'étaient pas convoqués devant le tribunal dans le cadre d'une procédure pour violences conjugales". Or, le refus de dissolution du patrimoine post-séparation, EST une violence conjugale. Économique.
Du fait des déclarations du procureur Bélargent, il est évident que les violences économiques commises par l'auteur pendant les longues années qui ont précédé le féminicide, n'ont pas été prises en compte par le parquet de Montpellier. De ce fait, la dangerosité de cet homme n'a pas pu être correctement évaluée. Un angle mort qui semble avoir contribué à un assassinat d'une femme, juste au moment où elle allait faire valoir ses droits.
En son article 3., la Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique (Convention d'Istanbul) ratifiée par la France, explicite les différentes formes de violences domestiques couvertes par le texte. Les violences économiques en font partie.
Depuis quelques années, divers travaux (parlementaires, groupes de travail pendant le Grenelle Violences Conjugales, Baseline report du GREVIO auquel notre collectif a contribué), ont établi que la première recommandation à suivre est l'inscription des violences économiques dans nos textes de loi. Nous sommes dans l'incompréhension du pourquoi cela n'est pas déjà fait. Si la loi Rixain avait comme ambition de lutter contre les violences économiques intrafamiliales, elle s'est mué en toute autre chose, ou aucune mention du mot "violence" n'est fait. Pourtant, les violences économiques intrafamiliales, violences fondées sur le genre, sont un marqueur de dangerosité (physique) des (ex)conjoints. C’est ce que révèlent les rapports annuels de la Fédération Nationale Solidarité Femme (FNSF).
Suite aux prises de parole du procureur Bélargent -affirmations qui démontrent son ignorance totale du sujet- au sein du collectif, nous sommes extrêmement inquiètes que ce marqueur de dangerosité a tout simplement été ignoré par celles et ceux chargés de la protection des femmes.
C'est pourquoi, au nom du collectif, nous vous demandons de bien vouloir faire avancer les travaux déjà entamés et de considérer :
1. l'élaboration d'un projet de loi spécifique à l'inscription des violences économiques en tant que violence domestique.
2. des formations obligatoires sur les violences économiques pour toutes et tous les acteurs du judiciaire concernés.