Pour une reconnaissance des aides à domicile

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Le Premier Ministre Edouard Philippe a annoncé, le 15 avril 2020, une prime pour les soignants dans les zones les plus touchées par le Covid-19 et pour les personnels exerçant en EHPAD. Cette prime proposée par le Gouvernement est destinée uniquement aux personnels des structures hospitalières et médico-sociales. Elle n’inclut en aucun cas les aides à domicile qui ont pourtant, elles et eux aussi, pris des risques pour accompagner physiquement et moralement tant de personnes, les plus âgées en particulier et garantir leur maintien à domicile.

Le risque de contamination par le Covid-19 est élevé car les aides à domicile sont en première ligne, en contact direct avec des personnes fragilisées. Leur métier implique une grande proximité avec les bénéficiaires et elles n’ont pas systématiquement eu accès aux masques et aux protections nécessaires. Il faut aussi y ajouter l’augmentation de l’accompagnement à domicile de personnes ayant des pathologies lourdes qui ne pouvaient plus être prises en charge par les hôpitaux. Le secteur de l’aide à domicile, déjà en difficulté, a servi de béquille contre l’effondrement du système de santé français, et a participé à cette mobilisation générale dont parlait le Président de la République : tout comme pour les soignants, les personnels de l’aide à domicile ont participé à la continuité de la prise en charge. Le besoin d’accompagnement des personnes à domicile est permanent et ne peut pas être interrompu, au risque de mettre des vies en danger.

Tous ces hommes, et surtout toutes ces femmes, qui réalisent des accompagnements invisibles au quotidien ne doivent pas être oubliés. Il s’agit aussi d’une question de lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes, car leur invisibilité est largement liée à la féminisation du secteur : 97% des aides à domicile sont des femmes(1). Or, les métiers majoritairement féminins sont moins bien reconnus et ont une rémunération moindre.

Pourtant ce personnel doit être formé pour permettre des accompagnements de qualité. Cela est d’autant plus important que les inquiétudes grandissent face au déconfinement autant pour le personnel que pour les bénéficiaires. La crise sanitaire a mis en évidence la nécessité de renforcer les formations et de les adapter au contexte (respecter les gestes barrières, mettre en œuvre la distanciation physique, savoir utiliser correctement les équipements de protection…). Cela implique du recrutement et de la formation au quotidien.

De plus, il y a un clair manque d’attractivité de ce secteur. D’après l’enquête Besoin en Main d’œuvre menée chaque année par Pôle Emploi, les aides à domicile et aides ménagères font partie du top 10 des métiers les plus recruteurs (76 370 projets de recrutement en 2019). Pourtant, tout en appelant à un maintien à domicile croissant, les politiques de l’État négligent ces professionnelles en première ligne, et ne permettent pas de leur rendre justice.

Le secteur de l’aide à domicile participe au maintien de la solidarité entre les individus. Il regroupe des métiers qui ont pour fondements l’humanité et le care (prendre soin). Mais comment prendre soin alors même que l’on risque de mettre en danger les personnes accompagnées, ses proches et soi-même ? Comment ce secteur sinistré peut-il faire face à toutes ces problématiques ?

Nous n’oublions pas les mots du Président de la République le 13 avril 2020 : « notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal » et nous réclamons maintenant des décisions concrètes marquant enfin la reconnaissance de ce secteur et de ces professionnelles jusqu’ici trop peu considérées.

(1) comme le souligne la Tribune « Coronavirus : Il faut ‘‘revaloriser les emplois et carrières à prédominance féminine’’ » publiée dans Le Monde, le 18 avril 2020. C’est pourquoi nous féminisons les termes les désignant ici.

 

Rédactrices :

Marie-Claire Leterme, coordinatrice d’un centre de formation pour les aides à domicile et aidante naturelle

Lise Bernard, étudiante en sciences sociales et aidante naturelle

Premiers Signataires :

Annie Dussuet, sociologue de l’Université de Nantes

Florence Rouillé, Ingénieure en technologie de la formation

Florence Brochoire, photographe

AD-PA Région Pays de Loire

UNA Pays de Loire

ADT 44

ADAR 44

ADMR 44

UNA Maine et Loire