Lundi 15 février: annonce d'OQTF par la préfecture (Ordre de quitter le Territoire Français), malaise d'Eric alors dans sa troisième semaine de grève de la faim, évacuation à l'hôpital, dont il ressort deux heures plus tard pour se rendre à une ènième réunion du comité de soutien.
Mercredi 17 février: manifestaton d'ampleur dans les rues du Puy-en-Velay (voir article de Rapports de Force ci-joint). Animée et digne. Madama , très entouré, tient la banderole de tête.
Extraits de nos interventions à l'issue de la manifestation:
La politique migratoire est d’une rare violence : celle de l’évaluation des êtres humains, de l’ emprisonnement en centre de rétention et des expulsions. Nous demandons juste de laisser à Madama la possibilité de faire sa vie où il le veut, avec les gens qu'il veut. Des papiers pour Madama !
Si nous avons accueilli Madama chez nous, ce n’est pas parce que nous sommes des personnes extraordinaires. Nous l’avons accueilli chez nous, comme des dizaines de familles en Haute-Loire et des milliers en France, parce que nous en avions une chambre de libre et parce qu’il avait besoin d’un toit. Parce qu’il était là, tout simplement, 16 ans et demie, démuni, perdu. Rien ne nous préparait au chemin de croix qu’est la lutte pour la régularisation des mineurs étrangers. Rien ne nous prédestinait à nous engager à corps perdu dans cette lutte pour que Madama puisse rester parmi nous. Et pourtant nous sommes là, et nous n’arrêterons pas, car Madama, comme tous les autres, a droit à une vie digne et décente.
(...) Les semaines passent, pas de réponse de la préfecture. On écrit au préfet, en expliquant tout le parcours ; pas de réponse. En novembre, il faut attendre décembre, en décembre, il faut attendre janvier.
En désespoir de cause, nous nous tournons vers la presse afin d’exposer l’urgence et l’injustice de la situation, nous lançons une pétition, et le 30 janvier, Eric entame une grève de la faim. Et là le couperet tombe : la préfecture répond au journal, pas à nous, pas à Madama, à la presse, qu’ils ne donneront ni autorisation de travail, ni titre de séjour, car ils estiment que Madama a fourni des documents d’identité non-réglementaires. Et là c’est le choc, pour Madama, pour ses proches. Le choc a laissé place à l’indignation, et l’indignation à la colère. A la colère et à la solidarité. (...)
Depuis le 30 janvier, Eric est en grève de la faim. Ses proches s’inquiètent pour lui. (...) Faut-il donc qu’un homme tombe et s’écroule aux portes de cette préfecture pour que les choses changent, enfin ? Pour Madama, et pour les autres ? Pour que les portes s’ouvrent ? On ne demande rien d’autre qu’un tampon sur un papier.
Les règles implacables et les délais interminables de l’administration préfectorale ne prennent pas en compte les liens qui peuvent se tisser lorsqu’on ouvre sa maison pour accueillir un jeune migrant. Sa maison, et son cœur. Car ces liens-là ne peuvent être brisés par personne. Personne.