Étiquetage des viandes selon leur mode d'abattage (avec ou sans étourdissement)

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Monsieur le Président de la République,

           Je vous écris aujourd'hui afin de connaître votre avis, position et souhait de réforme future avec projets de loi concernant l'étiquetage des viandes et produits carnés selon leur mode d'abattage (avec ou sans étourdissement). En effet, travaillant dans le domaine du monde animal et de la santé animale, étant vétérinaire, cette problématique, comme l'éthique et le bien-être animal dans son ensemble, me concernent.

 

            En Mai 2016, en lisant l'article de Marine Neveu paru dans la Semaine Vétérinaire numéro 1676 du 25/05/2016 et intitulé « Stéphane Le Foll et Laurent Lasne (A96) auditionnés sur les abattoirs » (PJ 2a et b), j'avais été surpris de la prise de position de M. Stéphane Le Foll, alors Ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt qui déclarait: « Je ne suis pas favorable à l'étiquetage »(PJ 2b). Aussi, par souci d'information du consommateur, il me semblerait que cet étiquetage offrirait une transparence, que notre société souhaite dans nombre de domaines, a fortiori dans le domaine du bien-être animal. Et cela permettrait au consommateur d'acheter librement et consciemment les viandes et produits carnés en sachant réellement comment l'animal a été abattu (avec ou sans étourdissement). C'est pourquoi, j'ai écrit en 2016 deux lettres à M. Stéphane Le Foll, lui demandant de m 'expliquer les raisons pour lesquelles il n'était pas favorable à l'étiquetage des viandes et produits carnés selon leur mode d'abattage (avec ou sans étourdissement), la première lettre datant du 09/06/2016 (PJ  1a et b) et la deuxième lettre datant du 29/11/2016 (PJ 3a et b). M. Stéphane Le Foll n'a jamais répondu à aucune de ces deux lettres...

 

            Pourtant, il me semble que ce sujet aborde des thématiques d'actualité à savoir d'une part l'éthique animale et le respect du bien-être animal dans le mode d'abattage des animaux d 'élevage destinés à la consommation, et d'autre part l'information et la transparence vis-à-vis des consommateurs, ces derniers étant souvent des « consomacteurs ». De nos jours, les consommateurs souhaitent avoir un maximum de transparence vis-à-vis des produits qu'ils consomment, notamment les produits alimentaires, tant sur le plan sanitaire que sur le plan éthique et du bien-être animal.

 

            En 2002, la Fédération Vétérinaire Européenne (FVE), s'est prononcée dans son Code de bonne pratique vétérinaire sur l'abattage d'animaux sans étourdissement préalable (FVE/02/104) (PJ 4a et b). « L'opinion de la FVE est que la pratique de l'abattage d'animaux sans étourdissement préalable est inacceptable dans tous les cas ». Parmi les nombreux arguments mis en avant (sanitaire, contention, éthique, bien-être animal, etc), je vous renote un des derniers points: « La carcasse et tous les produits dérivés devront être étiquetés de façon à indiquer clairement la méthode d'abattage utilisée, signalant si l'étourdissement préalable a été pratiqué ou non » (PJ 4b).

 

            Dans le cas de l'abattage sans étourdissement, l'animal ressent une douleur extrême lors de l'égorgement et surtout lors de la période qui suit l'égorgement (l'animal, toujours conscient peut ressentir la douleur, l'inquiétude, le stress, la détresse), de plus l'agonie peut être très longue (plus de 2 minutes, jusqu' à 14 minutes...!!!). D'autre part, l'abattage sans étourdissement peut nuire gravement à la qualité sanitaire de ces viandes (entre autres causes: l'impossibilité matérielle de ligaturer l'oesophage des animaux qui ont été égorgés sans étourdissement (importante dérogation aux règles relative à l'hygiène alimentaire et au règlement (CE) n° 853/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 fixant des règles spécifiques d'hygiène applicables aux denrées alimentaires d'origine animale qui prévoit que « la trachée et l'oesophage doivent rester intacts lors de la saignée, sauf s'il s'agit d'un abattage selon un rite religieux »)  peut gravement nuire à la salubrité des viandes, car lorsque l'animal est suspendu pour être éviscéré, des épanchements provenant des estomacs s'écoulent alors de la section béante de l'oesophage et peuvent souiller la carcasse, certains germes bactériens pouvant être très pathogènes pour l'homme et risquant d'être retrouvés dans des pièces de découpe (notamment le collier) ou dans des steaks hachés préparés avec celles-ci). (PJ 5k et l)

 

            Suite à une enquête menée en 2006 et 2007, l'OABA est parvenue à comptabiliser 28% des bovins adultes, 43% des veaux et 62% des ovins-caprins abattus sans étourdissement!!! Les estimations les plus basses avec ces pourcentages amènent pour l'année 2009 à 2 670 000 ovins et caprins, 453 000 bovins adultes et 191 000 veaux abattus sans étourdissement en France (PJ 5j). Aussi, cela signifie qu'il y a un nombre bien trop important d'animaux abattus sans étourdissement en France, et il est donc légitime de se demander ce que devient cette viande provenant d'animaux abattus sans étourdissement. Ces viandes et produits d'origine animale abattus sans étourdissement qui ne sont  pas destinés au circuit « rituel » sont alors alors dirigés vers les circuits « classiques » approvisionnant boucheries, hypermarchés, restaurants, industries agroalimentaires SANS AUCUNE INFORMATION POUR LE CONSOMMATEUR. Et ces proportions de  viandes et produits d'origine animale abattus sans étourdissement se retrouvant dans le circuit « classique » sans étiquetage sont très élevées: une enquête des Directions Départementales des Services Vétérinaires de Basse et Haute-Normandie, menée en 2005, concluait jusqu'entre 60 et 70% de viandes issues d'animaux abattus sans étourdissement qui se retrouvaient (sans étiquetage) dans le circuit classique, à l'insu des consommateurs! (PJ 5m)

 

            Bien évidemment, la liberté religieuse doit être respectée, cependant elle ne doit pas entraver la liberté de conscience et la liberté de choix des millions de Français qui ne connaissent pas toute cette problématique. Si un Français souhaite consommer des viandes ou produits carnés d'origine animale venant d'animaux abattus sans étourdissement, il le peut (l'abattage rituel et les étiquetages halal et casher le lui permettent). Par contre, si un français souhaite consommer des viandes ou produits carnés d'origine animale venant d'animaux abattus avec étourdissement, il ne le peut pas !! En effet, en achetant son produit, rien n'est indiqué, et ce consommateur ne pourra donc pas savoir ni faire son choix de consommer une viande ou un  produit carné d'origine animale venant d'animaux abattus avec étourdissement....Les consommateurs mangent donc sans le savoir ni le vouloir de la viande pouvant provenir d'animaux qui étaient pleinement conscients lorsqu'ils ont été abattus...

 

            Dans une société française du XXIème siècle, ouverte, laïque, préoccupée par l'éthique et par la place qu'occupe l'animal, et souhaitant partager avec ses citoyens le maximum de transparence, afin que ce dernier puisse vivre et faire ses choix de vie et de consommation en toute liberté de conscience et d'information, il me paraît totalement anormal, amoral et désuet qu'un étiquetage des viandes et produits carnés selon leur mode d'abattage (avec ou sans étourdissement) n'existe pas et qu'il ne soit pas débattu à nouveau dans le but de l'inscrire dans un prochain projet de loi, afin que le citoyen puisse choisir le mode d'abattage de l'animal qu'il va consommer selon ses propres choix (éthiques, bien-être animal, sanitaires, religieux, etc.).

 

            Par conséquent, je vous sollicite afin de connaître votre point de vue sur cette question, votre avis, position et souhait de réforme future avec projets de loi concernant l'étiquetage des viandes et produits carnés selon leur mode d'abattage (avec ou sans étourdissement).

 

            Dans l'attente de votre retour, veuillez agréer Monsieur le Président de la République, mes sentiments respectueux.

 

                                                                            Dr Stéphane CLUSEAU,

                                                                                     Vétérinaire