
LETTRE OUVERTE A MME EMMANUELLE DUBEE, PREFETE DES DEUX-SEVRES
Niort, le 18 mai 2023
Madame la Préfète,
Nous sommes Arméniens, vivant à Niort sans papiers avec nos trois enfants nés en France : David (8 ans), Daniel (6 ans), et Dana (6 mois). Nous n’avons jamais troublé l’ordre public, notre seul tort étant d’avoir recherché en France un havre où nous serions protégés du danger.
Mon compagnon, Hayk Hakobyan, a présenté en décembre dernier une demande de titre de séjour.
Nous avons considéré qu’après 10 ans de séjour en France, nous pourrions obtenir le droit de mener une vie de famille paisible. La loi prévoit une telle possibilité, pour motifs humanitaires.
Malheureusement, vos services en ont, à ce jour, décidé autrement.
Il m’est inconcevable que mon compagnon de vie, inquiété en Arménie pour ses opinions politiques, soit envoyé loin de ses enfants dans un pays où il n’a plus d’attaches, et où il risque d’être mobilisé au front.
Il m’est tout aussi inconcevable d’imaginer que nos enfants soient envoyés dans un pays en conflit armé qu’ils ne connaissent pas.
Hayk est dentiste de formation, et vous n’ignorez pas que les professions médicales sont en forte demande dans les Deux-Sèvres. Il serait heureux et fier de contribuer à la société française, pour peu que lui soit délivrée une autorisation de travail.
La loi ne prévoit pas encore de carte de séjour pour les « métiers en tension » ; mais elle vous laisse la liberté de tenir compte de circonstances particulières, et de nous accorder une régularisation à titre exceptionnel.
Mon compagnon est assigné à résidence depuis le 5 mai, dans l’attente de l’exécution d’une mesure d’expulsion. Désespérée de cette situation, j’ai le jour même entamé une grève de la faim sur les marches de l’hôtel de ville de Niort.
Vous êtes, tout comme moi, mère de famille, et vous aurez sans doute de la compréhension pour ma détresse.
C’est pourquoi je vous demande de bien vouloir nous recevoir, et envisager une mesure de clémence qui permette à nos enfants de grandir en sécurité, entourés de notre affection.
Dans l’attente de votre réponse, et afin de laisser le temps nécessaire au dialogue, je suspens ma grève de la faim.
Je vous prie d’agréer, Madame la Préfète, l’expression de ma haute considération.
Karine Mkrtchyan