Petition updatePour une commémoration militante du centenaire de la mort de Jaurès.Jaurès : Grève générale et suffrage universel ouvrier
Centenaire JAURÈSRouen, France
1 Dec 2014
"Il n'y a qu'un moyen de mettre dans ce mouvement si ample d'éléments si multiples la clarté, la confiance, la certitude, c'est d'appeler le suffrage universel ouvrier, dans toutes les corporations, où il y a un commencement sérieux d'organisation, à se prononcer sur la grève générale. J'admire ceux qui disent qu'il y aurait là une abdication pour lui au contraire ! Ce sont les syndicats qui poseront les problèmes ; ce sont eux qui dégageront des plaintes, des griefs, des revendications confuses de la masse ouvrière, les questions précises qui deviendront le programme de la grève générale, questions assez diversifiées pour émouvoir en quelques points précis chacune des corporations, assez vastes pour les animer et les passionner toutes d'une ardeur commune, d'une même et grandiose espérance. Ce sont les militants du syndicalisme qui dirigeront et coordonneront la propagande. Et jamais ils ne trouveront le peuple ouvrier plus disposé à écouter, à réfléchir, à penser, puisqu'au bout de toutes ces libres controverses il y aura un vote, c'est à dire un acte qui pourra être le prélude de toute une série d'actes émouvants. Ce sera pour eux aussi le moyen de connaître à fond le prolétariat, d'éclairer à ses diverses profondeurs cet océan obscur et dormant. Ils sauront quels sont les problèmes qui réussissent à émouvoir la masse, où doit se porter l'effort d'éducation et la propagande. Si la majorité des salariés, dans l'ensemble des corporations, s'est prononcée pour la grève, si au contraire, dans telle ou telle des corporations, la majorité s'est prononcée contre, c'est auprès de celle-ci qu'ils agiront, forts de la résolution authentique et manifestée de la majorité des prolétaires. Dira-t-on que ces mouvements de masse seront nécessairement rares ? Sans doute ! Mais c'est la condition absolue de leur efficacité. Ce n'est pas impunément qu'on épuiserait la classe ouvrière par des tentatives étourdiment répétées. La grève générale elle-même dégénérant peu à peu en une série d'escarmouches qui n'en aurait que le nom, perdrait tout prestige et toute vertu. L'essentiel n'est pas que la grève générale se produise fréquemment, c'est une impossibilité, c'est une contradiction. L'essentiel est quand elle se produit, aux moments décisifs de l'évolution et de la bataille sociale, pour des motifs graves et des objets de première importance, elle se produise en effet avec le maximum d'efficacité. Une grève générale sérieuse conduite vraiment par l'ensemble du prolétariat, le couvrirait pour de longues années années contre toute tentative systématique de régression sociale, contre toute atteinte et toute menace à ses libertés syndicales, aux lois de protection ouvrière déjà conquises. Elle obligerait la démocratie, pour de longues années, à appliquer plus loyalement les lois de protection ouvrière, à hâter le travail de la protection sociale et la graduelle émancipation du prolétariat. Ce sont de mauvaises montres, celles qu'il faut remonter sans cesse. Ce serait de mauvaises grèves générales, celles qu'il faudrait recommencer à chaque minute. Elles doivent être un ébranlement énorme, capable de se propager au loin, comme des ondulations de l'eau sous la chute d'un énorme bloc. Il est plus facile, à coup sûr, de jeter au vent des poignées de sable. Dira-t-on que, par cette préparation nécessairement lente, et par cette consultation publique du suffrage universel ouvrier, le prolétariat donnera au pouvoir et à la bourgeoisie tout le loisir d'organiser la résistance ou l'attaque ? Mais il ne faut pas être dupe des mots. En fait, le pouvoir est toujours préparé au maximum. Il est servi par une centralisation administrative formidable, par une concentration militaire permanente. Et la bourgeoisie sera toujours la mieux organisée. Elle se syndique, elle se fédère, elle s'essaie aux lock-out. S'imaginer qu'elle sera surprise à l'état de sommeil, par une grève vraiment générale, serait puérilité, et quand elle serait décrétée par un Comité central dictatorial auquel la classe ouvrière aurait laissé toute initiative, elle ne peut éclater comme un coup de foudre. Il y aura toujours des délibérations, une préparation. Elle ne jaillira pas comme une nuée diffuse, subitement concentrée et sous prétexte de surprendre le patronat et l'état qui seront en réalité préparés, c'est la classe ouvrière qui se retirera à elle-même la profonde et vaste préparation qui est la condition absolue de la victoire ; c'est elle qui se retirera la puissance prodigieuse de l'effet de masse produit par la grève générale, libre et éclatante décision du suffrage universel ouvrier." Jaurès dans l'Humanité du 9 Septembre 1908, réédité dans l'Anthologie d'un inconnu célèbre, réunie par Jean-Numa Ducange.
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