Nous sommes indignés et choqués par les témoignages de mineurs dans l’émission de Zone interdite (M6), Mineurs en danger : enquête sur les défaillances de l’aide sociale à l’enfance le 19 janvier 2020.
Si nous demandons que soit rétablie l’obligation de signaler insérée le 5 juillet 2018 dans l’article 226-14 du code pénal ce n’est pas pour que des mineurs soient placés à l’Aide sociale à l’enfance et exposés à d’autres violences dans des institutions :
https://www.nouvelobs.com/tv/20200119.OBS23672/mineurs-en-danger-la-double-peine-des-ados-places.html
https://www.marieclaire.fr/enfants-places-foyers-sociaux-dangers,1336750.asp
Un signalement au procureur de la République devrait être suivi d’une protection de l’enfant contre la répétition de violences et de la mise en place immédiate d’une thérapie par des mots. Il faut aider les enfants et les adolescents à comprendre les mécanismes de défenses inconscients (dissociation, clivage, déni, identification au comportement de leur agresseur) qui peuvent s’instaurer après les faits pour éviter de ressentir la culpabilité, la honte et la peur provoquées par leur agresseur-e. Même un enfant dès 3 ans peut comprendre avec des mots à la hauteur de son âge que la loi interdit qu’un enfant soit réduit à un joujou sexuel.
L’Aide Sociale à l’Enfance n’est pas un lieu thérapeutique et lorsqu’un parent peut protéger l’enfant pourquoi continuer encore en France à utiliser ce soi-disant syndrome d’aliénation parentale invalidé à nombreuses reprises aux Etats-Unis pour le priver de l’affection d’un de ses parents qui le protège et dont il a tant besoin. Lorsqu’aucun des parents ne peut le protéger, ne serait-il pas possible au procureur d’ordonner une hospitalisation provisoire (OPP) dans des unités hospitalières où pédiatres et pédopsychiatres spécialisés évaluent l’impact des violences non seulement sur le plan physique mais aussi sur le plan psychologique pour éclairer le procureur et proposer une solution autre que celle d’un placement à l’Aide sociale à l’enfance.
Lorsque des enfants et des adolescents présentent des comportements d’agressions sexuelles sur d’autres enfants, ne serait-il pas nécessaire que des médecins leur demandent s’ils n’ont pas été victimes de violences sexuelles afin que ce mécanisme d’identification à l’agresseur cesse et qu’ils osent dévoiler les violences sexuelles dont ils ont été l’objet et qu’ils reproduisent.
Depuis 20 ans le spectre de la fin du XIX° siècle est revenu au galop faire croire que les enfants dévoilant des agressions sexuelles sont menteurs ou même vicieux, répétant la contestation des travaux pionniers d’Ambroise Tardieu, professeur de médecine légale qui dès1857 fut le premier au monde à révéler à la société, dans un livre analysant 934 cas, la réalité des violences sexuelles (1). En 1860, il publia un article sur 32 cas de sévices et mauvais traitements physiques envers les enfants, dans lequel il décrivit le rôle essentiel du médecin pour les signaler à la justice : « Toujours est-il que ces faits se multiplient, qu’ils soulèvent l’opinion et qu’ils ne doivent ni prendre au dépourvu le médecin, seul capable, en plus d’un cas, de les dénoncer à la justice » (2). Après sa mort en 1879,l’opinion médicale se retourna insidieusement contre les enfants victimes ; des médecins les accusèrent bientôt de mentir, puis d’être pervers (3-6).
La communauté médicale a ainsi enterré pendant cent ans les premiers travaux médicaux sur la maltraitance des enfants jusqu’à ce que des pédiatres américains redécouvrent les souffrances des enfants maltraités et alertent, en 1962, le législateur pour insérer une obligation de signaler faite aux médecins : « Les médecins ont le devoir et la responsabilité envers l’enfant d’obliger à une évaluation complète du problème et garantir que ne sera pas permise le risque de répétition des traumas » (7).
1. Tardieu A. Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs. Paris Baillère éd, 1857.
2. Tardieu A. Étude médico-légale sur les sévices et mauvais traitements. Annales d’hygiène publique et de médecine légale. 1860 ; 13 : 361-98.
3. Fournier A. 1880, Simulations d’attentats vénériens sur de jeunes enfants. Annales d’hygiène publique et de médecine légale. 1880 ; 4 : 498-519.
4. Bourdin C. Les enfants menteurs. Annales médico- psychologiques. 1883 ; 41(9) :280-305 et 374-86.
5. Motet A. Du mensonge chez les enfants. Annales médico-psychologiques. 1883 ; 41(9) : 304.
6. Dupré E. Les perversions instinctives (XXIIeCongrès des médecins aliénistes. Tunis. 1912)Paris. Masson éd, 1913.
7. Kempe CH, Silverman FN, Steele BF, Droegemuller W, Silver HK. The Battered Child Syndrome. Journal of the American Medical Association. 1962; 9: 143-54.
In https://www.amazon.fr/LEnfant-cassé-pédophilie-Catherine-Bonnet-ebook/dp/B0112ZJXU4
Et lorsque des enfants victimes ont la lucidité et le courage de dévoiler à l’âge adulte parce prendre conscience seul-e d’avoir été réduit-e à un objet sexuel pendant l’enfance ou l’adolescence est très, très douloureux et c’est souvent lorsque les adultes deviennent parent qu’un déclic se produit pour protéger ses enfants, ils sont confrontés à la prescription :
Comme Vanessa Springora dans son livre remarquable :
https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/affaire-gabriel-matzneff/le-parquet-ouvre-une-enquete-contre-gabriel-matzneff_3770981.html
Et les membres de La Parole libérée qui n’ont pu témoigner durant leur procès qu’à 10 hommes sur 70 :
https://www.lci.fr/justice/proces-preynat-vous-etes-en-train-de-juger-un-dossier-a-1000-agressions-sexuelles-pres-2142955.html
Alors c’est maintenant que le gouvernement et le parlement doivent prendre les mesures pour insérer dans le code pénal :
· une obligation de signaler les suspicions de violences à l’encontre des mineurs faite aux médecins.
· et l’abolition de la prescription des délits et crimes sexuels à l’encontre des mineurs.
N'hésitez pas à poster cette pétition sur vos sites et à l’envoyer à vos députés et sénateurs, merci par avance et bien cordialement.
Docteur Catherine Bonnet, psychiatre d’enfants et d’adolescents, chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur, auteure de L’enfant Cassé, l’inceste et la pédophilie (1999), L’enfance muselée, un médecin témoigne(2007).
Docteur Jean-Louis Chabernaud, Pédiatre-réanimateur, Hôpitaux Universitaires Paris-Sud (AP-HP, Clamart).