Mise à jour: ce qu'on sait maintenant

On est 6 090 signataires vérifiés. Pendant que Karine Tremblay de La Tribune écrivait sa chronique du 31 juillet, elle regardait le compteur passer de 5 202 à 5 358 en temps réel. Le dossier bouge vite, et la mobilisation aussi.
Qui est derrière le projet
Keel Infrastructure, anciennement Bitfarms, veut construire un bâtiment d'environ 16 400 mètres carrés sur quatre lots boisés du boulevard industriel, près du poste Orford d'Hydro-Sherbrooke. Investissements estimés: 1,8 milliard de dollars. Vocation: calcul haute performance et intelligence artificielle. La compagnie a maintenant son siège social au Delaware.
Ce qui s'est passé au conseil municipal
Le 13 juillet, les élus ont approuvé une vente conditionnelle des terrains pour 2,2 millions de dollars. Le projet avait été présenté en huis clos quelques jours avant le vote. Trois conseillères ont enregistré leur dissidence: Laure Letarte-Lavoie, Fernanda Luz et Catherine Boileau.
Leurs mots valent la peine d'être cités. Laure Letarte-Lavoie: "On parle d'un méga centre de données et on dit que le projet devra prévoir des sources d'énergie alternatives en cas de pannes ou de délestage, car Hydro-Sherbrooke ne pourra pas assurer leur charge. Les citoyens ont droit de connaître les conséquences environnementales, économiques et territoriales avant que la Ville ne s'engage." Catherine Boileau: "Nous sommes appelés à prendre une première décision importante avant même d'avoir pu informer la population." Fernanda Luz a rappelé que les documents eux-mêmes mentionnent une consommation énergétique exceptionnelle, des génératrices puissantes et possiblement très polluantes, des nuisances sonores possibles et des questions ouvertes concernant l'eau.
Les 18 millions qui expliquent beaucoup de choses
La mairesse Bibeau a mentionné dans ses entrevues les 18 millions de dollars de revenus associés au projet pour la Ville. Karine Tremblay de La Tribune écrit: "La promesse de revenus qui viennent gonfler le contenu des coffres, c'est difficile à ignorer. Ça ne doit pas pour autant éluder d'essentiels questionnements."
Ce que l'Irlande nous dit
La même journaliste s'est rendue en Irlande au printemps, avant même que le projet sherbrookois soit annoncé. Ce qu'elle y a entendu de Rosi Leonard, coordonnatrice de l'ONG Friends of the Earth: "Ce qui s'est passé ici peut se produire ailleurs. Regardez notre exemple... et ne faites pas ça!" Les acteurs sur le terrain irlandais décrivent les géants de la tech comme un "lobby puissant, qui impose son récit et qui opère de façon très hermétique, avec beaucoup d'influence sur le politique."
La question de l'eau: bonne nouvelle, mais...
Keel affirme vouloir un système en circuit fermé avec eau distillée et glycol, sans évaporation. Bianca Lamothe Verreault, directrice principale chez Keel: "Un système par évaporation consomme en moyenne cinq millions de litres d'eau par jour. En comparaison, notre centre utiliserait 3800 litres quotidiennement." Ce serait effectivement une bonne nouvelle. Mais ce liquide glycolé s'oxyde avec le temps et doit être remplacé tous les trois à cinq ans. Pour référence: un centre de données de Meta à Cheyenne, au Wyoming, a rejeté une bactérie multirésistante dans les eaux usées de la ville lors d'une opération de mise en service. Un accident, certes, mais qui rappelle la nécessaire vigilance.
La souveraineté des données: une zone grise
Keel ne sait pas encore quelles données seraient hébergées à Sherbrooke. Or, avec son siège social au Delaware, le Cloud Act américain s'applique: les autorités américaines peuvent contraindre des entreprises basées aux États-Unis à leur fournir des données, même stockées au Canada.
Les études: qui les commande?
C'est l'entreprise elle-même qui mandate les spécialistes pour produire les rapports d'impact environnemental. Ce sont ces mêmes documents qui serviront de base aux décisions des élus. Karine Tremblay pose la question dans La Tribune: "Ne serait-il pas sage de s'adjoindre des experts environnementaux indépendants qui pourraient s'assurer qu'aucun angle mort ne subsiste?" C'est exactement ce que nous réclamons.
Un levier concret: écrire directement au ministre
Le projet ne peut pas aller de l'avant sans une autorisation du ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, Bernard Drainville, pour permettre le transfert des 96 MW vers le nouveau site. Une initiative citoyenne lancée par Nathalie Ampleman permet d'envoyer directement une lettre au ministre pour exiger que les impacts soient évalués et que l'information soit rendue publique avant toute autorisation. Ca prend deux minutes, et ca va directement au bon endroit.
Lettre au ministre: https://actionnetwork.org/letters/pas-dautorisation-pour-le-transfert-de-96-mw-sans-transparence-et-evaluation-des-impacts
Nouvelles pistes: des questions qui méritent des réponses
Le tour de passe-passe réglementaire
La loi 69 (article 63) est claire: tout distributeur d'électricité doit obtenir l'autorisation du ministre avant de distribuer 5 MW ou plus à un nouveau client. Pour un projet de 96 MW, le déclencheur est évident.
Mais la loi prévoit une exception: l'obligation ne s'applique pas lorsque la demande concerne un "contrat spécial" déjà existant. Keel avait une convention avec Hydro-Sherbrooke depuis 2018. Plutôt que de déposer une nouvelle demande de 96 MW, ce qui aurait automatiquement forcé une autorisation ministérielle préalable complète, le conseil a voté le 7 juillet pour modifier l'usage de la convention existante: de "usage cryptographique" vers "usage général centre de données." Un avenant à un vieux contrat, pas un nouveau projet.
C'est là que l'échéance "impérative" du 7 juillet prend tout son sens. Une nouvelle tarification et un encadrement plus serré s'en venaient. Et ce n'est pas une coïncidence que les quatre conversions crypto vers IA (122 MW au total) aient toutes été votées le même soir, sans jamais être présentées comme un ensemble.
L'autorisation ministérielle pour le transfert reste quand même obligatoire. C'est exactement pourquoi la lettre au ministre Drainville est un levier réel.
La pointe électrique que personne ne mentionne
Hydro-Sherbrooke est un distributeur municipal. Lorsque la demande locale dépasse sa capacité, elle doit acheter l'électricité à Hydro-Québec, aux tarifs de pointe, qui sont nettement plus élevés. Un centre de données IA tourne 24h/24, 365 jours par année, sans interruption possible. En plein hiver, quand tout le monde chauffe en même temps et que le réseau est à sa limite, ce 96 MW doit quand même être garanti. Qui absorbe la différence de coût? La question n'a pas encore été posée publiquement.
Le bruit qui ne s'arrête jamais
Les génératrices prévues pour les pannes et les périodes de délestage ne sont pas silencieuses. Les systèmes de ventilation et de refroidissement d'un bâtiment de 16 400 m² fonctionnant à 96 MW non plus. Contrairement à une usine qui ferme le soir ou une mine qui a des quarts de travail, un centre de données ne s'arrête pas. Le bruit ambiant ne disparait pas le week-end. Pour les secteurs résidentiels à moins d'un kilomètre, c'est une réalité permanente, pas un inconvénient temporaire.
Ce qu'il faut surveiller
Keel a 180 jours pour soumettre une demande d'usage complète. Une rencontre publique est prévue pour la mi-octobre. Deux autres entreprises de cryptomonnaie ont également déposé des demandes de transformation similaires à Sherbrooke, rue Léger et rue Brodeur.
Nos demandes n'ont pas changé
Une étude d'impact environnemental complète et rendue publique, avec des experts indépendants. Et une vraie consultation citoyenne avant que les prochaines étapes ne soient franchies.
Pour suivre le dossier:
Pétition: https://www.change.org/p/arreter-le-projet-de-mega-centre-de-donnees-a-sherbrooke
Lettre au ministre: https://actionnetwork.org/letters/pas-dautorisation-pour-le-transfert-de-96-mw-sans-transparence-et-evaluation-des-impacts
Page Facebook: https://www.facebook.com/people/Arreter-le-projet-de-mega-centre-de-donnees-a-Sherbrooke/61592179564144/
Groupe de discussion: https://www.facebook.com/groups/876959475487425
Site web: https://sherbrookerefuse.ca/