Pétition fermée

Appel pour une reconnaissance des méfaits de la colonisation

Cette pétition avait 201 signataires


Force est de constater que la France traverse de nombreuses crises depuis près de 50 ans. Nous identifions trois crises : morales, identitaires et sociales.
Ces différentes crises qui touchent  aujourd’hui une minorité de la population française risquent prochainement de s’étendre à la majorité des concitoyens de ce pays, si rien n’est fait pour les désamorcer.


Crise Morale
En 1789, La France a vu naître à la faveur des Lumières, La Révolution Française ; emprunte des valeurs des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui se voulaient universelles. La chute du Roi et l’abolition des privilèges devaient rendre au peuple de France le pouvoir et le choix de son destin.
En 1830 La France endettée, sous pression des empires britannique et prussien, conquiert l’Algérie, oubliant les  valeurs morales d’humanisme qu’elle brandissait 41 ans plus tôt. Le bilan de cette conquête se soldera par un tiers de la population indigène décimée, soit environ un million  de personnes.
Aujourd’hui La France se réclame d’un message universel et républicain. Elle érige la liberté, l’égalité et la fraternité au rang des valeurs qu’elle tend à promouvoir dans le reste du monde.
Elle se veut aussi pérenne de la défense des droits de l’homme, et en a fait son credo.
Mais en ce qui concerne l’Algérie, les algériennes et les algériens, à ce jour elle applique le «deux poids deux mesures », quant à sa non reconnaissance des méfaits dus à un colonialisme nihiliste de 132 ans, qui a stoppé l’émergence et le progrès d’un peuple.
Cette méconnaissance de l’histoire permet encore la résurgence de virulents nostalgiques de «l’Algérie Française », dont l’illustration la plus violente s’est exprimée à travers «le bras de déshonneur» de Gérard Longuet.
Il y a donc bien là une crise morale qui met en opposition les valeurs universelles de la République avec son application dans ses anciennes colonies.
L’universalisme connaissait en définitive des frontières : celles de la domination d’un Empire sur ses colonies.
Cette crise morale a conduit naturellement vers une autre crise, tout aussi dramatique et lourde de conséquence : la crise identitaire.


Crise Identitaire
L’identité nationale s’est trouvée être au centre des débats de la société française, qui n’a pas pu la définir. Il y avait bien une crise identitaire mais elle ne se trouvait pas là où on l’imaginait.
Le Code de l’Indigénat, adopté en 1881, a redéfini l’identité des Algériens en les réduisant en simples sujets de la France coloniale ce qui les dépouillait de toute citoyenneté. Les Algériens indigènes devenaient dès lors des Français musulmans.
Cette négation d’identité constitue une des prémices de la crise identitaire. Elle se poursuivra après l’Indépendance de l’Algérie en 1962.
Des milliers d’Algériens viennent s’installer en France sur la dernière décennie des 30 glorieuses, à la demande des deux gouvernements des deux pays.
Les ouvriers et leurs familles, après avoir acquis une identité algérienne, deviennent immigrés, nourrissant un sentiment d’exclusion et de colère consécutifs à la violente déchirure de la guerre d’Algérie et à leur déracinement, qu’ils transmettront à leurs enfants de façon inconsciente.

Les enfants nés en France accèdent à la nationalité par le droit du sol. Deuxième choc identitaire : parents algériens, enfants franco-algériens.
Si la nationalité française s’acquiert par le droit du sol, il n’en va pas de même des autres droits qui régissent la vie de nombre de concitoyens, voyant une différenciation nette entre le respect des devoirs et l’application juste des droits.
Il y a bientôt 30 ans, la Marche pour l’égalité et contre le Racisme réclamait une égalité de droits et pas seulement de devoirs. Une lutte effective contre un climat de racisme qui s’exprimait depuis trop longtemps à l’encontre des «Arabes d’apparence».
Si cette démarche, a mis en évidence, l’idée du rejet de la société en fonction de son nom ou de son teint, constituant le vrai marqueur identitaire ; elle n’en fut pas moins un échec.
On a observé dès lors, un repli identitaire, «communautaire» au profit de la religion, qui a vu la Réislamisation de ces mêmes maghrébins, dans les années 90. D’arabes d’apparence, ils sont redevenus Français «Musulmans d’apparence».
Cette crise identitaire réside dans l’incompatibilité entre l’intention de s’insérer au sein de la société et la réalité vécue, communément partagée ; entre la volonté indéniable d’intégration à la République Française et ses valeurs et un sentiment de rejet entretenu par les gouvernements successifs.
Les replis et retours identitaires s’en suivent logiquement ; les communautés issues des quartiers populaires se retrouvant dans les valeurs d’un Islam perçu comme salvateur, tout en étant immergés dans une ambiance de droitisation décomplexée.
Il n’est pas anodin de souligner que les émeutes de 2005 surviennent quelques mois après  la loi du 23/02/05 sur les bienfaits de la colonisation. Dominique de Villepin, alors Premier Ministre, appliqua la loi du 03/04/1955 instaurant «l’État d’urgence» et le couvre-feu, laissant penser qu’on traitait les populations des quartiers populaires comme furent traitées les populations musulmanes pendant la guerre d’Algérie.
Cette  crise identitaire, loin d’être une crise «saucisson pinard», nous interroge sur le modèle d’intégration, ou pire, sur le mythe d’assimilation défendu par certains !! Comment peut-on parler d’intégration ou d’assimilation, lorsque l’on rêve de définir les contours d’une identité qui se voudrait exclusive ?
Il est évident que lorsque l’on parle de ces populations issues de l’immigration post coloniale, elles ont toujours été définies par différents termes qui déconstruiraient de fait une possible identité :  Indigène, français musulmans, immigrés, fils d’immigrés, fils d’immigrés première génération, arabes, beurs, maghrébins issus de l’immigration, diversité et finalement à nouveau français musulmans. Toutes ces étiquettes ne pouvaient que mettre à mal l’idée d’une appartenance claire à la République.
Comment prétendre résoudre cette crise, alors que les termes mêmes du débat posent problème.
Ces deux crises, morales et identitaires, risquent d’être amplifiées à l’avenir par la violente crise sociale qui s’annonce résultant de la crise mondiale de 2008.


Crise sociale
Depuis plus de 40 ans la France connaît une succession de crises économiques et sociales. (1973/1979 choc pétrolier combiné à des dépressions boursières, finalisées par une crise systémique de liquidités qui a pris naissance aux USA 2008)
Une crise sociale s’annonce donc plus importante que les précédentes, à l’image de l’Espagne, du Portugal ou de la Grèce.
Tous les indicateurs économiques de la métropole sont dans le rouge :

- Déficit commercial chronique 37 mds $*
- Déficit budgétaire chronique +3% PIB*
- Dette publique abyssale près de 90% PIB, 1800 mds €*
- Dette extérieure 5 633 mds $*
- Croissance extrêmement faible inférieure à 1%*
De plus, d’autres élément aggravent la situation : recours à l’emprunt systématique pour financer les dépenses de l’État, désindustrialisation du pays, délocalisation des emplois industriels et de plus en plus de services, désertification du monde rural,  sur-taxation et surcharges sociale pénalisant la création d’entreprises et d’emplois,  baisse de la compétitivité, chômage durable, population vieillissante, moral en berne.
La sanction de la gestion de 40 ans de crise est tombée par deux fois avec  la dégradation de la note triple A des agences de notation.
Concrètement, les premières personnes les plus durement frappées par cette crise sont les populations issues des quartiers populaires et des zones rurales. Les zones péri urbaines, à forte concentration de populations immigrées ou issues de l’immigration, voient leur taux de paupérisation trois fois plus élevé que la moyenne nationale ( 36% contre 11%).
L’Algérie, quant à elle, connaît des difficultés structurelles lourdes : au sortir de l’Indépendance, le pays ne comptait que 16% de sa population alphabétisée et peu qualifiée. Avec un tel handicap, les ambitions pour bâtir une nation moderne étaient audacieuses mais limitées.
Les différents modèles économiques adoptés, autogestion, socialisme scientifique, libéralisation à outrance et patriotisme économique n’ont pas pu répondre aux attentes des populations.
Le secteur agricole peine à assurer une production garantissant l’autosuffisance alimentaire. L’exode rural,  amplifié pendant les événements des années 90, a fait chuter la production agricole, déjà faible à l’époque, conséquence du déficit de la maîtrise des outils d’agriculture moderne, et de la faible mécanisation de la production.
Concernant les industries naissantes en Algérie «issues du concept des industries industrialisantes», on est passé d’une part du PIB de 10% à 2.5%.
Outre les problèmes de chômage liés à la fermeture des industries les moins compétitives, le pays finit par dépendre pour ses créations de richesse à 98% du revenu des hydrocarbures.
Aujourd’hui l’Algérie est un chantier à ciel ouvert qui privilégie un partenariat stratégique économique avec l’Asie.
Huit mille kilomètres séparent l’Asie de l’Afrique du Nord, quand un millier de kilomètres séparent la métropole d’Alger. En terme géographique, l’aberration est évidente.
Comment deux grand pays riverain de la méditerranée ont-il pu pendant plus de 50 ans se regarder en chien de faïence, sans penser à l’intérêt mutuel de leurs peuples ?
Les convergences d’intérêt sont donc manifestes dans un cadre adapté, autre que le 5+5 traité de Barcelone, et encore moins UPM Union Pour la Méditerranée, qui étaient des dispositifs voués à l’échec pour les raisons suivantes  : aucune culture commune, pas de passé commun, pas de langue commune, pas de religion commune,  dont certains pays sont en conflits larvés ou ouverts, et pour lesquels les niveaux  économiques sont parfaitement inégaux.


Perspectives
L’option qui nous semble la plus judicieuse serait un partenariat stratégique de type «Commonwealth»
Tout comme l’Angleterre s’est garantie un marché économique avec ses anciennes colonies et son modèle d’intégration Commonwealth, l’Allemagne s’est ouverte à l’Est vers son «espace vital» économique, l’Espagne avec les pays hispanophones et le Portugal avec les pays lusophones. Pourquoi la France s’interdirait-elle cette ouverture naturelle vers le sud qu’elle connaît si bien ?
En effet la France et l’Algérie ont 182 ans d’histoire commune, une langue commune, l’Algérie étant le deuxième pays francophone ( après la France) sans appartenir à la francophonie, une forte population algérienne établie en France (près de 10%) soit autant d’ambassadeurs de bonne volonté qui porteraient la parole et certaines  valeurs de  la France au sud de la Méditerranée.
Tenant compte des qualités du pays de Voltaire (PIB/HB de 35 000$), longue tradition industrielle et agricole, savoir-faire mondialement reconnu dans l’innovation et la créativité «French Touch», haute qualité de formation...
Tenant compte aussi des atouts du pays de l’Emir Abdelkader qui dispose d’une jeunesse formée et dynamique, d’une nation qui finalise l’achèvement de ses infrastructures routières, autoroutières, ferroviaires, portuaires et aéroportuaires, disposant également de confortables réserves financières et dont les comptes macroéconomiques sont dans le vert :

- Excédent commercial 27mds $
- Dette publique réduite à 25%PIB
- Dette extérieure inférieure à 4 mds $
- PIB/ha 7 200 $
- Pression fiscale faible

Tous ces facteurs laissent à penser que ces deux grandes nations ont intérêt à converger vers un partenariat économique stratégique sachant que l’addition de ces forces créerait une synergie profitable à tout le bassin méditerranéen. Effectivement comme l’a très bien souligné Arnaud Montebourg lors de sa visite à Alger, loin d’être une délocalisation du tissu industriel français, cela générerait «une colocalisation» dans un partenariat gagnant-gagnant, qui profiterait à l’industrialisation de l’Algérie et permettrait le redressement industriel productif français.


NOTRE APPEL
Pour que les perspectives ouvrent une nouvelle voie de relations apaisées, et de solutions aux différentes crises (morales, identitaires et sociales), notre appel d’initiative populaire et citoyenne invite tous les responsables politiques français, algériens, maghrébins, à aller dans le sens d’une refonte des relations entre ces pays dans un partenariat économique, stratégique afin que les populations de toute la région bénéficient de cette nouvelle ère dans laquelle entreraient ces puissances nouvellement émergentes.
Pour cela, il faudrait que la France reconnaisse les méfaits de la colonisation, et qu’en guise de réparation, elle s’inscrive dans cette démarche nécessaire de «codéveloppement durable» dont l’exemple du projet Desertec en serait une parfaite illustration dans le domaine des énergies renouvelables.
Comme l’avait souligné le candidat Hollande «un pays se grandit en reconnaissant ses torts».
Nous nous inscrivons complètement dans cette logique et encourageons les gouvernements des deux rives de la Méditerranée à entretenir des rapports normaux et cordiaux, à défauts de ces rapports d’affrontements perpétuels  qui masquent surtout leur manque de volonté d’apaisement et de gestion efficace des ressources des pays.
Le continent africain ayant une croissance moyenne de 5% par an, l’Algérie et l’Afrique du Nord seraient une ouverture naturelle vers ces marchés et une opportunité de colocalisation pour les entreprises de la région.


L’Algérie est la profondeur économique de la France en Afrique…. l’Algérie est l’avenir de la France.

Sami BOUMENDJEL
Président d’honneur d’AMAL 50
et militant anticolonialiste.

Gamal ABINA
Président et porte parole d’AMAL 50.



 



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