
Et dans tout cela, quelle place pour la citoyenne, le citoyen, la commerçante, le commerçant et la consommatrice, le consommateur ?
Cet été, la série aux multiples épisodes a suivi son cours, mais pas forcément celui d’un long fleuve tranquille… De décisions de Justice en décisions de Justice, de recours, en appels, les Alésiennes et Alésiens assistent médusé(e)s à une situation où l’application de la loi peine à trouver son chemin ; et où un promoteur, sûr de son bon droit (ou de ses bons appuis), oppose la soi-disant « création de nouveaux emplois » à l’application du Plan de Prévention des Risques d’Inondation et au principe de précaution.
Prenant en otage celles et ceux qui n’ont que l’intérêt général comme motivation et qui s’inquiètent de voir se renouveler des catastrophes ayant parfois coutées la vie à des personnes (au motif qu’ils (elles) mettraient en difficulté les commerces et les employé(e)s devant travailler sur ce site), le promoteur s’acharne à obtenir l’ouverture de son centre commercial en dépit des menaces qui pèsent sur sa sécurité ; et celle, justement, des employé(e)s et futur(e)s usager(e)s de celui-ci (Cf PPRI).
Cette situation croquignolesque interroge sur la position de la collectivité. En effet, au-delà de la lecture juridique de ce dossier, plus généralement quel est le positionnement du premier magistrat de la ville ?
Deux options : soit il se dit impuissant, soit il cautionne. Dans les deux cas, la réponse est inacceptable.
L’impuissance : Le Maire/Président de l’Agglo possède tous les moyens administratifs et juridiques pour s’opposer à un projet qui lui apparaît contrevenir aux règles élémentaires de sécurité (PC, CDAC, Commission de Sécurité….) ; ce qu’il n’a pas fait !
La caution : Le Maire/Président de l’Agglo a l’obligation de mettre en œuvre une politique cohérente. Or, quelle cohérence y a-t-il entre la mise en œuvre du dispositif « Cœur de Ville » et la validation d‘un tel projet ?
Au moment où tous les modèles économiques concernant la Grande Distribution sont remis en cause (y compris par les grands groupes eux-mêmes), Alès et ses habitant(e)s devraient subir une vision passéiste, usée, dépassée du modèle de consommation ? Alès possède un des taux les plus élevés de France en offre commerciale par habitant. Si cette situation résulte d’une tradition historique héritée de son positionnement spécifique de piémont, elle a fortement évolué dans les dernières décennies par sa nature. Ainsi le « petit » commerce, de proximité, a laissé la place aux moyennes et grandes surfaces en périphérie de ville. Le « panier moyen » (très bas à Alès) s’est orienté vers ce type de commerces faute de pouvoir d’achat.
Cette évolution s’est faite au détriment de cette activité qui fait toute la richesse d’une ville, toute la qualité d’une ville, le petit commerce et le tissu de ses commerçant(e)s, principal vecteur du « lien social ». Cette situation et cette évolution ne sont certes pas spécifiques à Alès, elles sont le résultat d’une évolution en profondeur de nos pratiques de consommation (e-commerce, drive…..).
Pour autant, nombre de communes, conscientes du caractère nuisible de cette évolution, ont décidé de créer les conditions de revitalisation de leur centre-ville. Et c’est bien de cela dont il est question avec les opérations « Cœur de Ville »…. Alors comment comprendre, cette caution apportée par la Municipalité d’Alès à ce projet « Porte Sud » alors qu’elle s’est elle-même inscrite dans le dispositif « Cœur de Ville » ? (Notons au passage que tous les groupes de la Grande Distribution (volontairement ou contraints), ont engagé une révision complète de leur modèle de développement (Certes pour l’instant plus dans le domaine alimentaire (Auchan, Leclerc, Intermarché, Carrefour….)) avec l’implantation de petites surfaces en centre-ville.)
Ces contradictions, cette priorité donnée au « commerce de destination » par opposition au « commerce de proximité », cette absence de vision, de réflexion sur de nouvelles façons de consommer (circuits courts, magasins éphémères, AMAP, ressourceries, tiers-lieux….) handicapent aujourd’hui notre ville. Mais elles posent aussi, avec force l’exigence, du renouvellement d’un logiciel de pensée que celui utilisé par nos édiles actuels. C’est en effet, avec les Alésiennes et les Alésiens, les commerçantes et commerçants, que doit être définie l’offre commerciale attendue et non pas pour coller au « business plan » ou servir prioritairement les intérêts d’un promoteur.
Cette vision participative de l’Aménagement et de l’Urbanisme est au cœur de nos engagements pour qu’Alès devienne véritablement « Citoyenne et Rassemblée ».
Paul Planque.
Rappel, réunion du collectif "Alès Citoyenne et Rassemblée" demain lundi 18h, 1, rue Mayodon à Alès.