Petition updateTOUR DE FRANCE/C​.​E​.​E. FEMININ: Mme Amaury et Mr. Amaury !Qu’est devenu le Tour de France Féminin créé en 1955 ?
patrice ANDRIEUXUtopia, France
Aug 5, 2019

Les trois Maillots jaunes de Jeannie Longo s’en souviennent. Le Tour de France féminin a bien existé. Renommée Tour du C.E.E. puis Grande boucle internationale, cette épreuve a été supprimée en 2009. Dix ans après, 13 coureuses effectuent le Tour de France hommes pour réclamer le retour de leur épreuve. Retour sur son histoire au travers des archives de Ouest-France.

Depuis la disparition de la Grande boucle internationale, le cyclisme professionnel en France s’est un peu plus masculinisé. Privées de leur épreuve internationale à étapes, les sportives ont perdu en médiatisation. À défaut d’organiser une épreuve féminine, la société du Tour de France (A.S.O.) propose aux coureuses professionnelles de s’affronter durant La Course by le Tour de France, depuis 2014. Une course sans étape, quand l’épreuve masculine se développe sur une vingtaine d’étapes et autant de jours de course.

La naissance du Tour de France femmes
Dès ses débuts, l’histoire de cette épreuve féminine n’a jamais été simple et souvent empreinte de sexisme. Après plus de 50 ans reléguées au rang de spectatrices ou d’hôtesses, les femmes gagnent de la place sur le Tour de France avec une première édition en 1955. Jean Leulliot lance alors l’idée d’un équivalent réservé aux femmes. Le premier Tour de France féminin voit ainsi le jour en septembre 1955 et révèle la coureuse Lily Herse. Sans grande surprise au vu de l’époque, la couverture médiatique est empreinte de sexisme à l’image de ce court reportage des Actualités Françaises republié par l’INA ou ce petit « conte » futuriste imaginé par un journaliste de Ouest-France en 1960, à retrouver ci-dessous. Jusqu’alors, le journal n’avait pas accordé plus de quelques lignes donnant les résultats des courses.

Mémoires de Cyclisme revient également sur les propos du journal L’Equipe après l’arrêt du Tour de France féminin l’année suivante. « Le bon sens a triomphé […] Elles devront se contenter des épreuves existantes et du cyclotourisme, ce qui correspond beaucoup plus à leurs possibilités musculaires ». Misogyne ordinaire d’un autre temps ?

1984, le grand retour et l’âge d’or du Tour féminin
Après 30 ans de disparition, le Tour de France féminin revient sur le devant de la scène, organisé par la Société du Tour. Sous l’impulsion du co-directeur Félix Lévitan, une course est organisée avant le départ de chaque étape du Tour de France masculin. Médias et spectateurs sont au rendez-vous et le sexisme du premier tour s’est quelque peu estompé, la société française ayant depuis changé.

L’américaine Marianne Martin et Laurent Fignon, fêtent ensemble leur maillot jaune sur les Champs Élysées. Le Ouest-France salue alors la performance de l’Américaine, « qui signe en lettres d’or la page de garde du Tour féminin ». Si le Tour de France hommes est privilégié dans les pages des journaux, les articles suivant la course femmes sont alors plus nombreux et plus respectueux des sportives et de leurs performances sur les routes françaises. Les médias, comme la société française, ont changé, plus conscients des luttes pour l’égalité hommes-femmes dans tous les domaines.

À quelques jours de la seconde édition en 1985, Ouest-France débute déjà sa couverture médiatique du Tour de France féminin. Interrogée par le quotidien, l’ancienne championne aux 45 victoires Micheline Proust dresse un bilan mitigé du cyclisme en France, juste avant son départ en tant qu’entraîneuse. « J’avais 16 ans quand j’ai décidé que je ferai de la compétition. Je rêvais de m’affronter aux garçons. Les règlements de la Fédération m’en empêchaient. Et il n’était pas question à l’époque d’organiser des courses féminines ». Alors que 30 ans plus tôt, la presse n’accordait que peu de crédit aux coureuses, le quotidien consacre un portrait à la nouvelle entraîneuse, revenant sur ces exploits passés presque inaperçus.

1985 marque aussi l’arrivée d’une star du cyclisme féminin dans l’Hexagone : Jeannie Longo. 14 fois championne du monde durant sa carrière, elle bouleverse le paysage médiatique et se fait une place dans les colonnes des journaux. Cette année-là, une page entière est consacrée aux performances des coureuses dans le Ouest-France. Au-delà du sport, les retombées économiques et touristiques du Tour de France féminin sont scrutées et montrent l’intérêt croissant des Français pour cette compétition.

Personnage incontournable du cyclisme français, Jeannie Longo est de toutes les interviews et de tous les articles, pour le Tour de France comme pour le Championnat de France. Elle redonne à Lily Herse ses lettres de noblesse par ses propres exploits. « Samedi matin, Jeannie Longo avait rejoint Lily Herse, recordwoman des titres de championne de France ». De 1985 à 1989, Maria Canins et Jeannie Longo bataillent pour le Maillot jaune, chacune remportant trois victoires.

Vers la fin des compétitions d’envergure en France
L’année 90 est, quant à elle, celle du changement de nom pour la compétition. Le Tour de la C.E.E. prend la relève du Tour de France durant quatre éditions avant de tout simplement changer d’identité pour des raisons économiques. La société organisatrice du Tour de France arrête alors totalement l’organisation d’une épreuve en 1992.

Continuant à croire en un véritable Tour de France féminin, Patrice Boué met en place le Tour cyclisme féminin, de 1992 à 2009. Le chemin est semé d’embûches. L’organisation difficile face aux affaires de dopage (chez les hommes comme les femmes) et aux restrictions posées par ASO (Amaury Sport Organisation), société gérant le Tour de France hommes. ASO interdisant l’utilisation du terme « tour » en dehors du Tour de France masculin, la compétition change encore de nom et de format. La Grande boucle féminine internationale commence ainsi en 1998 pour disparaître en 2009. De même, pas de maillot jaune pour la gagnante mais un maillot d’or, l’appellation étant contrôlée par A.S.O.

Une pétition pour réinstaurer un Tour au féminin
Lassées de ne pas avoir de compétition d’envergure en France, les cyclistes professionnelles mettent en place des actions depuis plusieurs années. Une pétition lancée en 2013, et ayant récolté plus de 90 000 soutiens, a poussé A.S.O. à organiser un événement cycliste féminin. La Course by Le Tour est une courte épreuve menée en parallèle du Tour de France hommes. Une piètre tentative que boudent nombre de coureuses professionnelles, préférant s’investir dans le Giro Rosa, équivalent féminin du Giro d’Italie.

Depuis 2015, treize coureuses ont ainsi lancé l’opération Donnons des elles au vélo J-1 et effectuent un Tour de France féminin non-officiel. Dénonçant un sexisme certain dans la profession, elles réclament le retour du Tour de France féminin en réalisant les mêmes étapes que les hommes, une journée avant chaque étape du Tour de France masculin. De quoi prouver que les femmes n’ont rien à envier aux hommes sur les performances techniques et sportives.

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