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La fin des armes nucléaires pour bientôt ?

Sarah Durieux
Nov 16, 2016

Et si la fin des armes nucléaires était pour demain ?

Pour la première fois, la majorité des pays du monde au sein de l’Organisation des Nations Unies a décidé de préparer un traité pour interdire l’armement nucléaire.

Paul Quilès, ancien ministre de la Défense se mobilise avec son association ‘Initiatives pour le Désarmement Nucléaire’ (IDN) et ICAN France (la Campagne Internationale pour Abolir les Armes Nucléaires) pour saisir une occasion unique : le vote à l’ONU d’une résolution qui ouvrirait la porte à un traité d’interdiction de ces armes.

Un processus auquel s’est opposé la France et qui a déclenché le lancement d’une pétition sur Change.org déjà signé par des milliers de personnes.

Paul Quilès reviens pour nous sur cette campagne.

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Pourquoi avoir lancé cette pétition ?

Nous venons de vivre un moment historique, puisque les 3/4 des Etats de la planète ont décidé d’aller de l’avant pour interdire les armes nucléaires. En mars et juin 2017, des Etats et des représentants de la société civile vont se réunir pour préparer et négocier un Traité d’interdiction des armes nucléaires. Il est assez extraordinaire de penser que, dès l’année prochaine, ce processus va être engagé à l’ONU !

Alors que, de tous côtés, on nous alerte sur les dangers d’un retour de la Guerre froide, voici que 123 Etats (dont l’Afrique du sud, la Malaisie, l’Autriche, l’Irlande, le Brésil…) offrent une possibilité de rendre le monde plus sûr et plus stable en établissant une norme juridique de prohibition de l’arme nucléaire. Qui oserait aujourd’hui aller à l’encontre de l’interdiction des armes biologiques et chimiques ? Personne ! Et pourtant, la France va à l’encontre du projet d’interdiction de cette arme de destruction massive !

Bien sûr, d’autres étapes devront être franchies, comme la mise au point des modalités pratiques de mise en œuvre de l’interdiction, notamment par des procédures et des techniques de vérification efficaces mais c’est la première fois depuis 1995 qu’il existe une possibilité concrète de faire avancer le désarmement nucléaire. Avec ICAN France (la Campagne Internationale pour Abolir les Armes Nucléaires) et l’organisation que je préside, IDN (Initiatives pour le Désarmement Nucléaire), nous ne pouvions pas rester silencieux devant ce refus français d’aller vers une plus grande sécurité internationale.

 

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Quel a été le déclencheur de votre engagement en faveur de la lutte contre l’armement nucléaire?

Pas simple de résumer en quelques phrases une prise de conscience qui date de mon court passage au ministère de la défense en 1985-86, où j’ai touché du doigt les mécanismes de décision. Puis il y a eu 

la chute du Mur de Berlin, la fin de la Guerre froide et les premières décisions de réduction des arsenaux nucléaires, contredites en 1995, pour ce qui concerne la France, par la décision du nouv

eau Président de la République, Jacques Chirac, de reprendre les essais nucléaires, alors que son prédécesseur, François Mitterrand, avait décrété un moratoire en 1992. C’est à ce moment véritablement que j’ai commencé à prendre position en parlant de la « nécessaire désescalade de l’armement nucléaire ». J’étais député et j’ai alors demandé un débat à l’Assemblée nationale, qui a eu lieu fin 1995. Songez qu’il n’y a pas eu de débat sur la dissuasion nucléaire dans l’hémicycle depuis cette date !

 

Comment expliquez-vous que la France ait voté contre la résolution le 27 octobre ?

Quand on écoute les arguments de la France, on s’aperçoit que notre diplomatie semble un peu perdue depuis quelque temps. Désormais ce ne sont plus les 5 puissances nucléaires (« autorisées » par le TNP) qui dictent le calendrier des discussions du désarmement nucléaire, mais une large majorité d’Etats, du Mexique à la Nouvelle Zélande, qui revendiquent le droit de ne plus être soumis au risque destructeur d’une guerre nucléaire.

La France répond que ce traité va être « déstabilisateur ». Comment un engagement qui interdit un système d’arme de destruction massive pourrait-il déstabiliser le monde ? C’est un non-sens. La sécurité du monde n’a cessé d’être renforcée par la création et l’application de traités de désarmement : sur les armements chimiques et biologiques, les mines antipersonnel, les sous munitions, ou encore le commerce des armes.

En réalité, cette attitude correspond à une tentative de conserver l’illusion de puissance que donnent les armes nucléaires. Je dis bien illusion, car ce n’est pas l’arme nucléaire qui peut rendre la voix de la France plus forte ou plus crédible. De plus, les responsables français savent bien que notre pays va être stigmatisé lorsque le traité d’interdiction sera adopté et qu’il leur sera difficile de justifier leur opposition à ce traité, alors que le Président français reconnaît lui-même la nécessité à terme d’un monde sans armes nucléaires…

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Qu’est ce qui, selon vous, permettrait de changer la donne et de convaincre la France?

La principale difficulté est de changer un mode de pensée ancien, qui peut cependant évoluer, puisque l’on constate que de plus en plus de dirigeants politiques, de militaires, de scientifiques remettent en cause le rôle accordé aux armes nucléaires.

Les jeunes aussi commencent à se mobiliser. C’est ainsi que ICAN France vient de réaliser une intéressante « Tournée des Facultés » à travers la France et une ICAN Academy, qui a vu  des étudiants français et européens se réunir pendant 4 jours pour comprendre ces enjeux. Cela aurait impensable il y a 25 ans. En tout cas, c’est une preuve de l’évolution des pensées, semblable à la prise de conscience de la sauvegarde environnementale de la planète.

La France devrait considérer le processus d’interdiction de l’arme nucléaire et de désarmement nucléaire comme une opportunité et comme un moyen de renforcer son influence diplomatique. En adhérant à ce processus, la France se placerait clairement dans le camp du changement et de la transformation des relations internationales dans une perspective de paix et de renforcement de la sécurité internationale.

Nous sommes à quelques mois seulement de l’élection présidentielle. Quel message voulez-vous envoyer aux candidats sur le sujet des armes nucléaires?

Nous ne pouvons plus fonder notre politique de défense sur un système qui date du XXe siècle et qui constitue une véritable Ligne Maginot. Le système de dissuasion nucléaire est lourd, dangereux, coûteux et loin d’être crédible. De plus, comme le rappelle le Livre Banc de la défense de 2013, « une force de dissuasion sans capacités conventionnelles verrait par ailleurs sa crédibilité affectée » et c’est bien le cas. Augmenter le budget de la défense, comme le prônent la plupart des candidats, ne résoudra pas les problèmes de sous- équipement que nos armées rencontrent, puisque la majorité des augmentations est allouée à la dissuasion nucléaire.

Il est temps que les candidats réfléchissent aux conséquences dommageables de la poursuite de cette politique de défense :

-Un non respect de nos engagements juridiques (« Traité de Non-Prolifération »), au risque d’être responsable de la fin du régime de non-prolifération nucléaire ; Si nous ne respectons pas nos engagements, pourquoi d’autres n’agiraient-ils pas de même ?

– Des dépenses de démantèlement des systèmes anciens inchiffrables, qu’il faudra bien payer un jour ;

– Un armement qui accapare une partie importante des moyens budgétaires, empêchant ainsi de nous protéger correctement contre les menaces réelles, comme le terrorisme. Et on ne peut écarter les dangers climatiques, qui nécessiteront aussi des moyens matériels et financiers significatifs.

– Et tout ceci sans compter bien sûr les dangers humanitaires incommensurables et de plus en plus fréquemment dénoncés, d’explosions nucléaires provoquées par accident, méprise sur les intentions de l’adversaire ou échec de la dissuasion.