Actualización de la peticiónPédophilie/Délai de prescription : donnons le temps aux victimes d'obtenir justice !Vos témoignages
Séverine MFrancia

4 ago 2017
Bonjour à tous,
Aujourd'hui je ne vais pas vous écrire. Je vous présente simplement 3 témoignages, qui je l'espère convaincront d'autres personnes à parler/écrire à leur tour.
Car nous devons nous dévoiler. Nous devons dire comment ça arrive.
Alors voilà... Je publierai d'autres témoignages, au fur et à mesure.
Merci, de tout coeur aux personnes qui m'ont écrit, parfois même pour dire simplement "ne lâchez rien".
Les photos de cette mise à jour c'est moi, l'enfant que j'étais avant que celui que j'étais obligée d'appeler "Papa" mais qui ne l'était pas me fasse subir ma première agression sexuelle.
Il faut être un monstre pour torturer l'innocence sacrée...
Séverine
Voici les témoignages :
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"Vous ne me connaissez pas... Je voulais simplement vous dire Merci d'avoir cette force de témoigner pour tous ces enfants ! Je me suis reconnue dans bien des paroles de votre témoignage vidéo pour relancer les signatures de votre pétition ! J'ai aujourd'hui 35 ans et j'ai retrouvé le sommeil depuis que j'écris car cela m'a aidé à me reconstruire. Je ne songe pas à publier comme vous et je vous connaissais pas et ne connais pas vos écrits... Mais oui, il faut témoigner !!! Et je projette de recueillir mes écrits pour en faire un livre privé que j'offrirai à ma famille et mes proches car je réalise petit à petit qu'il faut témoigner et qu'il n'y a que véritablement que comme ça que j'y parviendrai car je il m’'est trop difficile de parler...
Vous avez dit :" je ne suis pas une personne normale"... Mais cela ne vous empêche pas d'être une très belle personne !!! Je sais que ce n'est pas facile à accepter car je me suis sentie salie et moche à cause de cela. Très souvent je me suis demandé qui j'aurais pu être si j'avais eu un autre passé... Aujourd'hui, je sais que c'est ce qui m'a forgé, je suis très sensible... vous l'êtes aussi ! J'ai longtemps cru que c'était un défaut... En réalité, je suis fière d'avoir cette sensibilité et vous pouvez l'être aussi... Je suis sûre que vous êtes appréciée pour cela... Je vous souhaite de belles rencontres dans le chemin de votre réparation... S'il y a des rencontres qui peuvent nous détruire, d'autres peuvent nous reconstruire..."
Marie-Claire.
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"Tout d’abord, un grand merci de vous battre pour donner une voix à tous les enfants victimes de la pédophilie, quel que soit leur âge aujourd'hui.
Je sais combien ce combat est difficile et douloureux. Je sais combien briser le tabou du silence est déjà un combat en soi.
L'entourage, la famille, les amis, préfèrent souvent ignorer la souffrance liée à la pédophilie, faire l'autruche et regarder ailleurs.
Il en est de même pour cette pétition, les gens la lisent, s'indignent mais "oublient" de signer.
Parce que la pédophilie est un sujet qui dérange trop.
Parce que personne ne veut croire qu'un enfant puisse vivre cette atrocité là sans que personne ne s'en rende compte.
Parce que cela fait résonner leur propre peur pour leurs enfants ou leur propre vécu refoulé.
J'ai bien évidemment signé et transmis cette pétition autour de moi.
Je sais que certains l'ont signé et d'autres non.
Leurs raisons pour ne pas signer leur appartiennent. Tout comme le silence des victimes qui ne sont pas encore capables de parler leur appartient.
Je comprends votre coup de gueule et votre incompréhension sur les 2 semaines seulement pour obtenir 200 000 signatures pour un chat battu alors que "Stop prescription" peine à dépasser les 170 000 signatures après plusieurs mois.
Par contre, je ne suis pas d'accord quand vous dites que vous présenter avec moins de 200 000 signatures devant le Garde des Sceaux serait ridicule.
170 000 signatures, quand on sait que les estimations les plus optimistes parlent de 10% seulement de victimes qui oseraient parler de ce qu'elles ont subi, cela signifie que ces 170 000 signatures représentent en fait plus d'un million de signatures.
Ce sujet est tellement tabou, il fait tellement peur, il nous renvoie tellement à notre sentiment d'impuissance à protéger les enfants de la vie en général, et des prédateurs sexuels en particulier, il nous renvoie aussi au tabou de l'inceste, déjà exprimé dans la mythologie grecque...
La sexualisation des enfants fait partie des plus ancrés et des plus profonds tabous de l'humanité. 170 000 signatures, c'est déjà énorme et vous pouvez être fière du travail accompli grâce à vos efforts.
Vous demandez ici des témoignages.
Je fais partie des victimes, pendant 2 ans j'ai été le jouet d'un "ami" de mes parents.
Mes parents ont perçu un changement de comportement brutal de ma part, mais ils n'ont jamais compris ce qui se cachait derrière.
J'ai grandi en biais, cachée derrière un personnage imaginaire que j'avais créé pour "me protéger". Ce personnage était un garçon car dans ma tête d'enfant, je croyais que seules les filles subissent cela. J'ai compris bien plus tard à quel point j'avais tort.
Je ne redevenais une fille que lorsque j'étais avec ce monstre.
Et lorsque les agressions ont cessé, j'ai cessé d'être une fille et j'ai tout oublié.
C'est revenu plus tard, par un malaise inexplicable face aux changements de mon corps d'adolescente d'abord, qui contredisaient mon image intérieure de garçon. Puis par le désir des garçons qui m'effrayaient de manière irrationnelle. Les souvenirs sont revenus par flashs confus puis par cauchemars et il m'a fallu du temps pour accepter ces souvenirs car je ne voulais pas que ce soit les miens.
Jeune adulte, j'ai vécu une période très compliquée entre le désir d'oublier à nouveau (ce qui n'était plus possible), et le désir de parler enfin, de me libérer du poids du secret.
Cette lutte interne a crée de multiples problèmes, des dissociations, une vie sociale extrêmement chaotique, une instabilité émotionnelle qui m'a empêchée de suivre des études correctement.
Ce n'est que passée la trentaine que j'ai enfin pu démarrer une démarche thérapeutique.
Cette démarche m'a permis de parler à ma famille puis de porter plainte.
Malheureusement pour moi, étant née avant 1976, ma plainte est tombée sous le coup de la prescription et mon agresseur n'a pas pu être poursuivi sur la base de mon seul témoignage.
Par contre, le fait que j'ai parlé a permis à une autre victime de trouver le courage de parler aussi. Et pour elle, il n'y a pas de prescription.
L'affaire suit son cours depuis plus de cinq ans déjà.
Nous ne savons pas s'il y aura un procès ou pas, mais au moins, maintenant, les gens savent qui il est.
Le travail psychologique m'a permis de me reconstruire. Aujourd'hui, j'ai retrouvé un lien solide avec ma famille, même si ça a été compliqué.
Leur parler a fait beaucoup de dégâts sur le coup. Il a fallu que chacun accepte et digère cette information, que chacun puisse se pardonner de ne pas m'avoir aidée lorsque j'étais enfant, de ne pas avoir vu. Et il a fallu que moi aussi, je leur pardonne cela et que j'accepte que dans ma reconstruction, ils ne puissent pas forcément être présents comme moi je l'aurais voulu.
Cela a demandé du travail, beaucoup d'amour et beaucoup de compréhension mutuelle, mais aujourd'hui, ma famille est plus unie que jamais.
Le travail psychologique m'a également permis de réapprendre à faire confiance. Ça a été long et difficile (plus de 5 ans), mais aujourd'hui, je suis en couple et heureuse dans mon couple.
J'ai un travail stable, des amis, une vie sociale apaisée.
Avoir porté plainte et avoir pu me confronter à mon agresseur a été libérateur pour moi.
Mes souvenirs faisaient de lui un monstre tout puissant, immense et effrayant, mais forcément, trente ans plus tard, il avait vieilli et moi j'avais grandi. J'étais terrorisée pendant la confrontation, tétanisée par l'enfant en moi qui se croyait toujours vulnérable, je n'ai pas réussi à dire les choses comme je l'aurais souhaité et je n'ai pas réussi à être aussi forte que je l'aurais voulu, mais j'ai tenu bon. Et aujourd'hui, avec le recul, cette confrontation m'a aidée à le remettre à sa juste place. Ce n'est pas un monstre surpuissant mais juste un homme lâche, immonde et sans aucune autre puissance que celle de la manipulation d'enfants innocents.
Le fait de ne plus vivre dans la peur fait que j'ai pu trouver un équilibre interne, et c'est la libération du secret, le fait de briser le tabou qui m'enfermait et d'oser affronter ma terreur devant la justice qui m'ont permis de me reconstruire. Grâce aussi à l'aide d'un très bon soutien psychologique, évidemment.
Mon témoignage à moi, le message que je veux faire passer c'est celui-là :
À toutes les victimes de ces monstres pédophiles, trouvez en vous le courage de libérer votre parole, faites vous accompagner par un(e) bon(ne) thérapeute et affrontez votre peur d'enfant pour vous en libérer.
Le monstre de vos souvenirs a aujourd'hui plus peur de vous que vous de lui. Car vous n'avez plus rien à craindre de lui, en tant qu'adulte, il ne peut plus rien vous faire, mais lui par contre, à tout à craindre de vous. Car vos souvenirs peuvent détruire sa vie et le priver de sa liberté.
Vous n'avez pas à payer toute votre vie pour le mal que ces monstres font.
Parlez, reconstruisez-vous, et si vous pouvez aller jusque là, portez plainte.
On ne pourra jamais effacer le passé, mais on peut trouver un moyen de vivre avec, de trouver son équilibre, même si on doit pour cela faire le deuil définitif de l'enfant qu'on était "avant", et de l'adulte que cet enfant là serait devenu.
Amicalement"
Laure.
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"La première fois, il m’a fait asseoir dans le canapé, chez lui, dans le salon, après avoir fermé la porte. On regardait la télé éteinte, sur la droite, et, en face, la fenêtre. Il a glissé une main dans ma culotte. J’ai dit : “On va nous voir...” Il a répondu : “Non, on ne peut pas voir à travers les voilages.” C’était de longs voilages blancs, transparents. Et moi, je pouvais voir à travers.
La deuxième fois, c’était dans la salle d’eau, chez lui. Il a sorti son sexe, à hauteur de mes yeux, il a remué, et du liquide puant est sorti. Je regardais la serviette rose, derrière, à hauteur de mes yeux aussi.
Une autre fois, dans la cave, il y avait de la mort aux rats par terre. Je ne me souviens de rien d’autre. Juste la mort aux rats.
Ce voisin me gardait après l’école en attendant que mes parents rentrent. Sa femme repassait dans la pièce à côté, souvent. J’étais amoureuse de son fils, qui se moquait de moi parce que je ne savais pas comment on fait les bébés.
Ça a duré de mes 7 ans jusqu’à mes 10 ans, quand on a déménagé.
Il me disait de n’en parler à personne. Je me suis tue, puis vers 14 ans j’ai raconté à mes parents, ils ont pleuré. C’est tout.
C’est à 28 ans que j’ai porté plainte contre monsieur M. À la Brigade des mineurs, on m’a écoutée. Plus tard, j’ai reçu un numéro d’enregistrement au parquet ; ma plainte a été classée sans suite. J’ai gardé le papier avec le numéro.
J’ai mis une vingtaine d’années à supporter de voir une télé éteinte. Je viens de comprendre aujourd’hui (je le jure, aussi incroyable que ça paraisse), 18 juillet 2017, à 51 ans, en prévoyant de rédiger ce bref témoignage, je viens de comprendre pourquoi je n’ai jamais mis de voilages à aucune des fenêtres d’aucun appartement où j’ai habité (après tout, on ne réfléchit pas à ses goûts de décoration d’intérieur…).
Ma sexualité a été celle d’une nymphomane, sans véritable plaisir, pendant des années, puis celle d’une nonne, tout en étant très amoureuse, au fil des ans, au fil des hommes.
12 ans de psychanalyse. 9 hospitalisations – je suis bipolaire type I, le plus sévère. Sous traitement à vie. Pension d’invalidité (qui ne comptera pas pour le calcul de ma retraite). Je n’ai jamais été capable de travailler en entreprise ; je suis un animal à la sociabilité boiteuse. Entre autres.
Mon bourreau, lui, a déménagé il y a longtemps en Belgique. Peut-être abusait-il de son fils, aussi. Peut-être a-t-il abusé d’autres enfants. Peut-être n’a-t-il jamais été « inquiété ».
Moi, je suis inquiète. Intranquille. À vie."
Marianne.
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