Petition updateSOS Démocratie en périlLituanie: chaîne humaine pour la Biélorussie
Collectif INTER-ORGANISATIONNELFrance
Aug 31, 2020

Alors que cent mille Biélorusses se rassemblaient pour le second week-end consécutif au centre de la capitale, Minsk, pour protester contre la réélection du président Alexandre Loukachenko, en Lituanie voisine, une chaîne humaine de trente kilomètres de long s'est constituée en soutien à l'opposition biélorusse.

Quarante mille Lituaniens ont constitué Dimanche 23 Août 2020 une chaîne humaine de trente kilomètres, en soutien à l'opposition biélorusse

La chaîne humaine s'allonge sur plus de trente kilomètres depuis la Place de la Cathédrale, au centre de Vilnius, jusqu'à la frontière biélorusse. Au  long de cette route, des dizaines de milliers de personnes s'alignent, toutes revêtues de rouge et de blanc, les couleurs de la première Biélorussie indépendante. Cette longue cohorte, en solidarité avec le voisin biélorusse, fait aussi écho à une autre chaîne humaine qui, en 1989, a amené près de deux millions de personnes sur les frontières orientales des pays baltes, sur six cent soixante quinze kilomètres de longueur. A l'époque, il s'agissait de revendiquer l'indépendance des trois Etats baltes vis à vis de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), qui les avaient annexés pendant la seconde guerre mondiale.

Vida, la soixantaine, avait déjà participé à la voie balte de 1989. Trente et un ans plus tard, elle se retrouve au même endroit et elle ne cache pas son émotion, « je suis surtout émue car les Biélorusses se font taper dessus.  Alors que nous, nous étions occupés par un autre pays et nous nous battions pour notre liberté, en Biélorussie, ce sont des Biélorusses qui brutalisent d’autres Biélorusses. Quand j’étais enfant, nos parents nous amenaient à Grodno en Biélorussie, nous y allions pour faire des courses. C’est un pays qui nous était très proche. J’ai grandi avec ce pays ».

La proximité des Lituaniens et des Biélorusses ne fait guère de doute et l'opération de la chaîne humaine de la liberté, pour symbolique qu'elle soit, demeure importante, souligne Andrius Tapinas, le journaliste qui a conçu toute l'opération et qui se souvient de la manifestation de 1989, alors que les pays baltes étaient en quête de reconnaissance, « quand nous les Lituaniens, quand nos parents ont entamé ce combat pour la liberté, nous cherchions des soutiens à l'étranger et, en fait au début, seule l'Islande nous a soutenus et reconnus, trente ans plus tard, nous sommes toujours très reconnaissants à l'Islande pour ce geste et je crois que la Biélorussie attend un soutien de l'étranger, particulièrement des voisins les plus proches. Ce sera difficile pour eux d'avoir un soutien des Russes, mais nous les Lituaniens, nous sommes libres, nous pouvons crier "vive la Biélorussie, nous sommes avec vous et nous serons toujours vos voisins" ».

La chaîne humaine lituanienne a déplacé des anonymes, bien sûr, mais aussi des personnalités. Le président lituanien, Gitanas Nauséda, s'y est joint, de même que le ministre des affaires étrangères du pays, Linas Linkevicus, ancien ambassadeur de Lituanie en Biélorussie et qui connait particulièrement bien le pays, « ce sont des voisins. Ce sont des personnes très bien et ils méritent d’être mieux traités. Ils ne demandent pas grand-chose, ils demandent d'être écoutés et de décider eux-mêmes de leur avenir, de ce que sera leur pays, par qui il sera gouverné. Ce n'est pas trop demander ».

Le chef de la diplomatie lituanienne promet d'ailleurs d’accueillir les Biélorusses qui, le cas échéant, seraient amenés à devoir quitter, voire à fuir leur pays, « il n'y aura pas de corridor. Nous accueillons déjà certains d’entre eux pour des raisons humanitaires. Nous vérifions s'ils sont menacés. Et ce n'est pas nouveau. Nous donnons l’asile à certains d’entre eux, y compris Svetlana Tikhanovskaya, à qui nous avons donné un visa d'un an. Elle peut rester ici sans restriction ».

Dans la foule de cette chaîne humaine lituanienne, on trouve aussi des Biélorusses, comme Vadim Vileïta, qui n'en revient pas de ce mouvement de soutien, « j’ai le sentiment que mon rêve est devenu réalité, que les Lituaniens ne regardent plus la Biélorussie comme une nation hostile, une nation pro russe ou une dictature de type soviétique, mais que c'est aussi la nation de millions de citoyens libres et qui veulent avoir de bonnes relations avec tout le monde, notamment avec la Lituanie. Je suis si content de voir cette solidarité si forte entre Lituaniens et Biélorusses. C'est vraiment un jour historique pour les deux pays, mais particulièrement pour la Biélorussie ».

Alors que, à Minsk, les manifestations du Dimanche 23 Août 2020 ont réuni au moins cent mille personnes, il y avait quarante mille manifestants supplémentaires à avoir fait le déplacement sur la frontière depuis la Lituanie.

 

 

 

 

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