Monsieur le Maire,
Je vous remercie pour votre réponse et pour l’attention que vous portez aux échanges avec les citoyennes et citoyens, quelle que soit la diversité des points de vue exprimés.
Je tiens tout d’abord à saluer l’initiative de renommer le Parvis des Droits de l’Homme en Place de l’Ukraine. Ce geste fort témoigne de la solidarité de la ville de Bordeaux envers le peuple ukrainien et reflète les valeurs universelles de paix et de justice qui nous rassemblent. Cependant, il semble que cette initiative ait reçu peu d’écho et que le lieu manque de visibilité auprès des Bordelais, ce qui limite l’impact de ce message de solidarité.
Dans ma demande de consultation des Bordelais en date du 31 octobre 2023, je m’étais volontairement abstenu de proposer un nom alternatif pour la Place Stalingrad, privilégiant une réflexion collective sur le sujet. Cependant, je souhaite attirer votre attention sur plusieurs points historiques et symboliques qui méritent d’être considérés dans ce débat.
Un regard sur l’Histoire : Stalingrad a été renommée Volgograd par les Soviétiques eux-mêmes, tout comme Leningrad est redevenue Saint-Pétersbourg. Cette évolution reflète une volonté de dépasser les symboles associés au régime stalinien. Ignorer ces transformations revient paradoxalement à dépasser les démarches mêmes des autorités soviétiques de l’époque.
Le poids des symboles : Staline est aujourd’hui reconnu comme un génocidaire, responsable de crimes de masse, dont la famine de 1931 qui a causé la mort de 3 millions d’Ukrainiens. Vladimir Poutine, par ses actes criminels en Ukraine, mérite également une condamnation claire et sans équivoque. À ce titre, une place portant le nom de Stalingrad peut susciter une incompréhension face aux valeurs de notre République, fondées sur les droits de l’Homme et la justice.
Un parallèle avec l’actualité : Alors que la guerre en Ukraine a déjà causé la mort ou blessé plus d’un million de personnes – 700 000 Russes et 300 000 Ukrainiens –, certaines réactions ont jugé que ce sujet n’était pas "d’actualité". Il est pourtant difficile de comprendre comment ces tragédies pourraient être reléguées au second plan, alors que le changement de nom d’une rue passant de l’abbé Pierre à Rosa Bonheur faisait l’objet de discussions le même jour.
La faiblesse de l’Occident : Le soutien international à l’Ukraine, bien que présent, a souffert de lenteurs. Nous aurions dû également permettre des représailles sur des infrastructures stratégiques russes, comme le pont de Kertch ou les lignes ferroviaires alimentant le front.
Un débat citoyen nécessaire : Nous aurions aimé consulter 30 000 Bordelais, soit 10 % de la population intramuros, pour connaître leur opinion sur la place Stalingrad.
Forts de 6 500 signatures positives déjà recueillies, nous insistons pour une décision urgente visant à renommer cet espace public en "Place de l’Ukraine" ou en "Place de la Paix". Une telle appellation rendrait hommage à la bataille historique de Stalingrad tout en portant un message universel de réconciliation, de solidarité et d’espoir.
Face à ces enjeux, je renouvelle ma demande pour une décision urgente sur le changement de nom de la Place Stalingrad. Il est de notre devoir collectif de porter des symboles qui honorent les valeurs de paix, de justice et de solidarité.
Je reste à votre disposition pour poursuivre cet échange dans un esprit constructif et respectueux.
Avec mes salutations les plus distinguées,
W.-A. Miailhe de Burgh