Обновление к петицииNe laissons pas abattre les deux Loups du Limousin !Tribune Le Monde 14 octobre 2025 de Farid BENHAMMOU et Patrick DEGEORGES
Association CARDUELISCreuse, Франция
14 окт. 2025 г.

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14 octobre 2025


 « En facilitant la mise à mort des loups, l’acceptabilité sociale de  l’espèce est sapée même là où la prédation reste marginale »


 Tribune : Refonder le Plan nation d’action Loup en France
 Patrick Degeorges, Philosophe
 Farid Benhammou, Géographe


 Dans une tribune au « Monde », deux spécialistes de la ruralité évoquent les enjeux du plan national d’actions sur le loup, qui échoue, selon eux, à répondre aux véritables problématiques relatives à la vulnérabilité économique et écologique des élevages.
 14 octobre 2025


 Pour soulager « immédiatement » les éleveurs de la prédation des loups, le gouvernement français présente comme une adaptation pragmatique l’idée d’autoriser tous les éleveurs à les abattre en conditionnant le tir à une simple déclaration postérieure. C’est, en réalité, un choix politique lourd de conséquences.


 Le gouvernement achève ainsi d’enterrer un plan national d’actions déjà « zombie » depuis son détricotage amorcé en 2012-2013. En dix ans, la « protection » des loups a dérivé d’une prévention graduée et proportionnée des attaques sur les troupeaux domestiques – avec mesures de protection, tirs d’effarouchement suivis en dernier recours de mesures létales – vers la gestion d’un niveau de population de loups estimé autour de 1 000, avec un seuil de prélèvement annuel fixé à 19 %.


 Ce tournant a déconnecté le recours aux mesures létales de la réalité des attaques qu’elles sont censées réguler. L’augmentation des dégâts liée à l’expansion de l’aire de présence de l’espèce résulte surtout de dommages faibles, qui ne devraient pas justifier, selon la jurisprudence administrative, le recours systématique à des tirs de destruction. Les prédations importantes demeurent très localisées.


 Plus de la moitié des fermes en zones à loups ne subissent aucune attaque, 80% des élevages effectivement attaqués en subissent une ou deux et seules 6,4% des exploitations plus de six, selon les chiffres du ministère de la transition écologique. En facilitant partout et sans discernement la mise à mort, l’acceptabilité sociale de l’espèce est sapée, même là où la prédation reste marginale.


 Les études récentes le confirment : pris comme mesure unique, les tirs n’ont pas d’effets durables. Ils peuvent même accroître la prédation en désorganisant les meutes et détournent l’attention des transformations nécessaires des pratiques d’élevage en présence de loups.


Impératif politique


 Cette orientation prolonge une politique publique réduite à son degré zéro et cautionne de surcroît la violence verbale et physique de représentants syndicaux agricoles organisant hors cadre légal des battues, comme récemment en Corrèze et en Haute-Marne. Elle laisse présager un désengagement financier de l’Etat, en reléguant au second plan le soutien aux moyens de protection.


 Bien qu’encore importantes en 2024 – environ 40 millions d’euros –, ces aides restent mal calibrées hors contextes alpins, faute d’un véritable appui à l’innovation, notamment pour la protection des troupeaux bovins. Déclarés « non protégeables », ces derniers, de plus en plus exposés sur les fronts de colonisation, n’ont déjà plus accès aux financements du plan loup.


 Or, l’enjeu dépasse le loup. Face au départ à la retraite de la moitié des exploitants agricoles d’ici à 2030, préserver un maillage robuste de petites structures à l’échelle du territoire national n’est pas qu’un défi pour l’agriculture, dans un contexte de perturbations écologiques et économiques sans précédent : c’est un impératif politique et culturel déterminant pour l’habitabilité des territoires ruraux qui engage la société tout entière. La focalisation sur le loup masque les véritables vulnérabilités des élevages.


 En aval, industrie et grande distribution captent l’essentiel de la valeur, tandis que la hausse des charges comprime durablement les marges et mettent les prix agricoles sous tension. L’artificialisation des terres, agri-voltaïsme compris, s’accompagne d’un appauvrissement de la biodiversité qui affaiblit les capacités régénératrices des sols et renforce la dépendance aux intrants. Le système d’aides actuel, en privilégiant le productivisme au détriment des fermes à taille humaine et des pratiques favorables à la biodiversité, pousse à la concentration des cheptels et à leur homogénéisation génétique. La prolifération des zoonoses, qui accroît la dépendance aux antiparasitaires, génère des coûts vétérinaires et commerciaux considérables.


 Test de maturité collective


 Il est frappant de constater que, face aux pathogènes comme face aux loups, la réponse prônée par l’Etat relève d’une même logique biosécuritaire alignée sur les intérêts agro-industriels. Celle-ci impose des abattages préventifs qui déplacent la charge sur des exploitations déjà fragiles et aggravent l’isolement social des éleveurs, sans agir sur les conditions structurelles qui minent leur résilience. Opposer loup et pastoralisme détourne l’attention de l’essentiel : repenser nos systèmes d’élevage à l’aune de l’habitabilité des territoires, en tenant ensemble santé, eau, biodiversité et alimentation, pour que les campagnes redeviennent des espaces d’invention écopolitiques. 


Plutôt que de subir le retrait de l’Etat, saisissons-le comme une occasion de se réapproprier démocratiquement les enjeux de cohabitation, où chaque territoire définit, selon ses réalités et ses seuils d’acceptabilité sociale, une gestion différenciée du risque de prédation. La politique « loup » devient alors un test de maturité collective pour définir une gouvernance inclusive et contextualisée, capable de négocier à la « bonne échelle » – massif, bassin de vie, parc naturel régional – des approches décentralisées et proportionnées.


 Impliquons les maires et les intercommunalités pour réinscrire la cohabitation dans un véritable projet de territoire, articulé aux plans climat-air-énergie, aux plans alimentaires territoriaux, aux politiques de biodiversité, aux dispositifs de santé publique et au tourisme durable. Ouvrons largement la concertation pour rompre l’isolement des éleveurs, en y associant non seulement chasseurs, naturalistes et forestiers, mais aussi randonneurs, enseignants, soignants, acteurs culturels et habitants. Donnons aussi une forme à ces engagements en favorisant l’émergence de comités citoyens et de « micro-Parlements » pour une ruralité vivante et solidaire, qui, au plus près du terrain, accordent voix et reconnaissance à celles et ceux qui veulent faire de la cohabitation un levier de transformation territoriale.


 Patrick Degeorges est philosophe, ancien responsable de la conservation des grands prédateurs au ministère chargé de l’écologie (2005-2010), directeur de l’Institut des hautes études pour les pratiques et les arts de transformation (Ihepat), membre de l’Institut Michel-Serres.


 Farid Benhammou est géographe, chercheur associé au Laboratoire ruralités de l’université de Poitiers et enseignant en classes préparatoires. Il est le coauteur de « La Géographie des animaux »
 (Armand Colin, 2024)

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