

Le 1er ministre doit s'expliquer devant l'Assemblée Nationale et les Français
Le problème
Je suis une citoyenne ordinaire. Pas complètement cependant, car pendant des années, j’ai pris en charge professionnellement en institution et en cabinet, des enfants et adultes victimes d’agressions sexuelles, viols et autres incestes, ce qu’il est convenu maintenant et très justement, d’appeler des faits de pédocriminalité.
Particulièrement préoccupée par cette question de société, j’ai été très attentive à tout ce que j’ai pu lire (articles de presse), regarder (vidéos), entendre (témoignages), ces dernières semaines dans les médias et dans leur diversité, sur ce qu’il est convenu d’appeler l’Affaire Notre Dame de Bétharram. J’ai aussi pris connaissance - avec effroi - des témoignages des victimes elles-mêmes qui ont parlé, tous adultes d’âge divers, a posteriori des faits, parfois très anciens (années 60, 70, 80…). A côté de la plainte officielle d’un collectif constitué autour de 112 plaignants pour violences sexuelles dans cet établissement scolaire du Béarn (parquet de Bordeaux), j’apprends que de nombreuses personnes maintenant se font connaître pour témoigner des « mauvais traitements » vécus à Bétharram. Celles-ci se décident à briser le silence des années après, maintenant que de nombreuses langues se délient. Et c’est tant mieux !
Pour 112 plaignants, combien de victimes depuis les années 1950, 100 fois plus ? 1000 fois plus ? Combien d’élèves ont été scolarisés en collège et lycée dans cet établissement pendant des décennies ? Quel pourcentage parmi eux est concerné par ces violences ?
Leurs témoignages - sans filtre - vous tirent les larmes des yeux.
La presse écrite (locale et nationale) s’en est fait largement l’écho à partir des 2 articles de Médiapart, média qui est notoirement connu pour vérifier ses sources et fonder ses enquêtes, avant de les publier.
D’abord sidérée par des témoignages terribles sur les conditions d’accueil et de traitement des enfants et adolescents dans cette institution privée catholique de votre région (réputée « stricte ») pour garçons, et sous contrat avec l’état - conditions matérielles, physiques, éducatives, morales, psychologiques - j’ai maintenant des questionnements que je vous adresse, Mr le Premier ministre.
Nous, parents, familles, professionnels divers engagés auprès des enfants, contribuables enfin avons le droit de savoir ce qui s’est passé dans cet établissement en partie subventionné par des deniers publics, c’est-à-dire nos impôts.
Et surtout comment une telle situation a pu perdurer pendant des dizaines d’années sans que des alertes, récentes et moins récentes, et nombreuses aient été entendues officiellement, rendues publiques et traitées au bon niveau, par la justice comme il se doit. Un éducateur ayant violenté gravement un enfant est renvoyé, le suicide d’un responsable de l’établissement religieux après avoir été démasqué, des courriers recommandés parfois anciens, un enfant ayant perdu l’audition suite à des violences physiques, une reconnaissance avec indemnisation par l’église suite à plainte, le témoignage d’un juge au courant de 2 plaintes que vous avez interrogé, des signalements, un courrier qui vous a été adressé en 1996 alors que vous étiez ministre de l’Education nationale lequel courrier est resté sans réponse, votre interpellation par une enseignante sur les lieux lors de l’inauguration par vous de travaux de couverture (sic), des articles de presse… etc, etc. Sans que ces signaux à valeur d’alertes, nous vous le répétons, aient été entendus et pris en compte au bon niveau là-aussi, celui d’une extrême gravité. Entendus et pris en compte par les personnes en responsabilité dont vous étiez Mr Bayrou, et au plus haut niveau, local et national.
De fait, vous avez occupé localement pendant les années en question (plus de 35 ans) les postes de conseiller général, président du Conseil général, maire de Pau, député des Pyrénées Atlantiques, mais aussi ministre de l’Education nationale en 1993… et… de parent d’élèves dans cet établissement (certains de vos enfants y étant scolarisés).
Mais où donc aviez-vous l’esprit alors que tant de signaux faibles et forts vous ont été adressés directement et indirectement pendant des années ? En tant qu’élu, en tant qu’homme politique, en tant que citoyen ne lisiez-vous pas la presse locale, vos nombreux collaborateurs ne vous faisaient-ils pas des remontées d’informations du terrain ? Etiez-vous complètement hors sol ? Et notamment sur la question des violences sexuelles faites aux enfants ? Peut-être est-ce vous qui êtes un homme du siècle dernier ?
Les violences physiques et sexuelles, dans les corps et dans les psychés, constituent des effractions, elles font des dégâts très graves, durables, souvent irréversibles chez des êtres en construction, qui nécessiteront (alors que la grande majorité sont tues, nous le savons bien, par les enfants eux-mêmes) à côté d’une grande souffrance individuelle, des soins et autres soutiens et accompagnements, parfois toute une vie : dépressions chroniques, troubles somatiques, troubles psychologiques et parfois psychiatriques, lesquels sont bien connus par la profession. Ces violences et les soins dans leur diversité qu’elles entraînent constituent un vrai sujet de santé publique, le plus souvent, malheureusement, ignoré du grand public et du législateur. A côté de vies personnelles et professionnelles perturbées, voire gâchées. C’est un fléau qu’il faut éradiquer. Et d’autant plus qu’elles génèrent en retour haine, désirs de vengeance, destructivité et répétition.
Les statistiques officielles sur le sujet sont parlantes mais les connaissez-vous au moins ?
Au moins 160 000 enfants subissent des violences sexuelles chaque année. 2 à 3 enfants par classe sont victimes d'inceste. Toutes les 3 minutes, 1 enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle. Dans leur enfance, 13% des femmes et 5,5% des hommes ont subi des violences sexuelles et 4,6% des femmes et 1,2% des hommes, des violences incestueuses (sources : 1 - CIIVISE, 2022. 2 - Inserm, 2021). Par ailleurs, 99,4% des plaintes pour viol sont classées sans suite.
Aujourd’hui, nous souhaitons vous interpeler sur les réponses que vous avez apportées dans l’hémicycle de l’assemblée, lieu démocratique, aux questions légitimes qui vous ont été posées ; par un député, Mr Paul Vannier, groupe LFI par 2 fois et un député écologiste A. Bonnet, sur votre connaissance de ce dossier, passée et présente.
La première fois, vous avez affirmé n’avoir pas eu connaissance de ces faits de violences et encore moins de violences sexuelles concernant l’institution Bétharram et les arguments évoqués en mode uniquement « défensif » nous ont paru, à l’analyse, indigents voire contestables eu égard aux preuves factuelles et référencées présentées par Mediapart (des dates, une chronologie, des faits) ; quant à la 2ème fois, encore interpelé par Mr Vannier, vous n’avez tout simplement pas eu la correction et le courage de répondre, laissant Mr Darmanin, ministre de la Justice (!) faire une réponse politicienne, c’est-à-dire, à côté du sujet.
Pour nous, le sujet n’est pas là, mais pas là du tout. Le sujet, c’est la protection des enfants par l’Etat.
Faut-il vous rappeler Mr le Premier ministre la mission du député qui est de contrôler l’exécutif, auquel vous appartenez en tant que 2ème personnage de l’état ? Votre réponse m’a fait l’effet d’un « circulez, il n’y a rien à voir », « je n’ai rien vu, rien entendu, c’est tout ». Cette réponse, officielle dans un tel lieu évoquait davantage la toute puissance que l’écoute au bon niveau, informatif, qui est celui de la fonction. Plus tard dans vos propos, apparaissent des rectifications après-coup, des contradictions, de la confusion. Comment vous accorder du crédit, un crédit moral ?
Vous n’êtes pas au-dessus des lois, vous ne bénéficiez d’aucune immunité et vous relevez comme tout citoyen de l’article 40 du code pénal de notre constitution. Vous auriez été tenu de vous enquérir des alertes, d’enquêter, et le cas échéant, d’agir en conséquence. A moins que, tout simplement, vous ne vous soyez rangé du côté de l’institution religieuse, sans laisser la moindre place au doute, ce doute qui aurait dû profiter aux enfants ?
Votre comportement à l’assemblée, vos justifications - pitoyables - votre refus de reconnaître la vérité pourtant bien documentée par Mediapart, votre absence totale de réaction passée aux alarmes - et donc votre silence – à moins qu’il ne s’agisse de déni - ne sont pas sans faire écho aux décennies de silence dans lequel a été plongée cette institution Bétharram, ce qui lui a permis en toute impunité de perpétrer ses crimes (viols, agressions sexuelles par les prêtres et surveillants de pensionnat), mais aussi toutes sortes de mauvais traitements, châtiments corporels, coups, humiliations, privations… dont témoignent les victimes précisément. Ce qui a permis à des adultes, religieux et laïques, dans cette institution, de mettre les enfants au service de leur sadisme et de leurs perversions pendant des décennies.
A l’assemblée, pas un mot de l’ensemble des députés dans l’hémicycle, pas un mot de la ministre de l’Education (Mme Borne), si ce n’est pour dire que l’ensemble des ministres se tenaient « derrière vous en soutien ». Le sujet n’est pas évoqué lors du conseil des ministres du 12 février, pas un mot non plus du porte-parole du gouvernement à sa suite. La même omerta collective.
Alors que viennent de s’achever les travaux d’une commission parlementaire consacrée aux violences sexistes et sexuelles dans le monde du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la culture (présidente S.Rousseau et rapporteur E. Labanant) où là-aussi, les témoignages sont terribles.
Alors aussi qu’il y a très peu de temps, ont été faites les révélations que vous savez sur le comportement pédocriminel de l’Abbé Pierre.
Mais qui sont ces gens qui nous gouvernent, quelle image consternante nous renvoient-ils des plus hautes fonctions du pouvoir politique ?
Pourquoi rabattre toutes les questions légitimement posées, sur le sujet du politique, du débat politique ? Et les victimes là-dedans ? Et les enfants qui sont par définition vulnérables et sans défense ? Nous demandons des réponses pour elles et… pour nous citoyens, nous demandons la vérité.
Nous demandons la fermeture de cet établissement en attendant que l’enquête judiciaire soit faite. Nous demandons que cette enquête remonte le plus loin possible dans le temps. Qui nous dit que ces faits ne se prolongent pas encore aujourd’hui ?
Nous demandons une commission d’enquête parlementaire qui fasse la lumière sur les maltraitances et crimes commis sur mineurs, que ce soit par des religieux mais aussi des laïques dans cet établissement, quels que soient leurs âges et fonctions ; ainsi que les éventuelles complicités.
Nous demandons que l’Eglise et ses représentants soient entendus (le diocèse).
Nous demandons que les enseignants qui ont travaillé dans cet établissement et autres personnels administratifs passés et présents soient aussi entendus, y compris Mme Bayrou au titre de sa fonction d’enseignante de catéchisme, y compris vos enfants qui y ont accompli leur scolarité. Ils ont certainement, adultes, des souvenirs sur leurs vécus à eux. Ils ont certainement vu, entendu des choses qu’ils ont peut-être gardées pour eux ? Il est impossible de croire qu’il y ait eu un Bétharram de nuit et un Bétharram de jour. Un régime systémique de terreur existait dans ce lieu, tous les ex-enfants en parlent. On peut d’ailleurs aussi s’interroger sur les parents qui confient leurs enfants à de telles institutions éducatives.
Nous voulons savoir quels sont les inspections et autres contrôles éventuels qui ont pu être ou ne pas être faits dans les lieux, et leurs éventuelles conclusions, s’agissant d’un établissement sous contrat avec l’état dont les conclusions autorisent ou pas le renouvellement des subventions.
Nous demandons à connaître le montant des subventions octroyées à cet établissement religieux, alors que de tels méfaits s’y déroulaient, et que ces sommes soient remboursées à l’état par l’église.
Nous demandons que cette commission d’enquête étende ses investigations à tous les établissements religieux sous contrat avec l’état.
Nous demandons enfin, que les responsabilités – politiques, juridiques - soient précisément identifiées, qu’elles soient religieuses ou laïques de sorte que les sanctions qui s’imposeraient soient appliquées par la justice, et cela sans exception, avec une tolérance zéro.
Et enfin, nous vous demandons, Mr le Premier ministre de vous présenter à nouveau sans faillir cette fois, devant la représentation nationale pour vous expliquer. Les preuves démontrent que vous avez menti en disant que vous n’étiez pas au courant ni des violences physiques ni des violences sexuelles ; ainsi, vous avez couvert ces crimes par votre silence, et donc permis leur perpétuation que ce soit par négligence, ignorance, déni, entre-soi de notables ou même intentionnellement pour étouffer l’affaire et protéger Bétharram,
Nous demandons votre départ immédiat car vous n’êtes plus digne d’occuper vos fonctions officielles qu’elles soient locales ou nationales. Un tel déshonneur et une telle incurie n’autorisent aujourd’hui plus aucune tolérance.
Les choses doivent changer. Notre société doit progresser dans le traitement fait aux enfants, ils sont notre bien le plus précieux, protégeons-les de la folie des hommes. C’était VOTRE devoir, c’est aussi NOTRE devoir à tous.
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Le problème
Je suis une citoyenne ordinaire. Pas complètement cependant, car pendant des années, j’ai pris en charge professionnellement en institution et en cabinet, des enfants et adultes victimes d’agressions sexuelles, viols et autres incestes, ce qu’il est convenu maintenant et très justement, d’appeler des faits de pédocriminalité.
Particulièrement préoccupée par cette question de société, j’ai été très attentive à tout ce que j’ai pu lire (articles de presse), regarder (vidéos), entendre (témoignages), ces dernières semaines dans les médias et dans leur diversité, sur ce qu’il est convenu d’appeler l’Affaire Notre Dame de Bétharram. J’ai aussi pris connaissance - avec effroi - des témoignages des victimes elles-mêmes qui ont parlé, tous adultes d’âge divers, a posteriori des faits, parfois très anciens (années 60, 70, 80…). A côté de la plainte officielle d’un collectif constitué autour de 112 plaignants pour violences sexuelles dans cet établissement scolaire du Béarn (parquet de Bordeaux), j’apprends que de nombreuses personnes maintenant se font connaître pour témoigner des « mauvais traitements » vécus à Bétharram. Celles-ci se décident à briser le silence des années après, maintenant que de nombreuses langues se délient. Et c’est tant mieux !
Pour 112 plaignants, combien de victimes depuis les années 1950, 100 fois plus ? 1000 fois plus ? Combien d’élèves ont été scolarisés en collège et lycée dans cet établissement pendant des décennies ? Quel pourcentage parmi eux est concerné par ces violences ?
Leurs témoignages - sans filtre - vous tirent les larmes des yeux.
La presse écrite (locale et nationale) s’en est fait largement l’écho à partir des 2 articles de Médiapart, média qui est notoirement connu pour vérifier ses sources et fonder ses enquêtes, avant de les publier.
D’abord sidérée par des témoignages terribles sur les conditions d’accueil et de traitement des enfants et adolescents dans cette institution privée catholique de votre région (réputée « stricte ») pour garçons, et sous contrat avec l’état - conditions matérielles, physiques, éducatives, morales, psychologiques - j’ai maintenant des questionnements que je vous adresse, Mr le Premier ministre.
Nous, parents, familles, professionnels divers engagés auprès des enfants, contribuables enfin avons le droit de savoir ce qui s’est passé dans cet établissement en partie subventionné par des deniers publics, c’est-à-dire nos impôts.
Et surtout comment une telle situation a pu perdurer pendant des dizaines d’années sans que des alertes, récentes et moins récentes, et nombreuses aient été entendues officiellement, rendues publiques et traitées au bon niveau, par la justice comme il se doit. Un éducateur ayant violenté gravement un enfant est renvoyé, le suicide d’un responsable de l’établissement religieux après avoir été démasqué, des courriers recommandés parfois anciens, un enfant ayant perdu l’audition suite à des violences physiques, une reconnaissance avec indemnisation par l’église suite à plainte, le témoignage d’un juge au courant de 2 plaintes que vous avez interrogé, des signalements, un courrier qui vous a été adressé en 1996 alors que vous étiez ministre de l’Education nationale lequel courrier est resté sans réponse, votre interpellation par une enseignante sur les lieux lors de l’inauguration par vous de travaux de couverture (sic), des articles de presse… etc, etc. Sans que ces signaux à valeur d’alertes, nous vous le répétons, aient été entendus et pris en compte au bon niveau là-aussi, celui d’une extrême gravité. Entendus et pris en compte par les personnes en responsabilité dont vous étiez Mr Bayrou, et au plus haut niveau, local et national.
De fait, vous avez occupé localement pendant les années en question (plus de 35 ans) les postes de conseiller général, président du Conseil général, maire de Pau, député des Pyrénées Atlantiques, mais aussi ministre de l’Education nationale en 1993… et… de parent d’élèves dans cet établissement (certains de vos enfants y étant scolarisés).
Mais où donc aviez-vous l’esprit alors que tant de signaux faibles et forts vous ont été adressés directement et indirectement pendant des années ? En tant qu’élu, en tant qu’homme politique, en tant que citoyen ne lisiez-vous pas la presse locale, vos nombreux collaborateurs ne vous faisaient-ils pas des remontées d’informations du terrain ? Etiez-vous complètement hors sol ? Et notamment sur la question des violences sexuelles faites aux enfants ? Peut-être est-ce vous qui êtes un homme du siècle dernier ?
Les violences physiques et sexuelles, dans les corps et dans les psychés, constituent des effractions, elles font des dégâts très graves, durables, souvent irréversibles chez des êtres en construction, qui nécessiteront (alors que la grande majorité sont tues, nous le savons bien, par les enfants eux-mêmes) à côté d’une grande souffrance individuelle, des soins et autres soutiens et accompagnements, parfois toute une vie : dépressions chroniques, troubles somatiques, troubles psychologiques et parfois psychiatriques, lesquels sont bien connus par la profession. Ces violences et les soins dans leur diversité qu’elles entraînent constituent un vrai sujet de santé publique, le plus souvent, malheureusement, ignoré du grand public et du législateur. A côté de vies personnelles et professionnelles perturbées, voire gâchées. C’est un fléau qu’il faut éradiquer. Et d’autant plus qu’elles génèrent en retour haine, désirs de vengeance, destructivité et répétition.
Les statistiques officielles sur le sujet sont parlantes mais les connaissez-vous au moins ?
Au moins 160 000 enfants subissent des violences sexuelles chaque année. 2 à 3 enfants par classe sont victimes d'inceste. Toutes les 3 minutes, 1 enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle. Dans leur enfance, 13% des femmes et 5,5% des hommes ont subi des violences sexuelles et 4,6% des femmes et 1,2% des hommes, des violences incestueuses (sources : 1 - CIIVISE, 2022. 2 - Inserm, 2021). Par ailleurs, 99,4% des plaintes pour viol sont classées sans suite.
Aujourd’hui, nous souhaitons vous interpeler sur les réponses que vous avez apportées dans l’hémicycle de l’assemblée, lieu démocratique, aux questions légitimes qui vous ont été posées ; par un député, Mr Paul Vannier, groupe LFI par 2 fois et un député écologiste A. Bonnet, sur votre connaissance de ce dossier, passée et présente.
La première fois, vous avez affirmé n’avoir pas eu connaissance de ces faits de violences et encore moins de violences sexuelles concernant l’institution Bétharram et les arguments évoqués en mode uniquement « défensif » nous ont paru, à l’analyse, indigents voire contestables eu égard aux preuves factuelles et référencées présentées par Mediapart (des dates, une chronologie, des faits) ; quant à la 2ème fois, encore interpelé par Mr Vannier, vous n’avez tout simplement pas eu la correction et le courage de répondre, laissant Mr Darmanin, ministre de la Justice (!) faire une réponse politicienne, c’est-à-dire, à côté du sujet.
Pour nous, le sujet n’est pas là, mais pas là du tout. Le sujet, c’est la protection des enfants par l’Etat.
Faut-il vous rappeler Mr le Premier ministre la mission du député qui est de contrôler l’exécutif, auquel vous appartenez en tant que 2ème personnage de l’état ? Votre réponse m’a fait l’effet d’un « circulez, il n’y a rien à voir », « je n’ai rien vu, rien entendu, c’est tout ». Cette réponse, officielle dans un tel lieu évoquait davantage la toute puissance que l’écoute au bon niveau, informatif, qui est celui de la fonction. Plus tard dans vos propos, apparaissent des rectifications après-coup, des contradictions, de la confusion. Comment vous accorder du crédit, un crédit moral ?
Vous n’êtes pas au-dessus des lois, vous ne bénéficiez d’aucune immunité et vous relevez comme tout citoyen de l’article 40 du code pénal de notre constitution. Vous auriez été tenu de vous enquérir des alertes, d’enquêter, et le cas échéant, d’agir en conséquence. A moins que, tout simplement, vous ne vous soyez rangé du côté de l’institution religieuse, sans laisser la moindre place au doute, ce doute qui aurait dû profiter aux enfants ?
Votre comportement à l’assemblée, vos justifications - pitoyables - votre refus de reconnaître la vérité pourtant bien documentée par Mediapart, votre absence totale de réaction passée aux alarmes - et donc votre silence – à moins qu’il ne s’agisse de déni - ne sont pas sans faire écho aux décennies de silence dans lequel a été plongée cette institution Bétharram, ce qui lui a permis en toute impunité de perpétrer ses crimes (viols, agressions sexuelles par les prêtres et surveillants de pensionnat), mais aussi toutes sortes de mauvais traitements, châtiments corporels, coups, humiliations, privations… dont témoignent les victimes précisément. Ce qui a permis à des adultes, religieux et laïques, dans cette institution, de mettre les enfants au service de leur sadisme et de leurs perversions pendant des décennies.
A l’assemblée, pas un mot de l’ensemble des députés dans l’hémicycle, pas un mot de la ministre de l’Education (Mme Borne), si ce n’est pour dire que l’ensemble des ministres se tenaient « derrière vous en soutien ». Le sujet n’est pas évoqué lors du conseil des ministres du 12 février, pas un mot non plus du porte-parole du gouvernement à sa suite. La même omerta collective.
Alors que viennent de s’achever les travaux d’une commission parlementaire consacrée aux violences sexistes et sexuelles dans le monde du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la culture (présidente S.Rousseau et rapporteur E. Labanant) où là-aussi, les témoignages sont terribles.
Alors aussi qu’il y a très peu de temps, ont été faites les révélations que vous savez sur le comportement pédocriminel de l’Abbé Pierre.
Mais qui sont ces gens qui nous gouvernent, quelle image consternante nous renvoient-ils des plus hautes fonctions du pouvoir politique ?
Pourquoi rabattre toutes les questions légitimement posées, sur le sujet du politique, du débat politique ? Et les victimes là-dedans ? Et les enfants qui sont par définition vulnérables et sans défense ? Nous demandons des réponses pour elles et… pour nous citoyens, nous demandons la vérité.
Nous demandons la fermeture de cet établissement en attendant que l’enquête judiciaire soit faite. Nous demandons que cette enquête remonte le plus loin possible dans le temps. Qui nous dit que ces faits ne se prolongent pas encore aujourd’hui ?
Nous demandons une commission d’enquête parlementaire qui fasse la lumière sur les maltraitances et crimes commis sur mineurs, que ce soit par des religieux mais aussi des laïques dans cet établissement, quels que soient leurs âges et fonctions ; ainsi que les éventuelles complicités.
Nous demandons que l’Eglise et ses représentants soient entendus (le diocèse).
Nous demandons que les enseignants qui ont travaillé dans cet établissement et autres personnels administratifs passés et présents soient aussi entendus, y compris Mme Bayrou au titre de sa fonction d’enseignante de catéchisme, y compris vos enfants qui y ont accompli leur scolarité. Ils ont certainement, adultes, des souvenirs sur leurs vécus à eux. Ils ont certainement vu, entendu des choses qu’ils ont peut-être gardées pour eux ? Il est impossible de croire qu’il y ait eu un Bétharram de nuit et un Bétharram de jour. Un régime systémique de terreur existait dans ce lieu, tous les ex-enfants en parlent. On peut d’ailleurs aussi s’interroger sur les parents qui confient leurs enfants à de telles institutions éducatives.
Nous voulons savoir quels sont les inspections et autres contrôles éventuels qui ont pu être ou ne pas être faits dans les lieux, et leurs éventuelles conclusions, s’agissant d’un établissement sous contrat avec l’état dont les conclusions autorisent ou pas le renouvellement des subventions.
Nous demandons à connaître le montant des subventions octroyées à cet établissement religieux, alors que de tels méfaits s’y déroulaient, et que ces sommes soient remboursées à l’état par l’église.
Nous demandons que cette commission d’enquête étende ses investigations à tous les établissements religieux sous contrat avec l’état.
Nous demandons enfin, que les responsabilités – politiques, juridiques - soient précisément identifiées, qu’elles soient religieuses ou laïques de sorte que les sanctions qui s’imposeraient soient appliquées par la justice, et cela sans exception, avec une tolérance zéro.
Et enfin, nous vous demandons, Mr le Premier ministre de vous présenter à nouveau sans faillir cette fois, devant la représentation nationale pour vous expliquer. Les preuves démontrent que vous avez menti en disant que vous n’étiez pas au courant ni des violences physiques ni des violences sexuelles ; ainsi, vous avez couvert ces crimes par votre silence, et donc permis leur perpétuation que ce soit par négligence, ignorance, déni, entre-soi de notables ou même intentionnellement pour étouffer l’affaire et protéger Bétharram,
Nous demandons votre départ immédiat car vous n’êtes plus digne d’occuper vos fonctions officielles qu’elles soient locales ou nationales. Un tel déshonneur et une telle incurie n’autorisent aujourd’hui plus aucune tolérance.
Les choses doivent changer. Notre société doit progresser dans le traitement fait aux enfants, ils sont notre bien le plus précieux, protégeons-les de la folie des hommes. C’était VOTRE devoir, c’est aussi NOTRE devoir à tous.
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Pétition lancée le 17 février 2025