Atualização do abaixo-assinadoFéminisme ou antimalisme ?Légitimer les fers de l'homme
SOS men bashing
29 de jul. de 2019

Le « Contrat social » commence par l'évocation de l’enfance de l'humanité : l'état de nature. À l'état de nature, les hommes vivaient sans être soumis à l’autorité : « L'homme est né libre ».

Cependant, cet état de nature par lequel a débuté l'histoire de l'humanité n'est plus depuis longtemps. Des changements fondamentaux se sont produits dans les conditions d'existence des hommes. Les hommes qui vivaient initialement en petits groupes de quelques dizaines de personnes ont constitué des groupes de plus en plus importants. La révolution agricole les a sédentarisés. La propriété privée et la division sociale du travail sont apparues. L'État est né.

De la sorte Rousseau voudrait que les bouleversements profonds intervenus dans la condition des hommes depuis l'époque lointaine à laquelle ils vivaient à l'état de la nature n'aient rien changé en ce qui concerne leur liberté. Ce qu'il voudrait modestement, c'est que l'apparition des classes sociales et de l'État ne se soient traduits par aucun changement dans la liberté des hommes.

Mais comme ce ne n’est pas ce qui s’est produit, ce qu’il voudrait n’est rien moins que trouver des principes de droit politique qui permettraient en quelque sorte de restaurer l'état d'anarchie primitive dans une société autoritaire. L'objectif de Rousseau est donc à la fois simple et totalement irréaliste. Il ne demande que l'impossible.

Comme Rousseau est incapable de tenir ses promesses, il s'efforce de donner l'impression qu'il les a tenues par une succession de glissements de sens dont chacun sera suffisamment minime pour être imperceptible.

Pour commencer, la liberté de l’homme en société ne sera pas la même que la liberté de l’homme à l’état de nature. Elle sera seulement équivalente. Si l’homme est aussi libre en société qu’à l’état de nature, ce n’est donc pas parce sa liberté est la même, mais parce qu’elle est équivalente à sa liberté à l’état de nature.

À l'état de nature, l'homme n'a pas de maître. À l'état civil, il a un maître auquel il obéit. Mais ce maître n’ordonnera à l’individu que ce qu’il a envie de faire. Ainsi, en obéissant à son maître, l’individu obéit à ses propres désirs, il obéit à sa volonté, il n’obéit qu’à lui-même. Voilà pourquoi sa liberté, sans être la même, est équivalente.

Imaginez un groupe de soldats placés sous les ordres d'un sergent-chef. Si l’un des soldats a envie d'une bière bien fraîche, le sergent-chef lui ordonnera aussitôt : « À mon commandement, bière bien fraîche, bière ! » Obéissant à l'ordre qu'il a reçu, le soldat boira une bière bien fraîche. Si un autre soldat a envie d'aller à la plage, le sergent-chef lui ordonnera aussitôt : « À mon commandement, à la plage, plage ! ». Si un troisième a envie de faire la sieste, le sergent-chef lui ordonnera : « À mon commandement, faire la sieste, sieste ! »

Ce qu’il importe de remarquer c’est que, dans cette situation, le sergent-chef donne des ordres individualisés. Chaque soldat a une volonté propre. L’un veut une bière bien fraîche, le second aller à la plage et le troisième faire la sieste. Le sergent-chef ordonne à chacun individuellement de faire ce qu’il a envie de faire. C’est ce qui permet d’affirmer que l’obéissance est équivalente à la liberté d’agir à sa guise.

Le hic, c’est que l'autorité en société ne donne pas d’ordres individuels. Elle ne donne que des ordres généraux. C'est pourquoi Rousseau imagine une nouvelle astuce : le concept de volonté générale.

Imaginons que, dans la troupe, chaque soldat n’a pas une volonté qui n’est propre qu’à lui (une bière, la sieste, la plage, la belote...), mais que tous ont au même moment la même volonté. Imaginons par exemple que tous veulent une bonne bière bien fraîche et qu’aucun d’entre eux ne veut autre chose qu’une bonne bière bien fraîche. Ainsi, l'envie d'une bonne bière est une envie générale. Elle est la volonté générale de tous les soldats de la troupe.

Ce concept de volonté générale est un grand progrès. Grâce à lui, le sergent-chef n’est plus tenu d’individualiser les ordres qu’il donne. Il n’a plus à ordonner individuellement à chaque individu ce qu'il a envie de faire. Il lui suffit de donner un seul ordre pour l’ensemble de la troupe, un ordre général qui s'applique à l'ensemble de la troupe pour que chacun des soldats pris individuellement reçoive l'ordre de faire ce qu'il a envie de faire. Comme le désir d’une bonne bière est général, en donnant à tous l’ordre de boire une bière, il ordonne à chacun de faire ce qu’il a envie de faire.

Mais, dans la vraie vie, tous les individus ne veulent pas la même chose au même moment. C'est pourquoi Rousseau imagine encore une nouvelle astuce : l’idée d’erreur de volonté. Imaginons que 40% des soldats veulent une bonne bière bien fraîche, 30 % aller à la plage, 26 % faire la sieste et les 4 % restant aller au bordel. Le sergent-chef constatera que la volonté exprimée par le plus grand nombre est celle de boire une bière. Il déclarera alors que cette volonté est la volonté de tous et que ceux qui ont exprimé une volonté différente de celle-là ont fait erreur. Ils se sont trompés. Ils croyaient avoir envie d’aller à la plage, de faire la sieste ou d’aller au bordel, mais ce qu’ils voulaient en réalité, peut être sans en être conscients, c’était boire une bière. Et puisque, en définitive, la volonté de tous est de boire une bière, le sergent-chef donnera l’ordre général de boire une bière : « À mon commandement, bière bien fraîche, bière ! »

L’idée d’erreur de volonté est astucieuse parce qu’elle permet de qualifier de générale une volonté qui ne l'est pas. Ayant été qualifiée de générale, la volonté devient la volonté générale. C’est une grande avancée parce qu’elle marque une étape dans la soumission de l’homme en société à l’autorité. Jusqu’alors, il était censé obéir à un maître qui ne lui ordonnait de faire que ce qu’il avait envie de faire. Il obéit désormais à un maître qui lui ordonne de se soumettre à une volonté étrangère à la sienne en la lui présentant comme la sienne.

Nous devons remarquer toutefois que Rousseau ne se montre pas gourmand en se contentant de qualifier la volonté majoritaire de volonté générale. Qu’est-ce qui l’empêchait, en effet, d’aller bien plus loin et de qualifier aussi une volonté minoritaire de volonté générale ?

Nous sommes en 1916. Au-dessus des tranchées, les balles des mitrailleuses allemandes sifflent. Les poilus ne sont pas chauds pour sortir des tranchées et se faire trouver la peau. Seules quelques têtes brûlées ont envie d’en découdre avec les boches. Qu’est-ce qui empêchera le sergent-chef de déclarer que ceux qui veulent rester au chaud dans la tranchée se sont trompés de volonté et que la volonté d’en découdre, quoique minoritaire, est la volonté générale parce que c’est la majorité et non la minorité qui s’est trompée de volonté ?

Allons plus loin encore. Imaginons que le sergent-chef seul veuille monter à l’assaut. Qu’est-ce qui l’empêchera de déclarer que sa propre volonté est la volonté générale parce que rien n’empêche un homme seul d’avoir raison contre tous ? Il peut ainsi parfaitement déclarer que tous les soldats qu’il a sous ses ordres ont fait erreur au sujet de leur propre volonté et que la volonté d’un seul homme est la volonté générale. Ainsi, nous constatons que Rousseau n’a pas exploité toute la richesse du concept de volonté générale. Mais, je vous rassure, d’autres que lui s’en sont chargés.

Cependant, la soumission à la volonté d’autrui ne sera pas sans contrepartie. Car la société donnera à l'individu la possibilité d'influer sur la formation de la volonté étrangère à laquelle il sera soumis. Il sera membre du législateur et, en tant que membre du législateur, il aura le droit de donner son opinion, son suffrage, chaque fois qu'une décision souveraine devra être prise. Ainsi, voilà en quoi se résume l'essence du pacte social de Rousseau : la soumission de l'individu à une volonté étrangère à la sienne en échange de la possibilité d'influer sur la formation de cette volonté étrangère.

Le problème, toutefois, est que l'influence individuelle de chaque individu sur la formation de la volonté étrangère à laquelle il sera soumis sera faible, si elle n'est pas dérisoire, parce qu'elle sera infiniment diluée, alors que sa soumission à l'autorité sera totale.

"Supposons que l’État soit composé de dix mille citoyens. Le souverain ne peut être considéré que collectivement et en corps ; mais chaque particulier, en qualité de sujet, est considéré comme individu : ainsi le souverain est au sujet comme dix mille est à un ; c’est-à-dire que chaque membre de l’État n’a pour sa part que la dix-millième partie de l’autorité souveraine, quoiqu’il lui soit soumis tout entier. Que le peuple soit composé de cent mille hommes, l’état des sujets ne change pas, et chacun porte également tout l’empire des lois, tandis que son suffrage, réduit à un cent-millième, a dix fois moins d’influence dans leur rédaction. Alors, le sujet, restant toujours un, le rapport du souverain augmente en raison du nombre des citoyens. D’où il suit que, plus l’État s’agrandit, plus la liberté diminue." Du contrat social, L III, chap. 1.

Si la liberté n’est pas grand-chose quand l’État est composé de cent mille hommes, que sera-ce si, au lieu de cent mille hommes, il en compte cent dix mille !

"D’après la doctrine de Rousseau, le citoyen est totalement et indéfiniment subordonné à la volonté générale. Ses biens, ses droits, sa vie même en dépendent. Il fait « aliénation totale » de sa personne à l’État. (...). En vain Rousseau prétend-il justifier sa thèse en faisant valoir que le citoyen concourt personnellement à la formation de la volonté générale. L’influence que donne au citoyen son suffrage individuel dans la formation de cette volonté est bien minime comparée à l’énormité de la puissance que possède la majorité vis-à-vis des membres de la minorité. En réalité le système de Rousseau aboutit à l’absorption complète de l’individu par l’État. » Raymond Carré de Malberg, Contribution à la théorie générale de l’État. N°323.

En imposant aux hommes de se soumettre à une volonté étrangère en échange de la possibilité d'influer sur la formation de cette volonté étrangère, l’État leur impose un marché de dupe. Il leur impose d’échanger leur droit d'aînesse contre un plat de lentilles

Rousseau nous a roulés dans la farine. Il nous a fait croire qu'il cherchait des principes de droit politique qui permettraient de restaurer l’état d’anarchie de la société primitive. Ce n'est pas du tout ça. Ce que Rousseau recherche en réalité, c'est à légitimer la soumission de l'individu à l'autorité de l’État en la présentant comme un marché conclu à son avantage. Il nous en avait d’ailleurs avertis.

« L'homme est né libre et partout il est dans les fers. Qu'est-ce qui peut rendre ce changement légitime ? Je crois pouvoir résoudre cette question. »

Rousseau l’avoue. Ce qu’il veut, c’est seulement rendre légitimes les fers que portent les hommes en société.

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