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Marc-André DUPUISMontreal, Kanada
24.03.2025

Ça va mal à la «shop»!

Simon Bucci
L’auteur est enseignant au primaire en formation et auteur du livre «Questions et réflexions d’un prof qui n’en était pas un. Mais pourquoi l’école?» (KO éditions).

Lundi 24 mars 2025, Le Devoir

Je suis le descendant d’une famille ouvrière de Saint-Henri. Cette réalité a très souvent conduit des membres de ma famille vers des emplois où le rapport de force entre le patron et l’employé était synonyme d’exploitation. Vous comprendrez que le fait d’abuser du travailleur fait monter ma tension artérielle et que son oppression me donne la nausée.

Sans les syndicats, ma famille n’aurait sans doute jamais pu aspirer à bien vivre comme elle le fait aujourd’hui. Je fais référence ici au syndicalisme ouvrier pour lequel chaque « cenne » arrachée des poches du boss de la shop était une victoire pour l’équité et l’injustice sociale. Incapables d’accéder aux postes les plus hauts et lucratifs, ils auront été des milliers de Québécois à mener cette lutte de classes pour arriver à pouvoir mettre du beurre sur leurs toasts et remplacer leur baloney par du jambon.

Nous entendons beaucoup parler ces jours-ci du projet de loi 89 du ministre Jean Boulet pour encadrer le droit de grève des travailleurs québécois.

La première question à se poser est la suivante : les syndicats qui ont fait avancer notre société contribuent-ils désormais à la faire reculer ?

Le syndicalisme, de nos jours, semble être devenu une activité aussi bien identitaire que politique. Il s’est tranquillement métamorphosé en défenseur de causes externes à son mandat premier, qui est toujours de protéger ceux qui paient leur cotisation. Prenons par exemple la Fédération autonome des enseignants (FAE), qui conteste la Loi sur la laïcité de l’État devant les tribunaux, et ce, sans l’aval de ses membres et tout en usant pourtant de l’argent provenant des cotisations de ces mêmes membres. On a aussi appris que des gens de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) se payaient des verres de scotch beaucoup trop chers. Par-dessus le marché, on a constaté que sa présidente a voulu s’en prendre au lanceur d’alerte pour avoir révélé ces informations. Elle a toutefois vite admis s’être mal exprimée.

Les soirs de scotch ne m’enchantent plus, chanterait sans doute aujourd’hui Luce Dufault.

La patronne de la FTQ affirme même avoir eu envie de sortir les gros bras pour contrer la loi du ministre Boulet alors que, moi, tous les jours, je me démène comme un diable dans l’eau bénite pour éviter ce type de commentaires et de comportements dans ma classe.

L’ouvrier, devenu haut placé dans la hiérarchie syndicale, répète-t-il les mêmes comportements que ceux qu’il dénonçait du temps de la shop ? L’expertise a-t-elle quitté le système public ? Des postes de fonctionnaire ou de représentants syndicaux qui ne sont pourvus qu’à l’interne créent une chambre d’écho, où l’efficacité, la productivité et la responsabilisation sont réduites au statut de coquilles vides.

Résultat : nous nous retrouvons devant des infrastructures désuètes, des services de piètre qualité et nous nous demandons par la suite pourquoi l’État se tourne vers le secteur privé ! C’est la défense de l’ancienneté et non celle de la compétence qui mène.

Du point de vue strictement scolaire, qui est après tout mon domaine, nos décideurs syndicaux ne sont pas friands de la création d’un ordre professionnel et s’opposent à l’évaluation de l’enseignant. Nous sommes loin de l’avancement et du progressisme qui ont accompagné ce mouvement d’équité à sa naissance.

Un enseignant qui se trouve à siéger au conseil d’établissement ne peut ajouter cette activité à sa tâche. C’est l’équivalent d’une forme de bénévolat. C’est le cas aussi pour le simple délégué syndical dans une école. Il n’est pas rémunéré, mais ses responsabilités pèsent lourd dans son quotidien déjà bien chargé.

À l’encontre de ses valeurs fondatrices, ce nouveau syndicalisme va défendre l’autonomie professionnelle tout en s’opposant à ce que l’enseignant rende des comptes ou ait à mettre ses pratiques à jour. La majorité des professeurs sont extrêmement compétents et réussiraient pourtant haut la main cette évaluation. Ce type de syndicalisme n’en a cure, car il défend aussi celui qui n’est pas super compétent. Dans une classe de primaire, ce travailleur peut cependant faire énormément de dommages, jusqu’à nuire à la progression des élèves, surtout ceux qui sont déjà en difficulté.

Au nom de qui et au nom de quoi s’acharne-t-on à défendre l’indéfendable ?

Nous avons aussi appris ces derniers jours que des sommes d’argent considérables dorment dans les coffres de certains centres de services scolaires. Tout ça pendant que nous pouvons observer des locaux où le mercure indique 35 degrés Celsius au beau milieu de l’hiver parce qu’on ne peut malheureusement pas remplacer le système de chauffage, faute de budget. Sans parler de l’état pitoyable des toilettes. Je mets au défi nos grands leaders syndicaux de venir asseoir leurs fesses sur un siège destiné aux élèves des écoles que j’ai fréquentées depuis mon premier jour de travail dans le milieu scolaire. Frissons garantis.

On a aussi pu entendre la présidente de la FAE dire que nous n’avions pas besoin de renforcer la Loi sur la laïcité de l’État. Où étiez-vous pour crier à l’inégalité comme vous le faites présentement quand certains de vos membres obtenaient des congés supplémentaires payés pour des fêtes religieuses et pas les autres ? C’est bien là un exemple de deux poids, deux mesures, non ?

Lorsque tout ira bien dans nos écoles et que vous aurez du temps libre pour changer le monde, vous pourrez élargir vos combats et j’irai même combattre à vos côtés, s’il le faut. D’ici là, j’aimerais toutefois vous voir revenir dans les écoles, sur le terrain, dans nos classes. Vous constaterez qu’il y a des problèmes beaucoup plus grands, pour vos membres, que la contestation de cette loi entreprise sans notre accord.

Comme je le répète à mes élèves mille fois par jour : « Gère ta fougère » !

S’il vous plaît, hauts dirigeants de la FAE, cessez de parler en mon nom et en celui des enseignants que vous représentez sans les avoir consultés. Nous ne sommes pas tous d’accord avec vos prises de décision. Cela ne veut pas dire que nous sommes pour ou contre la loi, mais plutôt que nous sommes contre le fait de ne pas être consultés, à plus forte raison quand notre image en paie le prix.

Ça va mal à la shop !

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