REFLEXIONS ET PROPOSITIONS SUITE A LA SITUATION EN ARMENIE ET EN ARTSAKH après le 10 NOVEMBRE 2020
RECAPITULONS GROSSIEREMENT
L’ARMENIE et l’ARTSAKH ont été vaincues militairement par l’AZERBAIDJAN, qui avait une grande supériorité militaire avec en plus l’énorme soutien de la TURQUIE, laquelle n’a pas hésité d’envoyer sur le front des djIhadistes venus de SYRIE.
La RUSSIE, pourtant liée à l’ARMENIE par un traité de défense mais ne couvrant pas le territoire de l’ARTSAKH, est restée sans bouger du point de vue militaire et a laissé l’ARMENIE capituler. A la fin elle s’est imposée en faisant signer un accord de cessez le feu entre les 2 parties lui donnant beaucoup de pouvoir pour la suite des évènements par le biais de sa force militaire d’interposition.
La France, pourtant partie prenante des négociations dans le groupe de contact dit de MINSK, est restée neutre (cf les déclarations de LE DRIANT), c'est-à-dire a laissé l’AZERBAIDJAN écraser l’ARMENIE. N’ayant pas intervenu, elle est donc pour l’instant exclue de la suite du règlement de l’armistice, sauf qu’elle a théoriquement encore le pouvoir d’intervenir dans les négociations du futur statut de l’ARTSAKH.
Désormais, une constatation évidente : rien ne pourra être fait qui pourrait aller à l’encontre des intérêts de la RUSSIE, même minime. Il faut tenir compte de cette situation pour tout projet d’avenir.
QUE FAIRE MAINTENANT POUR L’ARMENIE ET L’ARTSAKH ?
DEFINIR D’ABORD L’OBJECTIF A ATTEINDRE
Soit essayer de quémander un statut particulier a minima à l’AZERBAIDJAN du style « autonomie interne culturelle » pour l’ARTSAKH, soit agir en vue d’une indépendance lointaine de l’ARTSAKH même à l’intérieur de frontières réduites. La revendication d’un éventuel statut d’autonomie a minima pour l’ARTSAKH n’est pas pensable pour 3 raisons : d’abord les habitants de l’ARTSAKH ont fui en presque totalité leurs terres ancestrales pour se réfugier en ARMENIE ; puis un statut particulier ne peut être instauré et être viable sous un régime totalitaire tel celui qui prévaut en AZERBAIDJAN, avec une population azérie ayant montré amplement dans un passé lointain et récent sa haine des arméniens ; enfin ça serait une injure faite aux milliers de morts arméniens qui ont combattu pour leur liberté.
Si l’indépendance de l’ARTSAKH reste un but immuable à atteindre même dans un avenir lointain, il est indispensable que le gouvernement arménien ne se couche pas devant l’adversité (même sous des pressions multiples) en essayant de négocier un statut particulier pour l’ARTSAKH mais au contraire réclame sans cesse une indépendance pour l’ARTSAKH même sur des frontières réduites.
PUIS RAISONNER EN FONCTION DES INTERETS DE LA RUSSIE
Quels peuvent être les intérêts de la RUSSIE ? Certes d’abord consolider sa présence permanente au Sud Caucase, donc en ARMENIE et en ARTSAKH (en particulier par des bases militaires, mais aussi des traités économiques).
Mais aussi elle peut être sensible à des reconnaissances territoriales multiples de la part des états européens en sa faveur: et là nous voyons bien l’obligation, d’ailleurs légitime à tout point de vue, de reconnaitre la CRIMEE comme partie intégrante de la RUSSIE, puisque cela correspond au principe du droit des peuples à disposer d’eux même, principe que nous revendiquons d’ailleurs pour la reconnaissance de la république d’ARTSAKH : un référendum en CRIMEE a validé cette volonté de rattachement à la RUSSIE de ce territoire, peuplé très majoritairement de russes. Il en est de même de l’indépendance de l’ABKHASIE et de l’OSSETIE du SUD (soutenue par la RUSSIE) qui refusent d’être sous la coupe de la GEORGIE.
La reconnaissance du rattachement de la CRIMEE à la RUSSIE et de l’indépendance de l’ABKHASIE et de l’OSSETIE du SUD est une pièce maitresse de la part des états européens dont la France pour faire accepter par la RUSSIE l’indépendance de l’ARTSAKH (et donc pour que celle-ci l’impose à l’AZERBAIDJAN)
ENFIN QUELS PEUVENT ETRE LES MOYENS D’ACTION POUR ABOUTIR A CES OBJECTIFS ?
Il est nécessaire de distinguer 2 sortes de moyens 1/ la pression de l’opinion sur les gouvernements dont celui de la France pour porter ce projet 2/puis la pression des états européens dont celui de la France vis-à-vis de la RUSSIE, mais aussi bien entendu pression pour l’imposer à l’AZERBAIDJAN et à la TURQUIE.
LA PRESSION DES OPINIONS EN FAVEUR DE L’ARMENIE ET DE L’ARTSAKH
Elle est indispensable pour que le combat en faveur de l’ARMENIE et de l’ARTSAKH ait une chance de succès. Et elle doit débuter dès maintenant sans jamais s’arrêter, voire s’intensifier dans le temps et dans l’espace. C’est le devoir des organisations arméniennes et de tous les citoyens français qui soutiennent la cause arménienne.
- D’abord faire connaitre les exactions des azéris sur les militaires et civiles arméniens dans cette guerre, et sans cesse par tous les moyens (vidéos, films, conférences, etc..), sans oublier de parler du génocide perpétré par leurs alliés turcs en 1915 - --Puis faire connaitre les destructions du patrimoine culturel de l’ARTSAKH qui ne manquera pas d’intervenir à grande ou petite échelle comme ce fut le cas précédemment au NAKHITCHEVAN Pour cela il faudra multiplier les recours aux instances internationales comme l’ONU, l’UNESCO, le TPN, la CEDH, le Conseil Européen, etc….
Pour ce qui est de la France, mais cela est aussi valable pour d’autre états à forte concentration de descendants d’exilés arméniens comme les USA, le Canada, l’Amérique latine, les pays belge et néerlandais, la pression doit s’exercer sur les gouvernements et les parlements ; exemple : refuser de voter quoi qu’il en coute pour des candidats qui ne s’engagent pas à faire reconnaitre l’indépendance de l’ARTSAKH, intervenir systématiquement dans leurs meetings, proposer à tous les organes régionaux et locaux des états le vote en faveur de la reconnaissance de la république de l’ARTSAKH. Et ne pas céder à la lassitude, au découragement, et continuer d’agir de mois en mois, d’année en année.
Pour ce qui est spécifiquement de la France en plus, il serait judicieux comme moyen de pression de réclamer également sans cesse le départ de la TURQUIE de l’OTAN ou la dissolution de cet organisme à cause de la présence de la TURQUIE.
LA PRESSION DES ETATS, DONT CELUI DE LA FRANCE, DU GROUPE DE CONTACT DE MINSK, ABSOLUMENT NECESSAIRE POUR ARRIVER A NOS FINS
D’abord, refuser tout règlement ultérieur et définitif sans la reconnaissance de l’indépendance de l’ARTSAKH, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Cette pression doit comporter des éléments coercitifs efficaces et au fur et à mesure, des propositions réalistes, aussi bien en direction de l’AZERBAIDJAN et de la TURQUIE que d’une certaine manière de la RUSSIE.
Les éléments coercitifs doivent comporter en premier lieu tout moyen de sanctions voire de blocus économique de l’AZERBAIDJAN et de la TURQUIE.
Mais il faudra élargir aussi ces moyens coercitifs au règlement de la question de CHYPRE, en suspend depuis 1974 à la suite de l’invasion d’une grande partie du territoire de l’ile de CHYPRE (environ le tiers du territoire) par l’armée turque, qui fut suivi d’une colonisation à outrance (plus de la moitié des habitants de la république turque autoproclamée de Chypre du Nord ne sont pas maintenant originaire de l’ile mais du continent). Le blocus économique de cette partie de l’ile doit être aussi envisagé pour aboutir à un règlement global.
Si la reconnaissance de cette république turque de CHYPRE est envisageable face à la reconnaissance de la république de l’ARTASAKH, celle-ci ne pourra se faire qu’après la restitution d’une partie non négligeable de son territoire à la république grecque de CHYPRE (ne pas oublier que la région occupée de KYRENIA au nord de CHYPRE n’avait que 5% de population turque contre 95% de population grecque avant l’invasion).
UN ELEMENT PEUT-ETRE A PRENDRE EN COMPTE POUR LA RECONSTITUTION DE LA REPUBLIQUE DE L’ARTSAKH SUR SES TERRES ANCESTRALES
Nous avons tous remarqué l’engagement dans l’armée arménienne pour la défense de la république de l’ARTSAKH des membres des populations kurdes (qui sont plusieurs dizaines de milliers dont les kurdes yézidis) et assyro-chaldéennes. En plus beaucoup de kurdes vivent dans le couloir de LATCHIN qui relie l’ARTSAKH à l’ARMENIE. Ne serait-ce pas le moment de proclamer la république de l’ARTSAKH, donc comprenant obligatoirement le couloir de LATCHIN, république intercommunautaire d’arméniens, de kurdes et d’assyro chaldéens ? Ce serait sans aucun doute un élément important de plus pour l’opinion internationale de s’engager à soutenir cette république de l’ARTSAKH.
UNE VOLONTE INEBRANBLABLE DE SOUTENIR LA RESURRECTION DE LA REPUBLIQUE DE L’ARTSAKH, ELEMENT INDISOCIABLE DE LA CAUSE ARMENIENNE
Cette volonté inébranlable, il faut la proclamer. Elle est liée en plus à la volonté de donner un coup d’arrêt à la politique impérialiste panturque menée au nom de l’islamisme par ERDOGAN qui continue pour ce faire de persécuter les kurdes de SYRIE et de TURQUIE de l’EST qui revendiquent un statut protecteur d’autonomie
Qui s’engage à proclamer cette volonté inébranlable ?
Le 15/11/2020
Hubert SAGE président de Laïcité et République sociale