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Pentes de la Croix-Rousse : qui veut sauver la fresque végétale de la rue de l’Annonciade ?
Unique en son genre lorsqu’elle a été peinte en 2007, la fresque végétale Lumière, située de la rue de l’Annonciade dans les pentes de la Croix-Rousse, n’est plus que l’ombre d’elle-même aujourd’hui. et même si elle ne fait pas partie des murs remarquables entretenus par la Ville de Lyon, la mairie du 1er et Cité-Création ne veulent pas la laisser tomber...
David Tapissier - 07 févr. 2025 à 11:12
C’est encore pire que la dernière fois que je suis passée… La fresque est complètement défigurée ». Ce lundi, Séverine Jardin, directrice de Cité Création, l’entreprise spécialisée dans les murs peints constate les dégâts. Et elle est amère. « De toute façon, on le sait, les tags appellent les tags ».
En quelques mois, et surtout depuis ce début d’année, une nouvelle salve de tags, plus gros que les précédents recouvrent les murs. Mais les interrogations des habitants du coin, qui ont créé un collectif, tout comme celle de la responsable de la société lyonnaise ne s’arrêtent pas là. Étonnamment, le bas de la rue, longtemps tagué a été complètement nettoyé en ce début d’année. Ce qui n’est pas le cas évidemment de l’œuvre d’art… Qui ne peut-être simplement repeinte.
« Pendant des années, on est intervenu périodiquement lorsque des petites dégradations étaient constatées. Ces retouches -les dernières datent de décembre 2022 et juin 2023- permettaient d’éviter que la situation ne s’amplifie. D’ailleurs pendant des années, on n’a constaté que de petites dégradations qui ne touchaient jamais les toiles ».
« Là, on est sur de la restauration plus complexe »
Mais tout a basculé lorsqu’un pot de peinture a été balancé sur un des tableaux peint de Yann Arthus-Bertrand durant les manifs contre la réforme des retraites en 2023, suivi par d’importants tags en décembre de la même année. À plusieurs reprises et notamment récemment, on a vu de nouvelles signatures géantes faire leur apparition sur des murs peints. Séverine Jardin tire la sonnette d’alarme : « Là, c’est plus compliqué » décrit-elle. « On est sur de la restauration plus complexe et beaucoup plus coûteuse ».
Deux possibilités sont évoquées pour nettoyer une zone qui prend désormais quasiment tout le linéaire de la fresque : de l’hydro-gommage mais avec une monopolisation de la rue, plus une reprise des sous-couches et une restauration des toiles ou l’utilisation de produits qui absorberaient les produits tagués, suivis également d’une reprise identique. Les coûts environ 50 000 € pour la première, la moitié moins, pour la seconde.
Une œuvre défendue par la mairie du 1er
Alors que faire ? Du côté de la mairie du 1er arrondissement, même si la fresque n’a pas été retenue parmi les 26 murs remarquables, on y tient. « C’est une œuvre à part, moins connue des visiteurs mais très appréciée dans le quartier. C’est un témoin de la nature en ville, à quelques mètres du jardin des Chartreux, qui délivre de beaux messages. C’est logique pour nous de défendre cette œuvre » poursuit la mairie du 1er.
Le coût de l’entretien et des réparations est évidemment le nerf de guerre : ça concerne certes Cité Création et la Ville de Lyon mais surtout les propriétaires du mur, à savoir la clinique Saint-Charles. Pour mémoire, en 2007, Cité Création avait répondu en 2007 à la demande des sœurs de Saint-Charles pour habiller le mur entourant la clinique Saint-Charles, rachetée en 2011 par des chirurgiens de l’établissement. La raison ? La lassitude de voir déjà à l’époque, le mur souillé par des graffitis.
Interrogé, l’établissement de santé confirme regretter les tags et les inscriptions qui dénaturent la fresque végétale. Et être en discussion avec les parties prenantes pour trouver une solution en la matière. De bon augure pour la suite et pour les habitants qui souhaitent retrouver, sous leurs fenêtres, les belles photos du photographe Yann Arthus-Bertrand.
Non retenu parmi les murs remarquables
Un mur sur 650m2 qui reprenait trois photos de Yann Arthus-Bertrand. Comment expliquer la désaffection pour ce mur peint unique en son genre -associant végétalisation et peinture- inauguré en 2011, avant-coureur des œuvres d’art écologiques ?
Le mur peint végétalisé situé rue de l’Annonciade n’a pas été retenu par le comité, parmi les murs remarquables (1) pour plusieurs raisons : sur le plan esthétique une forte majorité a estimé que la reproduction des photos ne rendait pas honneur à l’œuvre photographique de Yann Arthus Bertrand. C’est surtout la mise en lumière et la végétalisation qui font son intérêt.
De plus présenté à l’époque de sa conception comme un mur écologique, ce mur végétal, ne l’est plus du tout aujourd’hui. La Ville de Lyon consacre un budget important dans son entretien (maintenance du système d’arrosage deux fois par semaine sur 12 mois et reprise chaque année du mur avec une intervention de plus d’une dizaine de jour pour reprendre les végétaux afin qu’ils soient de qualité pour le printemps).
On peut ajouter qu’il n’est pas dans le parcours touristique des murs de Lyon, comme peuvent l’être la Fresque des Lyonnais ou le Mur des Canuts. Mais surtout, contrairement à de nombreux espaces retenus, sa visite se fait en transit et sans recul puisqu’aucune place digne de ce nom permet d’avoir un véritable point de vue sur l’œuvre.
(1) La liste des 26 murs peints du dispositif MURIC a été votée lors du conseil municipal du 27 juin 2024 par la Ville de Lyon. Les murs inscrits ne sont pas protégés comme du patrimoine protégé et peuvent disparaître en cas de décision du propriétaire, projet urbain ou autre). Il s’agit surtout d’une aide financière - à hauteur de 80% - aux propriétaires qui en font la demande pour l’entretien ou la restauration d’un des 26 murs identifiés.