
L'article d'EnBeauce (https://www.enbeauce.com/actualites/municipal/675112/eglise-de-saint-benjamin-a-un-mois-de-l-echeance-toujours-aucun-projet-depose publié le 24 septembre soulevait plusieurs points sur ce dossier. Voici ma réponse:
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Le maire, dans une publication du 10 septembre, encourage la population « à faire aller leurs réseaux » pour trouver un repreneur. Mes réseaux s'en sont allés.
Bon. J'ai fait un peu de bruit on dirait. Parlons-en.
Avant toute chose, je tiens à souligner que mes démarches ne sont pas personnelles. Le sujet me tient à cœur, certes, mais ma parole ne sert qu'à témoigner pour ceux qui se sont essoufflés, ceux qui se sont battus puis résignés après de nombreuses années. Je parle pour les regards d'impuissance que je croise quand le sujet refait surface. Je parle pour mes ancêtres, pour mes arrière-grands-parents et pour mes grands-parents, qui aujourd'hui ne sont pas là pour se défendre. Je ne saurais me pardonner à tous ces gens de ne pas avoir essayé de changer les choses. Certains voudront réduire ma parole à un caprice de jeunesse. Mais je me suis informée et j'ai lu le dossier avant d'ouvrir la bouche, sans compter que je baigne dans ce dossier depuis 15 ans, mes parents se battant pour la cause depuis 2010.
Commençons par remettre les pendules à l'heure. Dans un article récent, le maire a présenté la pétition comme une demande de statu quo : garder l'église, payer 54 000 $ par année et ne rien faire avec. Ce n'est pas ce que la pétition demande. Voici le texte, mot pour mot : « Nous demandons à la Municipalité de Saint-Benjamin de reporter toute décision de démolition tant qu'une option de financement réaliste n'a pas été explorée et de reconsulter la population avant de passer à l'étape suivante. »
Il rappelle aussi que la conservation pure a recueilli peu d'appuis lors de la consultation. Il a raison : peu de gens veulent garder l'église telle quelle aux frais des contribuables. Ce n'est le but de personne. Quelque 70 personnes étaient présentes à la consultation publique du 21 avril, organisée justement pour prendre le pouls de la population, et la majorité était d'avis de vendre l'église. Le maire lui-même résumait ainsi la consultation : une grande majorité souhaitait se départir de l'église, « tout en essayant de conserver le bâtiment grâce à un tiers ». La vendre, pas la détruire. Pourtant, la Municipalité a déjà commencé à préparer la démolition, avant même la fin de l'appel de projets. On enclenche des mesures précipitées qui ne représentent pas la vision majoritaire de la population. Ce qui est demandé, c'est justement un délai raisonnable pour vendre et le temps d'explorer un financement réaliste.
Parlons maintenant de l'éléphant dans la pièce : le conseil municipal donne un délai ridicule et complètement irréaliste pour monter un projet et racheter une église. Moins de cinq mois pour trouver un repreneur, monter un financement et un projet sur un bâtiment patrimonial, c'est très peu.
Fixer une échéance aussi courte, sans accompagnement actif pour aider un promoteur ou un OBNL à s'organiser, ça laisse une chance qui est difficile à saisir dans les faits. Ensuite, on en tirera des conclusions hâtives : si elle ne se vend pas entre juin et octobre, on déduit que les citoyens sont d'accord pour la détruire.
On nous répète qu'il n'y a rien entre garder et payer indéfiniment, ou démolir. Que la réhabilitation, personne n'en veut. Le maire a raison sur un point : il n'existe pas de solution peu coûteuse que la Municipalité pourrait porter seule. Mais il existe une autre voie, la vendre à quelqu'un qui en fera quelque chose, et c'est justement ce qui demande du temps. Et de quelle réhabilitation parle-t-on? Celle qui était passée de 3,7 M$ en 2019 à près de 4,3 M$ en 2021, avec près d'un million à la charge des citoyens, alors que le maire de l'époque disait que la Municipalité n'avait pas les moyens de s'endetter à ce point. Ce projet-là, les gens n'en voulaient pas, et c'est compréhensible. Mais en conclure que personne ne veut de réhabilitation, c'est un peu comme proposer un château à quelqu'un, se faire dire non, puis conclure que la personne ne veut pas de maison du tout.
Le maire affirme aussi que « s'il y avait vraiment eu quelque chose à faire, ce serait déjà fait ». Mais les faits racontent autre chose. En 2022, un comité de revitalisation avait redessiné le projet, plus mince et plus modeste. Québec avait promis 2,8 M$ sur 3,7 M$, et on parlait même d'un programme pouvant monter à 83 % des coûts admissibles. Le ministère avait accordé un délai supplémentaire, la MRC des Etchemins avait confirmé 136 000 $ au total, Desjardins était sollicité, des investisseurs privés avaient manifesté leur intérêt, et il ne manquait plus qu'environ 490 000 $, avec l'objectif d'arriver à coût zéro pour les contribuables. C'est pour ce projet que l'église a été cédée à la Municipalité pour 1 $ et désacralisée, une exigence liée au financement de Québec, selon le maire de l'époque. L'essentiel du financement était là. Puis, en 2023, le conseil de l'époque a mis un frein au projet, et le règlement d'emprunt a été annulé en 2024. L’ancien maire attribue l'échec à la hausse des coûts de construction, et je ne prétends pas que ce projet aurait forcément abouti. Mais on était à quelques centaines de milliers de dollars du but. La question n'est pas de savoir si c'était possible, mais pourquoi on a arrêté d'essayer.
Le conseil actuel hérite de cette histoire : des projets lancés depuis 2010, qui se sont essoufflés, sont repartis, puis se sont essoufflés encore. Mais c'est un nouveau conseil, avec de nouvelles personnes et la possibilité réelle de faire les choses autrement. Au lieu de ça, on regarde les tentatives passées et on conclut d'avance que rien ne fonctionnera, sans même envisager une autre approche. Parce que d'autres avant nous n'ont pas réussi, faut-il vraiment renoncer à essayer? Un nouveau conseil qui entame son mandat en refusant d'explorer une avenue différente, ce n'est pas de la prudence. C'est de la résignation qui se donne des airs de réalisme.
Dans le plan d'immobilisations de la Municipalité, on annonce un projet de 2,5 M$ pour une nouvelle OTJ en 2028 (conditionnel à l'obtention d'une subvention). On sait donc aller chercher de l'argent pour du neuf. Pourquoi pas pour ce qui existe déjà? La démolition, elle, coûterait de 300 000 $ à 500 000 $, un chiffre que le maire admet lui-même pouvoir varier, et que la vente de cinq ou six lots pourrait en grande partie récupérer, selon lui. Il est complètement absurde de démolir un patrimoine qui pourrait être réhabilité au profit d'un projet qui, lui aussi, vise à servir la communauté. Ça ne surprend personne que remettre en état un bâtiment de 120 ans demande plus d'efforts que de construire du neuf. C'est pourtant, selon moi, la moindre des choses de mettre cet effort supplémentaire pour préserver ce qui reste d'un village. Sans ça, je me demande ce que sera Saint-Benjamin demain, dépourvu d'une preuve tangible de l'acharnement de nos ancêtres.
Et des besoins, on en a. Présentement, les citoyens de Saint-Benjamin n'ont même plus de salle à leur disposition. On coupe le chauffage dans la salle Daniel Lessard, le seul espace encore fonctionnel du bâtiment, ses activités pouvant être transférées dans l'édifice municipal. Pourtant, il faut inévitablement investir quelque part. Difficile d'y héberger un service de garde, le local de l'âge d'or, des célébrations religieuses, le bureau de poste et une bibliothèque dans l'hôtel de ville. Sans parler des démarches déjà entamées pour déplacer le bureau de poste et y installer le bureau du maire. Mais visiblement, investir dans ce qu'on a déjà, ça ne marche pas. Trop compliqué, trop vieux, trop d'efforts. Mais envisager des millions pour du neuf, ça, ça ne pose pas de problème.
Il faut être honnête, une bonne partie des citoyens sont tannés d'entendre parler de ce dossier, et après toutes ces années, c'est compréhensible. Mais une décision comme celle-là ne devrait pas se prendre par défaut, parce que tout le monde est épuisé de la question. Et pour l'instant, le débat se résume au compte de taxes. Le village a beaucoup changé ces dernières années, et l'attachement à son histoire n'est pas le même pour tout le monde. C'est normal, mais un patrimoine appartient aussi à ceux qui arrivent. Je ne veux pas que Saint-Benjamin devienne une municipalité dortoir, où l'on construit sa maison pour venir y dormir, et rien de plus.
Le maire dit accueillir la pétition sans animosité, et je le prends au mot. Mais il la présente comme une demande de statu quo, sans en mentionner le contenu réel, et il réitère la date limite alors que ce que nous demandons, c'est justement un délai raisonnable pour vendre et le temps d'explorer une option de financement réaliste. Ce sera difficile de dire qu'un bâtiment de 120 ans a été détruit parce qu'on ne voulait plus en entendre parler. Ce sera difficile d'expliquer à mes futurs enfants qu'il n'y a plus d'église parce que la population a préféré économiser une centaine de dollars plutôt qu'attendre un an de plus pour tenter de la vendre. Je crois que les gens ne sont pas d'accord pour la détruire, mais résignés, et je crains que cette résignation ne facilite une décision qui passerait moins bien autrement. Nous sommes un peuple résigné, et c'est comme ça qu'on s'effacera.
Parlons-en.