Pour un droit de réponses des CPE qui, d'après l'IGF, ne travaillent pas assez !

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Voilà ce qu’on lit ces jours-ci dans les journaux : « Des incohérences :
Dans le détail, l'Education nationale, la Justice et l'Intérieur sont les trois secteurs les plus concernés par les dérives. Concernant l'Education nationale, les auteurs se sont intéressés aux conseillers principaux d'éducation. En effet, ces 13 000 fonctionnaires disposent de quatre heures destinées à organiser leurs différentes missions dans les établissements scolaires. Mais, d'après l'IGF, "3,2 millions d'heures s'évaporent ainsi chaque année, correspondant à un effectif de 2 000 agents". »

Alors donc mes collègues CPE et moi-même serions des profiteurs, payés pour des heures non faites !?

Remettons un peu les choses dans leur contexte, car manifestement les têtes pensantes n’ont aucune idée de ce qu’est le terrain, comme d’habitude !
Pour commencer, il faut savoir que contrairement aux enseignants et aux salariés du privé, nous n’avons pas le droit aux heures supplémentaires. Enfin nous avons le « droit » de les faire, mais on ne peut pas nous les payer. Notre statut ne le prévoit pas. Nous sommes sensés faire notre emploi du temps, plus tout un tas de réunions hors de celui-ci (conseils de classe, conseils de discipline, conseils d’administration, CESC, CVL et tout un tas d’autres sigles qui ne parleront à personne à part les CPE et les chefs d’établissement, même les profs ne sauront pas pour un certain nombre de quoi il s’agit). Ces heures faites en dehors de notre emploi du temps régulier ne peuvent donc pas être payées. Notre statut prévoit que nous les rattrapions. Quand pouvons-nous les rattraper ? Sur notre emploi du temps que nous adaptons aux heures de présence élèves ?

Non ! Parce que le cœur de notre métier, c’est eux ! C’est d’être là pour et avec les élèves. Nous n’avons déjà pas le temps de remplir toutes les missions que nous devrions et aimerions remplir. Je ne vais pas détailler toutes ces missions, ce serait bien long. Mais rattraper des heures sur les temps où nous voyons les élèves, quel intérêt ? Dans les faits, la grande majorité des CPE ne rattrape que peu ou prou toutes ces heures faites en plus.

Alors que ressentons-nous? Nous avons souvent la sensation d’être corvéables à merci, de n’avoir que peu de reconnaissance, peu de soutien. Notre fonction nous met souvent dans une position inconfortable où certains enseignants nous voient comme les suppôts de Satan à la solde de l’ennemi (la direction) et où les chefs soit nous considèrent comme un de leurs (nous ne sommes pas personnel de direction nous n’en avons ni le statut ni le salaire) soit nous voient comme des sympathisants des enseignants (donc contre eux). Autant vous dire que le temps passé en plus sert aussi à ça. Asseoir sa place dans l’établissement auprès des uns et des autres, faire entendre que notre positionnement et notre fonctionnement ne sont pas manichéens. Nous ne sommes pas pro-profs ni pro-direction.

Nous sommes pro-élèves. C’est pour ça que nous nous levons chaque matin. Nous faisons plusieurs métiers en un : nous sommes CPE, infirmiers et assistants sociaux (oui parce qu’ils ne sont pas toujours là car dans plusieurs établissements et que les élèves ne regardent pas les jours de présence de l’infirmière pour se blesser ou de l’AS pour se faire violenter par leurs parents), managers, psychologues, animateurs, formateurs, conseillers matrimoniaux et familiaux, j’en passe, et des meilleurs... C’est ce qui fait la richesse de notre métier. C’est ce qui fait que nous l’aimons et que nous n’avons jamais le temps de nous ennuyer. C’est ce qui fait aussi que nous rentrons le soir, souvent fatigués, physiquement et psychologiquement, que nous n’avons parfois même pas le temps de manger, ou d’aller aux toilettes une seule fois dans la journée, parce qu’il aura fallu gérer des entretiens avec des élèves décrocheurs, un jeune qui vient vous confier qu’il est harcelé, deux bagarres, le suivi de l’absentéisme, les collègues qui vous demandent aide ou conseil, la préparation d’une formation de délégués, des entretiens avec des parents qui vont plus ou moins dans le sens de l’école (je vous passe ceux qui crachent ouvertement sur l’institution), quatre exclusions de cours, six rapports d’incident, une commission absentéisme, une équipe de suivi de scolarisation et un conseil de discipline. Ça ressemble aussi à ça une journée de CPE. Devoir être sur plusieurs fronts en même temps. Bref, je ne suis pas sure qu’il y ait tant de gens qui voudraient faire ce métier...

Mais revenons sur les chiffres. Nous sommes 13000. Il y a, privé et public confondus, environ 11300 établissements scolaires du second degré. Environ 5,5 millions d’élèves dans ces mêmes collèges et lycées. Ça fait une moyenne de 430 élèves par CPE. Une moyenne oui car certains ont 250 élèves en responsabilité, dans les petits établissements (mais ils sont alors souvent sur deux EPLE ou doivent faire un boulot d’adjoint) ou les bahuts difficiles, d’autres en ont 850 (ça a été mon cas en lycée polyvalent). Nous devons les connaître, les suivre, les accompagner. Tous ! Savoir qui ils sont, ce qu’ils visent, ce qu’ils vivent, ce qu’ils font... pas facile me direz-vous...

J’aimerais comprendre, au passage, les calculs annoncés. Pour moi, 13000 CPE, 4h par semaine, 39 semaines. Ça ne fait pas 3,2 millions... Les maths n’ont jamais été mon fort, mais je vous laisse faire le calcul... Quant à la possibilité de pouvoir avoir 2000 CPE de plus mais nous ne demandons que ça !

Alors oui nos statuts prévoient que nous ayons 4h par semaine on va dire laissées à notre appréciation mais que le grand public se rassure, les chefs d’établissement veillent au grain afin que ces heures soient effectuées d’une façon ou d’une autre, et nous faisons bien souvent plus de 39h par semaine... quand notre statut en prévoit donc 35h plus ces fameuses 4h qui semblent creuser dramatiquement le déficit public...

Donc avant de cracher sur nous, nous méchants CPE qui profitons et abusons du système, soyez sûrs que nous ne sommes pas des fainéants qui passent leurs journées à boire du café en se tournant les pouces, que nous ne rêvons que d’être plus de 13000 pour faire mieux encore notre travail, que nous avons à cœur de voir réussir nos élèves, vos enfants, qu’ils sont la raison pour laquelle nous nous levons chaque matin pour aller bosser, la raison pour laquelle nous oublions parfois même de manger ou de prendre deux minutes pour aller aux toilettes, la raison pour laquelle nous « acceptons », à contre cœur, de faire des heures supplémentaires non payées que nous ne pourrons jamais rattraper, la raison pour laquelle nous avons l’impression parfois de sacrifier un peu de nous et de notre vie personnelle.

Et je pense que de lire ce qui tourne dans la presse ces jours-ci nous provoque étonnement, tristesse, désolation, énervement, consternation, et j’en passe, parce qu’il est évident que ces gens-là n’ont rien compris...


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