Appel solennel au sursaut patriotique et à l’engagement - Lettre ouverte au Dr. Mukwege

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Le problème

Objet : Appel solennel au sursaut patriotique et à l’engagement historique pour le salut de la République Démocratique du Congo


Cher docteur Dénis Mukwege,
Je m’adresse à vous en simple citoyen congolais, sans titre, sans mandat et sans puissance, mais avec la seule autorité qui vaille en cette heure grave : celle d’un fils de ce pays qui refuse de le voir sombrer. Je vous écris avec le respect que nous inspirent vos combats, et avec la franchise que la situation actuelle exige.

À l’heure où la République démocratique du Congo vacille sur ses fondations, au moment précis où le spectre de la balkanisation et de l’éclatement menace l’existence même de notre patrie, se taire devient une complicité et hésiter devient une faute morale irréparable.

Docteur, aujourd’hui, le peuple congolais se retrouve pris en otage dans un duopole toxique. La scène politique nationale est confisquée par deux individus qui se disputent le butin d’un vol électoral manifeste. Leurs affrontements ne visent ni le bien-être de nos concitoyens, ni la souveraineté de notre sol, mais uniquement la neutralisation de l’adversaire pour assurer la survie de leurs intérêts personnels.
Face à ce spectacle désolant, le peuple congolais refuse catégoriquement d'être réduit à un choix absurde et mortel : les Congolais n’ont pas à choisir entre la peste et le choléra.

Cher docteur, vous avez dénoncé, et nul ne peut vous en faire grief. De la tribune des Nations unies jusqu’aux blocs opératoires de Panzi, votre voix a réveillé les consciences du monde. Mais je dois vous le dire sans détour : la dénonciation a atteint sa limite.

Les prédateurs de ma patrie ne tremblent pas face aux discours. Ils ne craignent ni les communiqués, ni les conférences, ni les indignations, si fondées soient-elles. Ils ne craignent qu’une chose : un peuple organisé, uni, conduit par un leadership que l’on ne peut ni acheter ni intimider.
Votre stature internationale, votre probité morale et votre Prix Nobel de la Paix ne sont plus de simples distinctions personnelles : ils constituent désormais une responsabilité historique et un patrimoine national.

Il est temps de quitter votre zone de confort. Celle où la parole morale éclaire sans engager. Celle où la notoriété protège. Celle où l’on reste respecté, loin de la boue du combat.
Le cours des événements a placé entre vos mains ce que l’histoire n’offre qu’une fois : l’occasion de convertir une autorité morale mondiale en un leadership national. Ne pas la saisir, c’est la trahir.

Souvenez-vous de ceux qui, avant nous, ont regardé la peur en face.

Nelson Mandela a passé vingt-sept ans au fond d’une cellule. Il aurait pu se contenter de dénoncer l’apartheid depuis l’exil du prestige. Il a préféré rassembler, organiser, endurer, jusqu’à faire plier un système que l’on disait éternel.

Hô Chi Minh n’a pas attendu de conditions parfaites. Il a parcouru le monde, souffert, appris, puis fédéré un peuple que l’on prétendait condamné. Il a créé l’occasion que les circonstances lui refusaient.

Fidel Castro, quel que soit le jugement que l’on porte sur la suite de son règne, a prouvé qu’une poignée d’hommes résolus peut défier un ordre réputé inébranlable, parce qu’ils avaient vaincu la peur avant de combattre l’adversaire.

Le sang de Lumumba qui coule dans les veines de notre histoire ne doit-il pas enflammer le sursaut patriotique que toute une nation attend de vous ?

Patrice Emery Lumumba. Lui, c’est le sang de notre sang. À trente-cinq ans, face à l’orgueil d’un empire, il a proclamé que le Congo appartenait aux Congolais. Il savait ce que cette phrase lui coûterait. Il l’a prononcée quand même, et il en est mort. Son héritage n’est pas un monument : c’est une exigence. Que dirait-il en voyant son pays à nouveau pillé, à nouveau morcelé, à nouveau confisqué par ses propres fils ? Il ne vous demandera pas un discours de plus. Il vous demandera de vous engager.

Je sais ce qu’il en coûte de se dresser contre les puissants. Mais vous, mieux que quiconque, savez ce que j’ai appris de vos propres combats : la peur ne sauve personne : la peur, quand on lui cède, ne protège personne. Elle ne fait que repousser l’échéance de la douleur et en aggraver le prix.

Le courage n’est pas l’absence de crainte. C’est la décision que quelque chose est plus grand que sa propre sécurité. Vous avez déjà fait ce choix à Bukavu, au péril de votre vie. Je vous demande aujourd’hui de le refaire, non plus pour des milliers de victimes, mais pour toute une nation.

Docteur, il est des moments où un peuple, privé de sa voix, cherche autour de lui un visage dans lequel se reconnaître. Ce moment est venu docteur, et c’est vers vous que se tournent nos regards.
Je vous demande de prendre la tête d’un grand rassemblement national. Car aucune nation ne se relève par la seule force d’un homme : elle se relève lorsque ses forces dispersées retrouvent le sens de leur unité. Rassemblez autour de vous les dignes filles et fils de la patrie : les femmes et les hommes intègres, dont la droiture est le dernier rempart contre la corruption des âmes ; la jeunesse qui refuse de désespérer, car c’est en elle que l’avenir cherche son souffle ; les forces vives de la nation et de la société civile, qui portent la conscience du peuple ; les étudiants, gardiens de la pensée libre ; les hommes en uniforme, appelés à servir la patrie plutôt que les maîtres du moment ; et la diaspora, ces enfants du Congo que l’exil n’a jamais détachés de leur terre.

De cette union, bâtissez un leadership solide, crédible et incorruptible. Car l’autorité qui ne repose que sur la force est un édifice sans fondation, tandis que celle qui s’enracine dans la confiance d’un peuple défie le temps. Un tel leadership aura le pouvoir d’arracher aux deux imposteurs la parole qu’ils ont dérobée au peuple, et de mettre définitivement hors d’état de nuire ceux qui sacrifient le Congo à leurs ambitions, non par la violence qui engendre la violence, mais par la force du droit et la légitimité de la volonté populaire.
Je ne réclame pas un messie. L’histoire nous a appris à nous méfier des sauveurs providentiels, car un peuple qui remet son destin entre les mains d’un seul homme n’a fait que changer de maître. Ce que je réclame, c’est un leadership : une conscience qui consent à devenir un repère, un homme dont le seul nom impose le respect, et autour duquel une nation lasse des trahisons pourra enfin se reconnaître et se retrouver.

Docteur, un peuple ne se rassemble pas autour d’un pouvoir, il se rassemble autour d’une vérité incarnée. Et c’est cette vérité-là que j’attends de vous, Docteur : que vous soyez le visage d’une lutte de libération qui ne se contente pas de renverser, mais qui sache aussi fonder.
Cette lutte, je la veux fidèle aux principes qui ont toujours guidé vos pas : ceux du droit, qui est la raison substituée à la force ; de la justice, sans laquelle toute paix n’est qu’un silence imposé ; de la dignité, qui est ce que nul ne peut donner ni retirer à un homme, mais que chacun peut perdre en y renonçant ; et de notre souveraineté, ce droit inaliénable qu’a tout peuple de disposer de lui-même et de décider de son propre destin.

L’histoire ne juge pas seulement les bourreaux. Elle juge, avec une sévérité plus grande encore, ceux qui, ayant reçu les moyens d’agir, ont choisi de rester des spectateurs, fussent-ils éloquents.
Elle se souviendra de vous, Docteur. Cela est certain. Reste à savoir comment. Comme l’homme qui a soigné les corps et dénoncé les crimes, mais s’est arrêté au seuil du combat décisif ? Ou comme celui qui, lorsque le cours des événements l’a placé au premier rang de la libération de son pays, a répondu présent ?
Je veux croire en la seconde version. Je veux croire que l’homme qui n’a jamais détourné le regard devant la souffrance des femmes ne le détournera pas devant l’agonie de toute une nation.

Le Congo vous appelle. Je vous tends la main, avec des millions d’autres. Il ne dépend plus que de vous de la saisir.
Avec respect, gratitude et espérance,
I.M.Y
Le Congolais

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Emmanuelle ZINGALanceur de pétition

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Pétition lancée le 18 octobre 2026