Petition updatePréservons le site grec antique du boulevard de la Corderie à Marseille (France)Corderie : l’interminable nœud gordien est tranché, l’état a décidé
Jean-Noël BEVERINIFrance
Nov 9, 2017
Chères et chers amis, Ce soir, mercredi 8 novembre, la ministre de la Culture, madame Françoise Nyssen, vient de s’exprimer par voie de communiqué de presse sur la préservation et la valorisation du site grec antique de la Corderie. Au terme d’une médiation conduite sous l’autorité du ministère et l’ouverture de nouvelles discussions avec le Groupe Vinci, conjointement à l’écoute des propositions formulées par monsieur Stéphane Bern, l’annonce des décisions suivantes a été faite : 1 – La signature effective d’ « instance de classement » des 635 m2 du site. 2 – La mise en valeur des vestiges par le déplacement, le dépôt et la préservation des « colonnes » (ou « banc de taille de pierre ») qui seront donc protégées « in situ ». Hors zone de classement, elles étaient, au départ, destinées à être détruites. Elles seront installées à proximité immédiate de l’espace protégé, par adjonction à cet espace d’un périmètre supplémentaire. Une protection de verre les rendra parfaitement visibles en permettant de témoigner des modalités de travail d’une carrière antique. 3 – Le retour sur site d’éléments mobiliers remarquables mis au jour lors de la fouille : fragments de sarcophages, bas de pressoir en pierre… Ces éléments seront présentés dans le périmètre adjacent indiqué ci-dessus. Il n’est point de meilleur lieu de présentation que la carrière elle-même d’où ils ont été extraits. 4 – La fouille intégrale du puits grec qui, jusqu’à présent, n’avait pu être fouillé qu’à bras d’homme et à seau de chantier, ce puits grec étant le seul existant à Marseille. La Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) prendra les dispositions utiles en ce sens. 5 - La visibilité et l’accessibilité du site seront assurées par la construction d’un belvédère muni d’un ascenseur, un accès étudié au pied du rempart et la transmission de la connaissance du site par des panneaux et outils numériques. CONSIDÉRATIONS Je souhaite être franc et direct avec vous dans mon propos. Je pourrais à ce titre reprendre les trois vers de l’Ode que Rouget de Lisle composa la même semaine où il écrivit la Marseillaise : « Parler sans art Penser sans fard, C’est ma devise » (Art : artifice) Je ne vous cacherai donc pas que ces nouvelles dispositions et décisions me satisfont pleinement. Quelles sont les raisons de cette satisfaction ? LE PRINCIPE DE RÉALISME Était-il réaliste d’imaginer le retrait d’un permis de construire accordé à un aménageur propriétaire d’un terrain acquis sur ses fonds ? Le droit de propriété est un des fondements de notre Droit. (Art 544 CC « La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois et les règlements ». Art 552 CC « La propriété du sol emporte la propriété du dessous et du dessus ».) Il aurait fallu, au départ, ne pas accorder de permis de construire mais ce n’est pas l’État qui l’a délivré. Seule la voie de la négociation, de la médiation s’avérait dès lors envisageable. UNE MÉDIATION : MAIS PAR QUI ? La question, de toute évidence, conduisait à répondre : par la Ville de Marseille. Elle a vendu le terrain dont elle était propriétaire, délivré le permis de construire, est en relation avec l’aménageur, reçoit les observations des marseillais, n’ignore rien de leur émotion ni de la fermeté et de la persistance des demandes de ses concitoyens. Or, comme je l’ai écrit dans une précédente « mise à jour » la municipalité a été respectueuse du vœu de silence d’un moine bénédictin le plus rigoureux de sa règle ! Personne ne l’a jamais entendu se prononcer au fond sur cette affaire. Qui sont seulement les élus à avoir posé le pied sur le site ? FACE AU SILENCE MUNICIPAL, LA PAROLE SALUTAIRE DE L’ÉTAT C’est ainsi que les « vestiges » quittèrent le boulevard de la Corderie pour la rue de Valois et le Cabinet de la ministre de la Culture. L’État héritait d’un dossier dont, j’en suis persuadé, il se serait bien passé et qui, de plus, lui a été fort « mal vendu ». Tout son honneur est de l’avoir traité. Quelles que soient les observations de certains, la ministre de la Culture s’est rendue à Marseille sur l’invitation du président de la République et a engagé à l’issue la médiation dont le résultat vient d’être donné. UN RÉSULTAT INESPÉRÉ À MARSEILLE Je vous demande de bien vouloir vous souvenir de la destinée de trois découvertes archéologiques récentes pourtant de toute première importance à Marseille : - Le complexe monumental de l’époque grecque archaïque dit « Collège Vieux-Port ». Un vaste bâtiment de 300 m2 (-540 /-530) dédié vraisemblablement à un symposium, le banquet grec, est découvert en 2005 : fondations, matériaux, tuiles, enduits peints, céramiques… Il a été entièrement recouvert alors qu’une crypte archéologique était envisagée (partenariat ville, conseil général, État). Un parking le recouvre. - La nécropole grecque antique d’Arenc. Au dessous des vestiges du troisième lazaret de Marseille est découverte une nécropole grecque contemporaine de la deuxième génération des Phocéens fondateurs de la cité. En son sein, un exceptionnel « enclos funéraire ». Le site n’a pas été conservé. Une construction l’a remplacé. - La basilique paléochrétienne de la rue Malaval Riche de 228 sépultures et datant du V° siècle, le site est exceptionnel par sa « memoria » entourée d’une accumulation de sarcophages autour de sépultures sacrées. Une petite partie des vestiges est visible au musée d’Histoire. Le site lui-même a été détruit pour laisser place à un parking souterrain. En conclusion, lorsqu’on compare ces trois « réussites marseillaises » à la sauvegarde présente du site de la Corderie, grâce à la décision du ministère, le terme de victoire peut être avancé. Il est, en fait, inapproprié car nous ne nous sommes jamais placés sur un terrain de « combat », mais dans une dynamique de réflexion et de conviction. UNE VICTOIRE ANNONCIATRICE D’AUTRES SUCCÈS La préservation, dans les conditions indiquées, du site antique de la Corderie est semblable à une graine plantée au cœur même de Marseille et dont nul n’ignore qu’elle va désormais germer, croître et s’épanouir dans le vaste champ de la défense des sites archéologiques et patrimoniaux marseillais. Il y a désormais un « avant » et un « après » Corderie. Rien ne sera plus comme « avant ». En ce sens, la Corderie est à la fois une rupture et un enfantement. Votre mobilisation n’est pas sur le point de s’éteindre. Il faudra bien désormais compter avec. Il convient maintenant à partir de l’espace protégé et étendu de restituer l’intégralité du site avec science, vérité et sensibilité. Dans ce temps d’aujourd’hui caractérisé par une attention exceptionnelle à la valeur du patrimoine, la Corderie apparaît comme le premier livre sur le rayonnage d’une bibliothèque patrimoniale qui va s’enrichir très vite de nouveaux ouvrages. L’avenir proche, loin de ressembler à cette perte traditionnelle de Culture à Marseille, nous réserve de belles victoires. Nous sommes les artisans de la transmission du savoir, de l’Histoire et du patrimoine de Marseille. Cette première victoire est aussi celle de la Démocratie. Quel symbole pour un site grec antique ! Nous sommes en train de bâtir un nouveau visage de la ville. La démarche archéologique présente est de l’ordre d’une révolution des esprits. REMERCIEMENTS Soyez-en remerciés, comme les associations et personnalités nombreuses qui ont manifesté un intérêt raisonné pour le site. La priorité est maintenant de « calmer le jeu », de ne pas surenchérir. La sérénité doit être la seule conviction. Nous avons vécu depuis le 8 juin, date de lancement de cette pétition, cela fait exactement cinq mois jour pour jour, un épisode remarquable et passionnant de l’histoire de Marseille. Nous nous en souviendrons tous. Une sentence latine (et non grecque, une fois n’est pas coutume) me revient à l’esprit : « Virtus omni obice major ». La vertu surmonte tout obstacle. Je vous remercie encore, avec René Pierini, de votre soutien, de vos commentaires si nombreux, si spontanés, si profonds, si chaleureux, si riches à l’appui de vos signatures. Je pense que nous aurons l’occasion d’en reparler. À la suite de la décision ministérielle de ce soir, je vais procéder à la clôture de notre pétition mais je pense que nous allons rester prochainement en contact sur une ou plusieurs autres réflexions. Ces remerciements vont également à l’État, à la ministre de la Culture, au Cabinet de la ministre et, naturellement, à monsieur Stéphane Bern, ambassadeur inattendu mais à l’action reconnue. Chères et chers amis, je vous prie de bien vouloir partager l’assurance de ma fidèle et reconnaissante amitié. Jean Noël Beverini
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