

Le Manifeste de l’Économie Conviviale
Le problème
LE MANIFESTE DE L’ÉCONOMIE CONVIVIALE
(versione italiana)
Une crise économique et sociale dramatique trouble l'Occident, répandant pauvreté et désespoir un peu partout. Les classes moyennes sont en train de disparaître alors que s’élargit l'écart entre les revenus et la concentration de la richesse dans les pays de l'OCDE: les 10% les plus riches de la population dispose d'un revenu 9,5 fois supérieur à celui des 10% de la population la plus pauvre et 1 % de la population détient 90% des richesses. Le chômage a atteint des niveaux dramatiques, mettant en péril la perspective d'une vie future pour les plus jeunes.
Pendant ce temps, presque tous les gouvernements des pays occidentaux, dirigés par des élites politiques dépendantes des banques et des sociétés multinationales, poursuivent les chemins de "guérison" forgés dans une théorie économique obsolète et inadéquate. En particulier, le néo-libéralisme, avec son équilibre des marchés ancré dans une vision mécaniste de la réalité, maintient la domination idéologique de la pensée économique, parfois avec des nuances marginales de type keynésien. Le marxisme, enfin, ne semble pas faire preuve d'une capacité d'auto-renouvellement, contrairement à ce qu'invoquaient ses illustres fondateurs.
Cependant, certaines expériences offrent la possibilité de réflexions inédites. Sans négliger les efforts en cours dans d'autres pays pour se débarrasser du mythe néo-libéral, nous invoquerons l'exemple de l'Islande, où la population vient de se rebeller contre le pouvoir de la finance, ainsi que des pays appartenant à l'ALBA (Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América) qui ont courageusement suivi des chemins d'extrême importance en termes de développement économique et social. Mais aussi, nous citerons l’exemple de l’Église catholique qui, avec les affirmations et les premiers actes du pape Francesco I, semble prendre un peu plus de distance par rapport au système dominant.
Dans la réflexion économique, nous continuons à considérer plusieurs idées comme acquises. Tout d'abord, nous avons la conviction que notre façon de fonctionner est la meilleure de toutes les façons de faire existantes. Au contraire, dans l'histoire de l'humanité, l'économie de libre marché couvre une période très mince, celle de ces deux derniers siècles. Avant cela, les hommes et les femmes avaient d'innombrables solutions pour répondre à leurs besoins matériels, avec une efficacité plus ou moins grande et, vraisemblablement, eux aussi pensaient détenir le meilleur système économique et social. Il suffira donc d'introduire la dimension historique dans l'analyse économique pour voir s’écrouler de nombreux mythes: le progrès et la croissance indéfinie, "l'homus economicus", l'autorégulation des marchés et beaucoup d'autres bibelots similaires, ayant la mission de rendre le système apparemment crédible.
La redécouverte de la composante historique de l'économie permettra de mettre en évidence sa dimension humaine, en inversant les termes du débat contemporain. Le sens de l'activité économique, en effet, doit être étroitement lié aux objectifs qu'une société donnée entend poursuivre.
Dans l'espoir que l'humanité soit finalement prête à choisir le bonheur de la plupart des gens plutôt que le bien d'une minorité et que l'économie redevienne un outil et non une fin, nous proposons "Le Manifeste de l’Économie Conviviale".
Les distincts points du Manifeste sont divisés en deux parties: théorie et pratique, de telle sorte à éviter de tomber dans de vides déclaration de principes. Nous espérons également que les lignes d'action soient assez générales, de façon à pouvoir s'adapter aux multiples cultures et couleurs qui caractérisent les différentes réalités nationales.
1 - LES FEMMES ET LES HOMMES SONT AU COEUR DE LA PENSÉE
ÉCONOMIQUE
Théorie:
Dans ce sens, nous devrons mettre au centre de l'analyse économique l'être humain, puisque l'économie a pour seul but de satisfaire ses besoins matériels et non l'inverse. Mais, parallèlement, nous devrons prêter attention aux conditions réelles de nos semblables, ainsi qu'à l'authenticité ou non de leurs besoins et désirs, en nous souvenant de l'énorme capacité de manipulation propre aux médias et à la publicité.
Pratique:
Les actions à entreprendre sont constituées d'un long travail à niveau de formation et d'information, mais aussi, de contribution individuelle directe. Chaque fois que nous parlons ou écoutons des arguments de nature économique, nous devons demander à nos interlocuteurs qui sont les femmes et les hommes dont il est objet, surtout s'ils apparaissent sous forme numérique. La pauvreté, le chômage, le déficit ne sont pas des mots abstraits, mais plutôt le résultat des erreurs dues à l'action d'autres êtres humains et, à ce titre, ne sont ni intangible ni immuables.
2 – LE BUT FINAL DE L'ÉCONOMIE, C'EST DE RÉPONDRE AUX BESOINS MATÉRIELS EN PERMETTANT A' L'HUMANITÉ D’ATTEINDRE SON PROPRE BONHEUR
Théorie:
En raison de l'espace excessif accordé par les médias à l'économie, il semble que celle-ci puisse donner un sens à la vie. Mais au contraire, l'économie doit s'occuper seulement de satisfaire les besoins matériels au moyen de biens et services, afin qu'une fois libérée de ces contraintes, l'humanité puisse se consacrer à la poursuite de son propre bonheur.
Pratique:
Les hommes et les femmes peuvent se livrer à ce qui les rend heureux uniquement après avoir satisfait leurs besoins de base et avoir trouvé un endroit où vivre agréablement.
Nous devons en finir avec le "bavardage économique" et exiger le même professionnalisme et rigueur scientifique qu'on demande, par exemple, aux médecins et aux ingénieurs. Le rang qui occupe aujourd'hui l'économie est à bien des égards similaire à un langage cryptique, où la signification réelle des concepts est réservée à un groupe restreint de spécialistes. Il convient, par conséquent, de favoriser une alphabétisation de masse dirigée de tous les secteurs de la population. En fait, sauf de rares exceptions, même les cours universitaires n'offrent pas une formation adéquate et ouverte sur les différentes alternatives dans le domaine économique.
Un engagement similaire doit avoir comme objectif une plus grande indépendance de jugement et une nouvelle prise de conscience. Par effet de la manipulation des sentiments et la désinformation, malheureusement de trop nombreuses personnes répondent à leurs besoins (affection, amour, amitié, affirmation, soif d'infini, religion, etc ...) par l’acquisition de biens matériels ou le recours à des services privés.
3 – TOUTE ACTION ÉCONOMIQUE DOIT ÊTRE CONCILIABLE AVEC LE RESPECT ET L'AMÉLIORATION DE L'ENVIRONNEMENT
Théorie:
La terre et l'environnement, dont l'être humain est hôte, sont indispensables pour l'existence et représentent le futur des générations à venir. Dans cet esprit, les actions économiques (exploitation des ressources, construction d'infrastructures, fabrication, etc ...) doivent éviter toute dégradation de l'habitat.
Pratique:
En plus de promouvoir la production d'énergie par des sources renouvelables, privilégiant celles qui respectent également le patrimoine paysager (partie intégrante de la culture locale), il faut éliminer toutes les formes de pollution environnementale. Parallèlement, on devra adopter les comportements individuels et collectifs nécessaires pour atteindre le recyclage total des déchets et, par la suite, leur complète élimination.
4 – UNE PARTIE CONSEQUENTE DE LA RÉALITÉ MATÉRIELLE EST CONSTITUÉE PAR DES BIENS COMMUNS INALIÉNABLES
Théorie:
Les biens non-reproductibles constituent le fondement de l'existence humaine et doivent être considérés en tant que "biens communs inaliénables". Parmi ceux-ci, on peut distinguer la terre, les semences, l'eau, les montagnes, les forêts, l'air, la mer, le patrimoine historique et artistique, etc .... En plus, il faut ajouter un certain nombre de "biens communs" historiquement déterminés, tels que le droit à la santé, à l'éducation, etc ...
Pratique:
Au-delà de l'anéantissement des valeurs entraîné par la globalisation, chaque société, en prenant en compte ses traditions, trouvera un certain nombre de "biens communs" universellement respecté jusqu'à l'apparition de la révolution industrielle et même longtemps après.
Si, d'un côté, il faudrait s'efforcer de récupérer toutes les normes traditionnelles qui ont constamment limité et empêché le surdéveloppement de la cupidité individuelle dans les sociétés traditionnelles (même les rois et les empereurs y étaient soumis), de l'autre côté, on devrait prendre toutes les mesures nécessaires pour une réappropriation démocratique et gestion collectif de "biens communs", y compris ceux qui sont tombés dans le domaine privé au cours des dernières décennies.
5 – LA COMMUNICATION, L'INFORMATION ET LA MOBILITÉ DOIVENT ÊTRE UNIVERSELLES ET GARANTIES
Théorie:
La globalisation a donné vie à des nouveaux besoins, dont la satisfaction conditionne la qualité de vie et la dimension démocratique de la société. Parmi ceux-ci on peut distinguer les différentes formes de communication (téléphonie mobile et internet en particulier), l'information (télévision, presse, etc ...) et la mobilité (transports publics).
Pratique:
La communication, y compris la connectivité Internet est, de plus en plus, indispensable pour le travail et la socialisation. Dans ce contexte, afin d'empêcher la marginalisation d'une partie importante de la population, il faut qu'elle soit universellement garantie et progressivement devienne gratuite.
D'un autre côté, l'information doit être libre, plurielle et affranchie du conditionnement des pouvoirs publics et privés. Dans ce but, on devra éliminer les subventions publiques, empêcher les concentrations et créer des systèmes d'information gérés collectivement, afin d'assurer la réelle indépendance et pluralité des médias.
En ce qui concerne la mobilité, on doit reconnaître le rôle qu'elle joue dans la vie sociale de la population. Avec la globalisation, en effet, on est obligé de se déplacer et de voyager continuellement, souvent dans des conditions difficiles, afin de travailler, étudier ou voir ses proches. Il faudra donc veiller à ce que l'utilisation des transports publics soit assurée à des prix abordables et que leur gestion soit confiée aux communautés.
6 – IL FAUT STIMULER ET PROMOUVOIR LA RELOCALISATION
DE LA PRODUCTION
Théorie:
Après des décennies d'une globalisation qui a favorisé les sociétés multinationales, les banques et les grandes concentrations de pouvoir au détriment des franges les plus faibles de la population mondiale, le temps est arrivé de nouveau pour les communautés nationales et locales de maîtriser leur propre chaîne de production.
Pratique:
La diffusion d'Internet et de la communication mobile est accompagnée par la diminution des coûts des biens d'équipement (machines, appareils, outils, etc ...) destinés à la productions des marchandises et des services. En outre, des technologies révolutionnaires telles que l'impression en 3D (avec la possibilité de réaliser parts de machines et pièces détachées), permettent la mise en place de nouveaux systèmes de production locale plus souples et efficaces.
Le processus de relocalisation de la production permettrait également le rétablissement et la renaissance de l'artisanat traditionnel, encore présent dans de nombreuses communautés, et de l'occupation locale. L'interaction de ces compétences avec les nouvelles technologies permettrait de bâtir un système vertueux susceptible de stimuler l'emploi et de préserver l'environnement, par la diminution conséquente de la circulation des marchandises et la disparition de la nécessité de nouvelles infrastructures de transport.
7 – LA FINANCE DOIT ÊTRE AU SERVICE DE TOUTE LA SOCIÉTÉ
Théorie:
Le système financier doit revenir sous contrôle public et, en particulier, les nations devraient être en mesure de reprendre possession de leur propre politique monétaire, sans succomber aux diktats et aux contraintes externes. Il faut également réintroduire une séparation nette entre banques commerciales et banques d'investissement, afin d'empêcher l'implication du système en entier dans la spéculation financière.
Pratique:
La politique économique d'un pays dépend étroitement de son autonomie monétaire: privé du droit de "battre monnaie", les nations n'auront jamais une véritable indépendance. Dans l'histoire, les rois, les princes et les États fondaient leur pouvoir sur cette prérogative. Actuellement, dans nombreuses situations (Europe et pays en voie de développement, en particulier), les autorités monétaires locales sont privées de leur propre souveraineté et contraintes à suivre les règles imposées par des organismes extérieurs (troïka européenne et FMI, notamment). Par conséquent, afin d’assurer le déploiement d'initiatives autonomes à niveau économique et social, on doit nécessairement se débarrasser de ces limitations. Dans ce but, si d'un côté on devra ré-examiner les différents traités monétaires, de l'autre, il est souhaitable d’avoir recours au référendum populaire. Parallèlement, en attendant la mise en place de nouvelles conditions, on pourrait introduire des monnaies fiduciaires (garanties par les biens publics, par exemple) aussi bien à niveau local que national, de façon à augmenter la masse monétaire et améliorer, ainsi, la performance de l'économie réelle.
8 – GARANTIR L'ÉGALITÉ DES CHANCES GRÂCE À L'ÉTABLISSEMENT
D'UN REVENU DE BASE DE CITOYENNETÉ
Théorie:
Il n'existe pas d'égalité entre les citoyens sans la garantie d'un revenu minimum vital pour tous: chômeurs, jeunes sans travail, personnes âgées, immigrés, malades, etc. .... Chaque nation doit être en mesure de décider de la dimension et des modalités d'allocation, en prenant conscience que, la pauvreté étant déterminée par les déséconomies externes du système actuel, les institutions publiques sont tenus d'y répondre.
Pratique:
Le droit à la vie et la liberté sont étroitement interdépendants, on ne peut pas profiter de la liberté et exercer ses droits sans auparavant avoir satisfait ses besoins fondamentaux.
Il faut aussi remarquer que les subventions et les revenus de citoyenneté constituent l'une des meilleures formes d'intervention publique car, contrairement à d'autres types de dépenses, ces ressources refluent presque immédiatement dans le circuit économique, à travers l'augmentation de la consommation et, donc, des investissements privés et du niveau d'emploi.
9 – AU-DELÀ DU PROFIT ET DE L'INTÉRÊT PERSONNEL
Théorie:
L'économie, en tant que partie intégrante de la société, doit avoir pour priorité ce qui convient à la communauté dans son ensemble et aux générations futures.
Pratique:
Tout en considérant légitime un raisonnable profit individuel (qui devra être transparent et socialement acceptable), l'activité économique doit avoir pour but l'amélioration du bien-être et de la cohésion des communautés. Dans ce sens, on considère comme essentiel la réintroduction, ou plutôt la redécouverte graduelle des formes traditionnelles d'échange, tel que le troc ou le don réciproque.
10 – LES VALEURS PARTAGÉES, LES CROYANCES, LES CULTURES
ET LES TRADITIONS CONSTITUENT LE VRAI MOTEUR D'UNE
ÉCONOMIE SOUTENABLE
Théorie:
Si, pour l'économie du libre marché, les valeurs partagées représentent un obstacle vers l'achèvement de la globalisation, néanmoins, du point de vue d'une économie soutenable, celles-ci constituent un ensemble de ressources inépuisables.
Pratique:
Les différentes cultures identifient des solutions économiques optimales pour un environnement et une société donnée. L'histoire vivante des nations et des communautés locales, dûment revitalisée, peut nous offrir des produits et services inédits, qui seront sinon destinés à être supprimés par le marché global. En particulier, l'utilité des ces biens tient à leur valeur communautaire et à la capacité à combiner l'intérêt de l'individu avec celui de la société.
Nous nous référons, par exemple, aux corvées et à certains types d'échanges gratuits, toujours présents dans nombreuses communautés, ou aux solutions traditionnellement adoptées pour l’épargne énergétique ou, même, pour le recyclage des déchets.
Déposé auprès du CCSD (Centre pour la Communication Scientifique Directe) - CNRS
Le problème
LE MANIFESTE DE L’ÉCONOMIE CONVIVIALE
(versione italiana)
Une crise économique et sociale dramatique trouble l'Occident, répandant pauvreté et désespoir un peu partout. Les classes moyennes sont en train de disparaître alors que s’élargit l'écart entre les revenus et la concentration de la richesse dans les pays de l'OCDE: les 10% les plus riches de la population dispose d'un revenu 9,5 fois supérieur à celui des 10% de la population la plus pauvre et 1 % de la population détient 90% des richesses. Le chômage a atteint des niveaux dramatiques, mettant en péril la perspective d'une vie future pour les plus jeunes.
Pendant ce temps, presque tous les gouvernements des pays occidentaux, dirigés par des élites politiques dépendantes des banques et des sociétés multinationales, poursuivent les chemins de "guérison" forgés dans une théorie économique obsolète et inadéquate. En particulier, le néo-libéralisme, avec son équilibre des marchés ancré dans une vision mécaniste de la réalité, maintient la domination idéologique de la pensée économique, parfois avec des nuances marginales de type keynésien. Le marxisme, enfin, ne semble pas faire preuve d'une capacité d'auto-renouvellement, contrairement à ce qu'invoquaient ses illustres fondateurs.
Cependant, certaines expériences offrent la possibilité de réflexions inédites. Sans négliger les efforts en cours dans d'autres pays pour se débarrasser du mythe néo-libéral, nous invoquerons l'exemple de l'Islande, où la population vient de se rebeller contre le pouvoir de la finance, ainsi que des pays appartenant à l'ALBA (Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América) qui ont courageusement suivi des chemins d'extrême importance en termes de développement économique et social. Mais aussi, nous citerons l’exemple de l’Église catholique qui, avec les affirmations et les premiers actes du pape Francesco I, semble prendre un peu plus de distance par rapport au système dominant.
Dans la réflexion économique, nous continuons à considérer plusieurs idées comme acquises. Tout d'abord, nous avons la conviction que notre façon de fonctionner est la meilleure de toutes les façons de faire existantes. Au contraire, dans l'histoire de l'humanité, l'économie de libre marché couvre une période très mince, celle de ces deux derniers siècles. Avant cela, les hommes et les femmes avaient d'innombrables solutions pour répondre à leurs besoins matériels, avec une efficacité plus ou moins grande et, vraisemblablement, eux aussi pensaient détenir le meilleur système économique et social. Il suffira donc d'introduire la dimension historique dans l'analyse économique pour voir s’écrouler de nombreux mythes: le progrès et la croissance indéfinie, "l'homus economicus", l'autorégulation des marchés et beaucoup d'autres bibelots similaires, ayant la mission de rendre le système apparemment crédible.
La redécouverte de la composante historique de l'économie permettra de mettre en évidence sa dimension humaine, en inversant les termes du débat contemporain. Le sens de l'activité économique, en effet, doit être étroitement lié aux objectifs qu'une société donnée entend poursuivre.
Dans l'espoir que l'humanité soit finalement prête à choisir le bonheur de la plupart des gens plutôt que le bien d'une minorité et que l'économie redevienne un outil et non une fin, nous proposons "Le Manifeste de l’Économie Conviviale".
Les distincts points du Manifeste sont divisés en deux parties: théorie et pratique, de telle sorte à éviter de tomber dans de vides déclaration de principes. Nous espérons également que les lignes d'action soient assez générales, de façon à pouvoir s'adapter aux multiples cultures et couleurs qui caractérisent les différentes réalités nationales.
1 - LES FEMMES ET LES HOMMES SONT AU COEUR DE LA PENSÉE
ÉCONOMIQUE
Théorie:
Dans ce sens, nous devrons mettre au centre de l'analyse économique l'être humain, puisque l'économie a pour seul but de satisfaire ses besoins matériels et non l'inverse. Mais, parallèlement, nous devrons prêter attention aux conditions réelles de nos semblables, ainsi qu'à l'authenticité ou non de leurs besoins et désirs, en nous souvenant de l'énorme capacité de manipulation propre aux médias et à la publicité.
Pratique:
Les actions à entreprendre sont constituées d'un long travail à niveau de formation et d'information, mais aussi, de contribution individuelle directe. Chaque fois que nous parlons ou écoutons des arguments de nature économique, nous devons demander à nos interlocuteurs qui sont les femmes et les hommes dont il est objet, surtout s'ils apparaissent sous forme numérique. La pauvreté, le chômage, le déficit ne sont pas des mots abstraits, mais plutôt le résultat des erreurs dues à l'action d'autres êtres humains et, à ce titre, ne sont ni intangible ni immuables.
2 – LE BUT FINAL DE L'ÉCONOMIE, C'EST DE RÉPONDRE AUX BESOINS MATÉRIELS EN PERMETTANT A' L'HUMANITÉ D’ATTEINDRE SON PROPRE BONHEUR
Théorie:
En raison de l'espace excessif accordé par les médias à l'économie, il semble que celle-ci puisse donner un sens à la vie. Mais au contraire, l'économie doit s'occuper seulement de satisfaire les besoins matériels au moyen de biens et services, afin qu'une fois libérée de ces contraintes, l'humanité puisse se consacrer à la poursuite de son propre bonheur.
Pratique:
Les hommes et les femmes peuvent se livrer à ce qui les rend heureux uniquement après avoir satisfait leurs besoins de base et avoir trouvé un endroit où vivre agréablement.
Nous devons en finir avec le "bavardage économique" et exiger le même professionnalisme et rigueur scientifique qu'on demande, par exemple, aux médecins et aux ingénieurs. Le rang qui occupe aujourd'hui l'économie est à bien des égards similaire à un langage cryptique, où la signification réelle des concepts est réservée à un groupe restreint de spécialistes. Il convient, par conséquent, de favoriser une alphabétisation de masse dirigée de tous les secteurs de la population. En fait, sauf de rares exceptions, même les cours universitaires n'offrent pas une formation adéquate et ouverte sur les différentes alternatives dans le domaine économique.
Un engagement similaire doit avoir comme objectif une plus grande indépendance de jugement et une nouvelle prise de conscience. Par effet de la manipulation des sentiments et la désinformation, malheureusement de trop nombreuses personnes répondent à leurs besoins (affection, amour, amitié, affirmation, soif d'infini, religion, etc ...) par l’acquisition de biens matériels ou le recours à des services privés.
3 – TOUTE ACTION ÉCONOMIQUE DOIT ÊTRE CONCILIABLE AVEC LE RESPECT ET L'AMÉLIORATION DE L'ENVIRONNEMENT
Théorie:
La terre et l'environnement, dont l'être humain est hôte, sont indispensables pour l'existence et représentent le futur des générations à venir. Dans cet esprit, les actions économiques (exploitation des ressources, construction d'infrastructures, fabrication, etc ...) doivent éviter toute dégradation de l'habitat.
Pratique:
En plus de promouvoir la production d'énergie par des sources renouvelables, privilégiant celles qui respectent également le patrimoine paysager (partie intégrante de la culture locale), il faut éliminer toutes les formes de pollution environnementale. Parallèlement, on devra adopter les comportements individuels et collectifs nécessaires pour atteindre le recyclage total des déchets et, par la suite, leur complète élimination.
4 – UNE PARTIE CONSEQUENTE DE LA RÉALITÉ MATÉRIELLE EST CONSTITUÉE PAR DES BIENS COMMUNS INALIÉNABLES
Théorie:
Les biens non-reproductibles constituent le fondement de l'existence humaine et doivent être considérés en tant que "biens communs inaliénables". Parmi ceux-ci, on peut distinguer la terre, les semences, l'eau, les montagnes, les forêts, l'air, la mer, le patrimoine historique et artistique, etc .... En plus, il faut ajouter un certain nombre de "biens communs" historiquement déterminés, tels que le droit à la santé, à l'éducation, etc ...
Pratique:
Au-delà de l'anéantissement des valeurs entraîné par la globalisation, chaque société, en prenant en compte ses traditions, trouvera un certain nombre de "biens communs" universellement respecté jusqu'à l'apparition de la révolution industrielle et même longtemps après.
Si, d'un côté, il faudrait s'efforcer de récupérer toutes les normes traditionnelles qui ont constamment limité et empêché le surdéveloppement de la cupidité individuelle dans les sociétés traditionnelles (même les rois et les empereurs y étaient soumis), de l'autre côté, on devrait prendre toutes les mesures nécessaires pour une réappropriation démocratique et gestion collectif de "biens communs", y compris ceux qui sont tombés dans le domaine privé au cours des dernières décennies.
5 – LA COMMUNICATION, L'INFORMATION ET LA MOBILITÉ DOIVENT ÊTRE UNIVERSELLES ET GARANTIES
Théorie:
La globalisation a donné vie à des nouveaux besoins, dont la satisfaction conditionne la qualité de vie et la dimension démocratique de la société. Parmi ceux-ci on peut distinguer les différentes formes de communication (téléphonie mobile et internet en particulier), l'information (télévision, presse, etc ...) et la mobilité (transports publics).
Pratique:
La communication, y compris la connectivité Internet est, de plus en plus, indispensable pour le travail et la socialisation. Dans ce contexte, afin d'empêcher la marginalisation d'une partie importante de la population, il faut qu'elle soit universellement garantie et progressivement devienne gratuite.
D'un autre côté, l'information doit être libre, plurielle et affranchie du conditionnement des pouvoirs publics et privés. Dans ce but, on devra éliminer les subventions publiques, empêcher les concentrations et créer des systèmes d'information gérés collectivement, afin d'assurer la réelle indépendance et pluralité des médias.
En ce qui concerne la mobilité, on doit reconnaître le rôle qu'elle joue dans la vie sociale de la population. Avec la globalisation, en effet, on est obligé de se déplacer et de voyager continuellement, souvent dans des conditions difficiles, afin de travailler, étudier ou voir ses proches. Il faudra donc veiller à ce que l'utilisation des transports publics soit assurée à des prix abordables et que leur gestion soit confiée aux communautés.
6 – IL FAUT STIMULER ET PROMOUVOIR LA RELOCALISATION
DE LA PRODUCTION
Théorie:
Après des décennies d'une globalisation qui a favorisé les sociétés multinationales, les banques et les grandes concentrations de pouvoir au détriment des franges les plus faibles de la population mondiale, le temps est arrivé de nouveau pour les communautés nationales et locales de maîtriser leur propre chaîne de production.
Pratique:
La diffusion d'Internet et de la communication mobile est accompagnée par la diminution des coûts des biens d'équipement (machines, appareils, outils, etc ...) destinés à la productions des marchandises et des services. En outre, des technologies révolutionnaires telles que l'impression en 3D (avec la possibilité de réaliser parts de machines et pièces détachées), permettent la mise en place de nouveaux systèmes de production locale plus souples et efficaces.
Le processus de relocalisation de la production permettrait également le rétablissement et la renaissance de l'artisanat traditionnel, encore présent dans de nombreuses communautés, et de l'occupation locale. L'interaction de ces compétences avec les nouvelles technologies permettrait de bâtir un système vertueux susceptible de stimuler l'emploi et de préserver l'environnement, par la diminution conséquente de la circulation des marchandises et la disparition de la nécessité de nouvelles infrastructures de transport.
7 – LA FINANCE DOIT ÊTRE AU SERVICE DE TOUTE LA SOCIÉTÉ
Théorie:
Le système financier doit revenir sous contrôle public et, en particulier, les nations devraient être en mesure de reprendre possession de leur propre politique monétaire, sans succomber aux diktats et aux contraintes externes. Il faut également réintroduire une séparation nette entre banques commerciales et banques d'investissement, afin d'empêcher l'implication du système en entier dans la spéculation financière.
Pratique:
La politique économique d'un pays dépend étroitement de son autonomie monétaire: privé du droit de "battre monnaie", les nations n'auront jamais une véritable indépendance. Dans l'histoire, les rois, les princes et les États fondaient leur pouvoir sur cette prérogative. Actuellement, dans nombreuses situations (Europe et pays en voie de développement, en particulier), les autorités monétaires locales sont privées de leur propre souveraineté et contraintes à suivre les règles imposées par des organismes extérieurs (troïka européenne et FMI, notamment). Par conséquent, afin d’assurer le déploiement d'initiatives autonomes à niveau économique et social, on doit nécessairement se débarrasser de ces limitations. Dans ce but, si d'un côté on devra ré-examiner les différents traités monétaires, de l'autre, il est souhaitable d’avoir recours au référendum populaire. Parallèlement, en attendant la mise en place de nouvelles conditions, on pourrait introduire des monnaies fiduciaires (garanties par les biens publics, par exemple) aussi bien à niveau local que national, de façon à augmenter la masse monétaire et améliorer, ainsi, la performance de l'économie réelle.
8 – GARANTIR L'ÉGALITÉ DES CHANCES GRÂCE À L'ÉTABLISSEMENT
D'UN REVENU DE BASE DE CITOYENNETÉ
Théorie:
Il n'existe pas d'égalité entre les citoyens sans la garantie d'un revenu minimum vital pour tous: chômeurs, jeunes sans travail, personnes âgées, immigrés, malades, etc. .... Chaque nation doit être en mesure de décider de la dimension et des modalités d'allocation, en prenant conscience que, la pauvreté étant déterminée par les déséconomies externes du système actuel, les institutions publiques sont tenus d'y répondre.
Pratique:
Le droit à la vie et la liberté sont étroitement interdépendants, on ne peut pas profiter de la liberté et exercer ses droits sans auparavant avoir satisfait ses besoins fondamentaux.
Il faut aussi remarquer que les subventions et les revenus de citoyenneté constituent l'une des meilleures formes d'intervention publique car, contrairement à d'autres types de dépenses, ces ressources refluent presque immédiatement dans le circuit économique, à travers l'augmentation de la consommation et, donc, des investissements privés et du niveau d'emploi.
9 – AU-DELÀ DU PROFIT ET DE L'INTÉRÊT PERSONNEL
Théorie:
L'économie, en tant que partie intégrante de la société, doit avoir pour priorité ce qui convient à la communauté dans son ensemble et aux générations futures.
Pratique:
Tout en considérant légitime un raisonnable profit individuel (qui devra être transparent et socialement acceptable), l'activité économique doit avoir pour but l'amélioration du bien-être et de la cohésion des communautés. Dans ce sens, on considère comme essentiel la réintroduction, ou plutôt la redécouverte graduelle des formes traditionnelles d'échange, tel que le troc ou le don réciproque.
10 – LES VALEURS PARTAGÉES, LES CROYANCES, LES CULTURES
ET LES TRADITIONS CONSTITUENT LE VRAI MOTEUR D'UNE
ÉCONOMIE SOUTENABLE
Théorie:
Si, pour l'économie du libre marché, les valeurs partagées représentent un obstacle vers l'achèvement de la globalisation, néanmoins, du point de vue d'une économie soutenable, celles-ci constituent un ensemble de ressources inépuisables.
Pratique:
Les différentes cultures identifient des solutions économiques optimales pour un environnement et une société donnée. L'histoire vivante des nations et des communautés locales, dûment revitalisée, peut nous offrir des produits et services inédits, qui seront sinon destinés à être supprimés par le marché global. En particulier, l'utilité des ces biens tient à leur valeur communautaire et à la capacité à combiner l'intérêt de l'individu avec celui de la société.
Nous nous référons, par exemple, aux corvées et à certains types d'échanges gratuits, toujours présents dans nombreuses communautés, ou aux solutions traditionnellement adoptées pour l’épargne énergétique ou, même, pour le recyclage des déchets.
Déposé auprès du CCSD (Centre pour la Communication Scientifique Directe) - CNRS
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Pétition lancée le 16 juillet 2013