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mouvement social

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Started 11 months ago

Petition to Babel

Faisons table rase!

Chers colocataires de cette belle planète,   Je ne peux passer un jour de plus sans vous écrire à tous cette lettre ouverte. Tout le monde trouve dans son coin que le monde devient fou mais ce n'est pas possible que tout cela se passe encore et encore sans bouger. Alors s'il faut bouger, je vais le faire, via la seule manière que je connaisse, les mots. L'actualité mondiale ne laisse rien présager de bon pour quiconque. Oui mais dans "actualité mondiale" il y a un mot important "mondiale". Mais au final qu'en est il au niveau local? Qu'est ce que ça change pour moi? Car oui il y a un impact dont j'entends parler partout, sentiment d'insécurité, augmentation des vols, des violences, etc... Mais bizarrement le fait de tout cela ne parviens qu'à une chose, me sentir plus humain, et plus ça va mal, plus je me sens étrange. En effet, nous sommes arrivés à un moment charnière. Nous sommes à un moment extrêmement important dont nous devons tous prendre conscience, réellement, profondément. La génération des 25/50 ans actuels, ceux qui sont parents des décideurs de demain, est en plein doute. Nous avons été élevés avec des grands parents attachés à leurs racines, qui ont eu tous des souvenirs de guerre mondiale mais qui ont engendré une génération qui n'a pas su faire un meilleur monde. Nous avons tous des images en tête qui nous mettent mal à l'aise, de déportation, de wagons à bestiaux tournés à d'autres fins, de l'intelligence humaine au service de l'horreur. maintenant nous les remplaçons par des images floutées, de mort dans les rues, dans les cafés, les salles de concerts, dans des bâtiments détruits à l'autre bout du monde, dans des déserts, dans des jungles, dans les airs, d'enfants morts échoués sur le sable, écrasés sur une route, poignardés dans un bois. Nous lisons jours après jours des nombres de morts, des noms de morts, des lieux de morts, des âges de morts. Nous sommes outrés, blasés, lassés. Nous rendons des hommages sans fin, nous avons des réactions qui sont sans cesses jugées, si je suis outré par une mort, l'on va me dire que cette mort ne vaut pas les dizaines d'autres ailleurs, que la mort de mon voisin n'est pas pire que la mort d'une personne du même âge de la famine en Afrique, du sida en Asie, d'une balle perdue dans une guerre de cartel en Amérique du Sud, d'une fusillade aux États Unis. Au final une seule évidence, on ne plaint jamais le bon mort. Comment des personnes qui ont vu un monde détruit par la guerre ont ils pu engendrer des générations qui ne mesurent pas la portée des mots et des actes et surtout de leur chance? Nous avons grandi dans un monde où l'on pouvait boire aux fontaines, jouer seuls dans les bois, dans les dunes, dans les rues. Nous avons été élevés par des parents qui nous ont demandé de travailler à l'école pour avoir mieux que le travail qu'ils ont l'air de regretter tout les soirs, de vivre nos passions, de voir le monde. Et regardez ce que l'on est en train de faire, nous ne sommes pas partis pour faire mieux qu'eux. Pourquoi en sommes nous arrivés maintenant à une époque où chaque parent ou futur parent s'est déjà dis " non mais est ce que ce n'est pas de la folie de faire un enfant dans un monde comme celui-ci? Non mais regarde dans quel monde on vit? Qu'est ce qu'on va leur laisser?". Où les grands parents pleurent de ne pas savoir ce qui va arriver après leur mort tellement le futur est incertain, où personne n'est à l'abri. N'avons nous rien retenu? Pire. N'avons nous pas gâché encore le peu d'humanité qu'il restait en nous? Nous sommes une génération ingrate qui n'assume pas son rôle, nous ne faisons pas mieux que nos prédécesseurs. Pourquoi ai-je donc choisi d'écrire ici? de transmettre mes mots? tout simplement parce que je ne peux continuer à être spectateur, à ne rien dire, à ne pas oser dire un mot, à regarder un jour en arrière et me dire que je n'ai rien fait. Que je n'ai pas tenté d'offrir mieux à mes enfants. Je suis né en France, ne suis pas raciste, pas homophobe, je ne crois plus dans le système politique actuel où des lois sur le net sont votées par des gens qui ne sauraient pas m'installer le wifi, encore moins dans le système économique qui ne montre que des limites, j'applique des lois désuètes afin de ne pas me dire que je fait partie du problème, j'ai le respect de l'uniforme uniquement quand j'en ai besoin, je suis athé mais respecte ceux qui croient, bref je suis normal. Je me rappelle l'époque de mon adolescence où je ne supportais pas que quelqu'un soit ouvertement raciste ou homophobe et où je me lançais dans le débat pour comprendre qu'elle raison peut pousser un homme à en détester un autre qu'il ne connaît pas, pire, dont il ignore tout, alors que l'on m'a toujours appris "qui n'entends qu'une cloche, n'entends qu'un son" et que c'est justement ce qui m'a poussé au respect de tous. Je suis arrivé à une conclusion : prenez un être-humain n'importe où sur cette Terre, n'importe lequel et imaginez le autour de sa table, il invitera une personne de bon cœur, deux aussi, au delà avec méfiance, avec peur quand il se sentira en minorité puis tout cela finira par devenir une situation explosive quand il ne se sentira plus en sécurité à sa propre table. J'appelle cela la table de Babel. Imaginez un homme assis à sa table, un homme affamé lui demande le couvert, il accepte et à table l'homme lui dis qu'il ne mange pas ce type de plat mais se force, du coup le lendemain l'hôte fait effort et évite ce que son invité dis ne pas manger et c'est le seul moment où il y a compromis. Puis l'un des deux cédera et l'équilibre s'effondrera. La question est donc : l'hôte doit il arrêter d'être accueillant? L'invité doit il renier ce qu'il est pour continuer à être accepté? pourquoi certains parviennent à partager une table alors que d'autres veulent que chacun ai sa propre table sans se mélanger? Remplacer le plat sur la table par n'importe quel sujet de discorde et vous aurez toujours les mêmes résultats, toujours. Dois je enlever le jambon et le vin de ma table si j'invite un musulman? Dois je cuisiner casher si mon invité est juif? Dois je bannir toute viande si mon invité est végétarien? dois je prier avant le repas si mon invité le fait? Que dois je faire si mon repas est un repas de fête et que j'ai invité des personnes aux goûts différents uniquement parce que je les apprécie? Voilà le problème actuel partout dans le monde, dans tout les sujets, dans tout les pays, une table de Babel qui sépare les hommes jusqu'à les monter les uns contre les autres, que chacun se regroupe à la table qui lui convient jusqu'à finir telle une bataille d'enfants dans une cantine. Il y a un moment où nous devrons choisir, voulons nous que nos enfants restent à notre table, perpétuant la différence? Devons nous les pousser à nous prouver nos torts en les amenant à partager des tables communes? Si à un moment le nombre de tables communes dépasse celui des tables individuelles, n'aurons nous pas gagné? Serait ce vraiment si difficile que ça? Un enfant aujourd'hui est baigné dans le métissage, certains ont voyagé avant 10 ans plus que leurs grands parents en une vie. Leur monde est ouvert, multilingue, mondial, multiculturel. Un enfant aujourd'hui se moque d'aller en cours dans un bus conduit par un blanc bouddhiste pour ensuite arriver dans une école surveillée par un policier noir chrétien pour suivre des cours d'anglais dispensés par une personne irlandaise protestante avant d'aller prendre un repas préparé par un végétarien et servi par une femme blanche voilée et nettoyée ensuite par une personne asiatique athée. Pourquoi les restreindre? Pourquoi ne pas les laisser grandir en continuant à simplement à dire bonjour et merci à ses personnes de tout horizons avec leurs grands sourires insouciants? Le problème vient de tout ce qu'il reste sur nos tables de Babel, à nous. Laissés là par nos parents, nos grands parents, vestiges du passé. Restes de nourriture avariés, boissons désaltérantes, recettes de familles appréciées que de nous par habitude, desserts délicieux, plat ramené de voyage, spécialité de notre terroir. Une seule solution existe, la seule solution possible. Il faut faire table rase de nos tables de Babel, prendre le temps de s'installer à une table neutre, qui n'est ni la mienne ni celle de la personne en face et oser se parler, franchement, réellement, sincèrement, en reconnaissant que si de l'ignorance naît le mépris, peut être que de la connaissance naîtra la tolérance. oser poser les questions, oser se remettre en question, oser partager et admettre que nous ne savons pas tout. Si une personne peut s'asseoir à une table face une femme voilée et lui poser les questions profondes qu'elle se pose : est ce son choix ou la force de l'habitude ou le poids de la communauté? Quand doit elle le porter ou non? Que doit il cacher ou non? Et la femme voilée pourra apporter des réponses, mais aussi des questions en retour: en quoi mon voile vous dérange plus qu'un chapeau, un piercing dans le nez ou un tatouage de tête de mort sur le bras? Ma religion me dis que si je ne porte pas le voile je ne goûterais pas au paradis, seriez vous prête à refuser que votre enterrement soit fait dans une Eglise ou refuser les derniers sacrements si l'Etat décidait que c'est mal? Une femme qui pourrait s'asseoir face à un homme juif et lui demander : qu'est ce vraiment que manger casher? Si il tombait amoureux là, au cours de cette discussion, que ferait il sachant qu'elle n'est pas juive? et lui pourrait lui demander sa vision d'athée. Et ce pendant qu'à une autre table son épouse juive pourrait demander à une femme allemande si elle sent le poids d'un quelconque héritage du passé 3 générations après la déportation. Plus loin une table à laquelle une personne âgée pourrait échanger face un homme tatoué et piercé. À côté de celle où un jeune fait le tour des tables pour poser des questions sur la politique. Juste derrière celle où une femme qui doute peux poser toute ses questions sur la grossesse à une femme au ventre bien rond. Tout cela pendant qu'un jeune homme échange avec un plus vieux en lui écrivant la poésie d'un texte de rap avant que celui ci ne lui conseille l'écoute d'un compositeur classique avant que les deux se rendent compte de leur sympathie pour un groupe qui date un peu mais qui représente la jeunesse du plus vieux et qu'ils se retrouvent à partager un écouteur en l'écoutant ensemble. Alors qu'au loin s'en vont un hétérosexuel et un homosexuel vont partager un café pour continuer à discuter de leur passion commune pour les vieilles voitures. Pendant qu'un papa quarantenaire promène son petit dernier en répondant à des questions sur ce que c'est qu'être père aujourd'hui pendant que lui pose des questions à un homme de trente ans ce que l'on ressent en faisant le ramadan. Chaque personne quittant une table entendant un "son de cloche de plus". Faisant table rase des tables de Babel. Ce n'est pas à nos enfants de nous ressembler le plus possible, nous même ne sommes pas des clones de nos parents, mais peut être qu'il serait bon de tenter de nous rapprocher un peu plus du regard d'un enfant à nouveau, innocent et sans préjugés. J'espère que cette lettre ouverte trouvera écho chez certains. Ceux qui croient encore que quelque chose est possible. Qu'un jour il faudra arrêter de dire "je sais pas où l'on va mais on y va". Ceux qui ressentent encore l'envie d'aller vers l'autre. Ceux qui refusent qu'on leur impose une pensée unique sans aller vérifier les faits. Ceux qui refusent de n'entendre qu'un son. Ceux qui veulent pouvoir se dire qu'ils ont fait le maximum. Ceux qui souhaite laisser quelque chose de meilleur à leurs enfants. Ceux qui en ont assez qu'on leur dise qu'ils sont trop gentils alors qu'ils veulent juste croire à autre chose. Chacun d'entre nous, peu importe sa couleur de peau, sa "race", sa religion, son passé, n'inspire qu'à des choses simples. Nous voulons tous que notre famille soit en sécurité, je ne peux pas concevoir qu'un homme au fin fond de la savane africaine ou en haut d'un gratte ciel de Manhattan puisse en espérer autrement, que ce soit derrière une porte blindée ou une barrière de branches épineuses. Nous souhaitons que les nôtres ne manquent de rien, qu'ils soient à l'abri du besoin. Des parents se priveront toujours de l'essentiel pour assurer le minimum vital à leurs enfants, quitte à se mettre eux mêmes en danger, ne pas dormir, ne pas manger, prendre des risques. Nous voulons tous être respectés et que les nôtres le soient aussi. Au final tout cela soulève une question, est ce que chaque soir chacun n'est il pas satisfait de partager son repas en famille, qu'il soit policier ou dealer? N'avons nous pas peur pour les nôtres quand le téléphone sonne en pleine nuit, que l'on entend du bruit dans la maison? Ne sommes nous pas tous à ne dormir que d'un œil et veiller nos enfants malades que nous soyons de n'importe quelle religion? Ne pleurons nous pas tous nos morts? N'avons nous pas tous vécu des choses traumatisantes à différents niveaux? Nous sommes unis dans nos différences, par le fait qu'elles sont toutes différentes mais néanmoins universelles. Les cartels qui se réunissent et prennent soins d'eux telles des familles, les jeunes qui se regroupent dans les halls sont ils pires que les vieux qui se regroupent aux terrains de pétanques pour discuter? Les hommes qui passent leurs journées aux bars pour parler de foot sont ils pires que les femmes qui se retrouvent autour d'un verre pour parler de sexe? Celui qui pose le front au sol, n'a t'il pas la même dévotion que celui qui fait signe de croix? La mère célibataire qui a fait le choix d'élever seule ses enfants doit elle être jugée avec un autre regard que la veuve qui ne l'a pas voulu? Un peuple qui n'écoute pas son gouvernement doit il être jugé plus durement que le gouvernement qui n'écoute pas son peuple? L'adolescent vierge qui se sent attiré par un homme de même sexe doit il être jugé plus sévèrement que le couple marié qui aime l'échangisme? La femme qui s'habille sexy par choix doit elle être jugé plus sévèrement que celle qui doit s'habiller ainsi à contrecœur parce que c'est le style de l'entreprise pour attirer les clients? Aucun de nous ne peut être parfait aux yeux de tous et il y aura toujours quelqu'un pour nous juger tant que nous jugerons nous même les autres sans les connaître. J'invite toute personne à partager une table rase et à oser poser ses questions, comme dans le secret de la confidence, en terrain neutre et à se faire sa propre opinion. J'espère que cette lettre sera publiée, partagée, amplifiée, j'invite n'importe quelle personne courageuse à la traduire et à continuer à la faire vivre. Je veux qu'elle reste anonyme, n'appartenant à personne, comme un écho qui rebondit indépendamment de celui qui à poussé le premier cri. L'idée plus puissante que l'homme sous le masque. Je souhaite du fond du cœur que cela prenne de l'ampleur, qu'un jour en me promenant en ville, je vois deux personnes échanger sincèrement à une table. Je souhaite voir un jour un événement Facebook des table de Babel où les gens se donneront rendez vous pour échanger amenant des tables de camping, improvisant assis sur une nappe de pique-nique, inondant la place centrale d'un village. Je souhaite profondément avoir la fierté secrète de voir ces mots prendre un vrai sens. Cela ne tient qu'à vous de leur donner un sens, d'écouter d'autres sons de cloches. Je considérerais chaque signature comme une personne de plus prête a accepter de remettre son regard en question. Il est temps de faire table rase...

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