AESH EN COLERE : LES INVISIBLES DE L'EDUCATION NATIONALE

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Nous, A.E.S.H, les accompagnant.e.s d’élèves en situation de handicap, sommes en colère. Une majorité des 35 A.E.S.H de l’E.R.E.A. (Etablissement Régional d’Enseignement Adapté) d’Eysines en Gironde est en grève depuis le 30 septembre, soutenue par les personnels de l’établissement, grève reconductible qui reprend lundi 7 octobre. D’autres manifestations importantes d’A.E.S.H. ont lieu partout en France. Le mouvement grandit de jour en jour. Nous luttons pour nos conditions de travail que la circulaire de Jean-Michel Blanquer dans le cadre de la loi sur l’École de la confiance, a encore dégradées davantage. Nous voulons la reconnaissance de notre métier, un statut et un salaire décent. Nous voulons travailler efficacement et sereinement auprès des élèves que nous accompagnons. Nous refusons la mutualisation à outrance et la mise en place des P.I.A.L. (Pôles Inclusifs d’Accompagnement Localisé) dont l’EREA est un exemple patent. Notre nombre à l’EREA est notre force, nous voulons par notre grève impulser de l’énergie à nos collègues, souvent beaucoup plus isolé.e.s que nous, en Gironde, en Nouvelle-Aquitaine, en France.


Depuis la loi de 2005 sur le handicap, les A.E.S.H., anciennement A.V.S. (auxiliaires de vie scolaire) travaillent aux côtés d’élèves porteurs de handicaps pour leur faciliter l’accès aux apprentissages en compensant leurs handicaps. C’est le cœur de notre métier. Or, depuis le début, ce travail donne lieu à une exploitation de cette catégorie de personnel. Depuis le début, il faut se battre pour obtenir quelques petites avancées : la cédéisation, la création d’un diplôme au rabais qui reflète si peu le métier d’AVS et qui n’est d’ailleurs pas utile pour être recruté.e, la généralisation des CDD de 3 ans. En revanche, il faut toujours 6 ans de contrats à durée déterminée pour pouvoir être cédéisé.e. La précarité est toujours présente. Beaucoup d’AESH ont bénéficié de contrats aidés, non reconnus pour la cédéisation. C’est pourtant le même travail. Certain.e.s cumulent parfois jusqu’à 15 ans de CDD.


Non contents de nous maintenir dans la précarité, l’Éducation nationale nous paie avec un lance-pierre. La grille indiciaire des AESH donne envie de pleurer Ils nous imposent des temps partiels, rares sont ceux qui ont un temps plein (41h/semaine) avec le seul smic pour vivre. Les autres ont souvent 2 emplois, vivent des aides sociales ou sont soutenu.e.s financièrement par leurs familles quand c’est possible. Les moins chanceux survivent. Ce sont beaucoup de femmes seules qui exercent ce métier, chargé.e.s de familles pour nombre d’entre elles. Les vacances n’en sont pas, souvent occupées à travailler, pour boucler les fins de mois durant l’année.
Pour cacher la misère, notre employeur a créé le poste de référent AESH. A moitié formateur, à moitié AESH, ils ont toujours la même paye. De telles perspectives d’avenir font fuir beaucoup de nos collègues qui ne croient plus en ces lendemains
qui chantent faux. Ca ira mieux dans un an ou deux, nous assurent les pontes du rectorat, persuadés de la validité de leurs actions.

Nous AESH, plusieurs milliers en France quand même, pensons que dès à présent ça ne va pas mieux du tout.

Dès juin, à la parution de la circulaire, nous savions que la rentrée serait difficile. Déjà, l’année dernière, nos supérieurs hiérarchiques louaient les vertus de la mutualisation et la sécurisation du travail par les PIAL. Ils oubliaient de dire que la demande croissante d’accompagnements avait un coût. Comment faire des économies en rassurant tout le monde ? Par la création des PIAL, la mutualisation des AESH et un net renforcement des heures d’accompagnement mutualisé pour les élèves. Le PIAL regroupe plusieurs établissements scolaires sur un secteur de 40 km et a pour objectif la souplesse dans l’organisation de l’accompagnement humain. Les AESH sont donc mobilisables et interchangeables dans le secteur du PIAL. Peu importe la route à faire, l’organisation de leur vie privée, ce qu’ils pensent de leur travail devenu inefficace car ils doivent suivre trop d’élèves, parfois en même temps. L’AESH est un fusible, une variable d’ajustement, dont on pourrait penser qu’il/elle est juste bon.ne à faire acte de présence. Quant aux élèves, à qui l’on a retiré un nombre d’heures conséquent, ils sont soudain devenus autonomes, accompagnés par qui se présentera, obligés de se débrouiller seuls, sans suivi précis et efficace. Peu importe s’ils ont du mal à s’adapter à des accompagnant.e.s trop changeant.e.s. Peu importe s’il en coûte pour leur scolarité. Les professeurs verront défiler dans leurs classes diverses personnes, obligés de réexpliquer, plus attentifs encore aux besoins de ces élèves alors qu’ils ont déjà des classes surchargées.


A l’EREA, qui fonctionne comme un mini-PIAL, nous nous battons depuis des années pour garder le peu d’avantages acquis. Nous accueillons des élèves porteurs de handicaps variés et parfois très lourds, nous voyons des parents se battre contre l’institution pour que leurs enfants voient leur accompagnement respecté ou tout simplement avoir un accompagnement. Nous avons la chance d’être dans un établissement à taille humaine, tout le monde se connaît, cela facilite les relations et les accompagnements. Malgré tout, nous suivons un nombre d’enfants important. Nous devons, à chaque fois, nous adapter à des apprentissages différents suivant les classes, à des handicaps différents suivant les élèves pour lesquels nous n’avons que très peu d’informations, ce qui est un comble pour des gens censés compenser le handicap. Nous avons le droit d’assister à certaines réunions mais ces heures de travail invisibles que nous voulions faire reconnaître ne sont pas nommées et cadrées et risquent d’être englouties sous le flot d’heures supplémentaires dont l’Éducation nationale nous découvre soudainement redevables. Nous devrions travailler 3 semaines de plus sans augmentation de salaire. Outre l’accompagnement en classe, nous notons les tentatives successives pour faire de nous des surveillant.e.s, des infirmier.e.s, des éducateur.ice.s spécialisé.e.s mais surtout des aide-soignant.e.s. A l’heure actuelle, ils nous prêteraient volontiers à l’IEM en face pour que l’on fasse leur travail d’aide-soignant.e.s. Cherchez l’erreur !
J’oubliais, dans les beaux discours de notre ministre, les AESH appartiennent à la communauté éducative, c’est chouette, on a tous une adresse professionnelle, zut on n’a pas de code pour la photocopieuse, on a dû nous oublier sur le bord du chemin !

Nous défendons notre existence professionnelle, nous aimons vraiment notre métier, nous voulons le protéger, le développer, le faire reconnaître, il se suffit à lui-même. C’est un métier de relation, exigeant, épuisant, passionnant. Il réclame une formation à sa hauteur, qualifiante et un salaire correct pour vivre dignement, de façon indépendante. Nous voulons que notre parole soit prise en compte, notre expérience reconnue, nous ne voulons être dépendant.e.s de personne, collègues oui. Nous sommes en première ligne, pas vous. Nous savons comment exercer notre métier, nous en parlons mieux que quiconque. Nous travaillons, nous ne sommes pas des assisté.e.s.
Nous ne voulons plus entendre dans les rectorats de la part de nos interlocuteurs : « Moi aussi quand j’étais jeune j’ai fait des p’tits boulots » « Les contrats aidés vous ont sorti.e.s de la rue » « On ne peut pas rendre visible ce qui est invisible »
Nous ne voulons plus de gens sans contrat pendant des semaines, des gens non payés, payés à moitié, aux 3/4, avec retard…...parce que cette réforme imposée brutalement n’a pas su être anticipée. Les abus de pouvoir et d’interprétation de cette circulaire sont déjà en route…..un mois d’école seulement !

Nous en avons assez de faire un métier difficile, non reconnu et de nous battre en même temps pour notre statut. Nous sommes épuisé.e.s. Mais déterminé.e.s Les AESH sont en colère, avec une énergie de dingue.

Nous voulons un statut de la fonction publique, une reconnaissance de notre métier, un salaire décent, un réexamen de la circulaire Blanquer du 05/06/2019
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