UN CENTRE LGBT CONTRE LES VIOLENCES HOMOPHOBES EN GUADELOUPE

UN CENTRE LGBT CONTRE LES VIOLENCES HOMOPHOBES EN GUADELOUPE

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Quand elle atteindra 1 000 signatures, cette pétition aura plus de chance d'être inscrite comme pétition recommandée !

Lydie SIWSANKER a lancé cette pétition adressée à DILCRAH et à

 

Territoire d'Outre-mer appelé Karukéra par les Amérindiens ou encore « Île aux belles eaux », la Guadeloupe occulte une triste réalité derrière son cadre paradisiaque. Dans cet archipel d’îles du sud de la mer des Caraïbes, la haine, les discriminations et les violences homophobes sont le lot quotidien des personnes LGBT (Lesbien, Gay, Bisexuel, Transgenre). Arbitrairement déchus de leur statut de citoyens, ils subissent un traitement spécial justifié par leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.

Surnommées « makoumé*» pour les hommes et « fanm à zanmi* » pour les femmes, les personnes de la communauté LGBT font, à ce jour, les frais d’un mépris ostensiblement affiché. Elles suscitent le dégoût, les moqueries et se voient taxées de « pervers » ou de « malades mentaux ». Quand elles ne sont pas accusées de s’adonner à des actes de sorcellerie pour nuire à leur entourage, elles sont pourchassées comme des animaux nuisibles, frappées, violées et même tuées.

Les LGBT de Guadeloupe bénéficient de la même protection légale que ceux de l’Hexagone. Pourtant, lorsqu’un jeune homme homosexuel est assassiné (comme Patrice Gélabale), qu’un autre est torturé quelques jours après son coming out ou qu’une lesbienne est violée, personne ne s’en offusque. Pour l’opinion publique, il semble que les victimes n’aient récolté que ce qu’elles méritaient.

De fait, les auteurs de viols et de violences homophobes jouissent d'une impunité quasi totale soigneusement entretenue par la police, la justice et certains élus. Si elles n’ont pas péri sous les coups, les victimes se heurtent de plein fouet au déni de justice et collectionnent les plaintes classées sans suite. Trois personnes peuvent lyncher une lesbienne, lui casser les dents, la massacrer à coups de pied et de poing et poursuivre paisiblement le cours de leurs vies sans jamais être inquiétées. Comble de l’ironie, c’est au contraire la victime qui sera persécutée, brutalisée et harcelée.

Il suffit d’allumer la radio locale (RCI) pour entendre des animateurs stigmatiser le plus librement du monde les homosexuels, les traiter de « violeurs qui pratiquent la sodomie en prison » ou vanter les mérites de thérapies de conversion censées les sauver du mal invisible qui les habite. La récurrence de ces mauvais traitements ne suscite pas la moindre indignation et ne génère aucun effort de sensibilisation aux problématiques des personnes LGBT. Seule l’hétéronormalité est tolérée ; la diversité sexuelle, elle, est sciemment étouffée.

L'homophobie en Guadeloupe est systémique, décomplexée, banalisée. Elle se veut héritière de principes moraux et bibliques ainsi que de coutumes profondément ancrées : « sa pa a dan mès é labitid an nou », autrement dit « Ce n'est pas dans nos mœurs et nos habitudes. » Tout argument en faveur des LGBT se verra toujours opposer la même rengaine : « Dieu a dit : l'homme prendra une femme pour épouse et les deux deviendront une seule chair. » C'est là le message imparable délivré par des religieux exploitant la crédulité de leurs fidèles pour asseoir leur influence.

Lors de mon arrivée en Guadeloupe dix ans auparavant, il n’existait pas de lieux communautaires pour accueillir les LGBT, pas de bars pour se rencontrer, pas de clubs pour sortir en soirée ni d'associations militantes pour notre cause. C'était comme si la population guadeloupéenne ne comptait aucune personne LGBT dans ses rangs. Aujourd’hui, je suis au regret de constater que rien n’a changé.

La lesbienne rouée de coups et violée évoquée plus haut, c'est moi, Lydie. Ce n'est pas par plaisir que je révèle ce drame de ma vie, mais je pense que le silence n'arrangerait rien. Bien au contraire. Ce n’est pas dans les non-dits que la vérité éclatera. J'ai subi ces atrocités uniquement à cause de mon orientation sexuelle, et la police n’a jamais pris en compte mes plaintes ou démarré une enquête.

Les criminels n'ont pas été interrogés, à aucun moment nos versions n'ont été confrontées. Ils sont protégés par la police et par des personnalités puissantes qui entravent toute procédure, à tel point qu’ils ne sont même pas inscrits au fichier judiciaire des auteurs d'infractions sexuelles et violentes. Quant au serrurier assermenté qui leur a fourni les clés de mon domicile, il coule des jours heureux sans avoir à répondre de ses actes devant la justice. Mon affaire a été glissée sous le tapis comme de la poussière que l'on voudrait cacher. Voilà à quoi nous sommes assimilés : à quelque chose de sale dont la seule vision est insupportable.

Me sentant abandonnée, ignorée par ces mêmes personnes censées protéger les victimes, j'ai décidé de créer une association afin de lutter contre les injustices perpétrées envers les LGBT. L'idée est de nous unir face à l’adversité et de faire entendre notre voix. MA DIFFERENCE-LGBT a pour mission d'aider les victimes de haine anti-LGBT, de discriminations, de violences homophobes et de sérophobie. À ce jour, nous ne sommes pas soutenus dans nos actions, mais nous gardons bon espoir que la situation évoluera.

Être LGBT en Guadeloupe en 2020, c'est être un sous-citoyen, un paria, une personne mise au ban de la société à qui l’on refuse tout avenir. C'est être condamné à la dégradation sociale et à la mort. Les personnes LGBT sont enfermées dans un inconfort social et une invisibilité qu'elles entretiennent malgré elles en craignant d’agir. La négation de leur existence et de leurs droits a des conséquences néfastes sur leur état de santé, de la dépression au suicide pur et simple.

Les LGBT redoutent d’être la cible de représailles s'ils s'affichent. C’est pour cette raison qu’on ne verra jamais deux hommes ou deux femmes se tenir par la main ou s'embrasser en pleine rue. En somme, pour vivre sereinement en Guadeloupe, il faut vivre caché. Faire une entorse à cette convention tacite, c’est s’exposer au harcèlement criminel en réseau* et aux persécutions incessantes d’une « milice anti-makoumè » qui s’échinera par tous les moyens à vous nuire, à vous faire quitter le territoire ou à vous pousser au suicide. Elles exercent une pression psychologique constante en harcelant la victime de jour comme de nuit afin de la maintenir dans le plus strict isolement.

C'est pour lutter contre cette haine diffuse que l’inauguration d'un centre LGBT nous apparaît aujourd’hui indispensable en Guadeloupe. Ce lieu se présentera comme un temple de la solidarité. Des groupes de parole pour exprimer son vécu ainsi que des permanences psychologiques, juridiques et sociales y seront proposés. Un conseiller en insertion socioprofessionnelle aidera également ceux qui en éprouvent le besoin à trouver leur place dans la société.

À travers cette initiative, nous souhaitons créer un centre de socialisation, d'accueil et d'écoute pour les jeunes, les femmes, les hommes, les seniors LGBT et toute personne s’interrogeant sur notre communauté. L’assistance aux jeunes homosexuels représente à l’heure actuelle une priorité absolue. Le risque de suicide chez les jeunes hommes LGBT est en effet quatre fois plus élevé que chez les hétérosexuels du même sexe et du même âge.

Les autres minorités de genre, telles que les personnes trans et les non-binaires sont quant à elles quasiment invisibles.

Les femmes lesbiennes sont, elles aussi, particulièrement vulnérables. On leur prête volontiers une addiction à la chair et une disponibilité sexuelle. En l’absence de figures masculines sur son lieu de vie, la lesbienne se retrouve à la merci d'individus mal intentionnés et se voit contrainte de lutter jour après jour pour résister aux pressions homophobes. Il existe un risque élevé que ses agresseurs tentent de la soumettre par des viols, des persécutions, des insultes ou des violences physiques.

En Guadeloupe, l'acceptation des LGBT demeure extrêmement fragile : 45 % de la population tolère l’amour entre deux hommes ou deux femmes, mais 55 % s’oppose fermement à toute inclusion des personnes LGBT dans la société. Ces dernières persistent à être perçues comme une menace à l’encontre des valeurs traditionnelles de la famille : beaucoup considèrent que le mariage est une institution unissant exclusivement un homme et une femme ou encore qu’un enfant doit grandir avec ses parents biologiques. À ce titre, les familles homoparentales sont pointées du doigt, et il n'est pas rare de voir la garde d'un enfant contestée si le parent concerné est LGBT. Tant et si bien que, pour conserver non seulement la garde de sa progéniture mais aussi son emploi, ce dernier n’aura d’autre choix que de dissimuler son appartenance à la communauté LGBT.

Il est urgent que ces abus soient endigués et que les mentalités évoluent en Guadeloupe. La population doit être éduquée par des plaidoyers dans tous les milieux : scolaire, professionnel, loisirs. L’inclusion des personnes LGBT souffre d’un sérieux retard et s’apparente à celle des personnes handicapées il y a trente ans. En 2020, l'homosexualité suscite encore les mêmes peurs irrationnelles et est toujours désignée comme le fruit des mœurs et pratiques déviantes importées par la colonisation.

Le centre incarnera ainsi une lueur d’espoir, un phare dans la nuit. Dans la quasi-totalité des îles environnantes, comme la Barbade, la Jamaïque, Haïti et la Dominique, l’homosexualité et la sodomie sont fermement condamnées par des lois liberticides. En cas de dénonciation, les LGBT risquent au mieux la prison, au pire la peine de mort. Le centre LGBT s’emploiera à déconstruire les stéréotypes et à prouver que la tolérance est préférable à la répression.

Nous appelons donc toutes les personnes LGBT à participer à la construction de leur communauté et toutes les personnes hétérosexuelles à entamer une réflexion sur l'inclusion des personnes LGBT en Guadeloupe.

Nous souhaitons que le centre soit un lieu d'éducation sur la diversité sexuelle et d'épanouissement pour les LGBT.

Vous aussi, vous pouvez apporter votre pierre à l’édifice en signant la pétition pour un centre LGBT en Guadeloupe. Partagez le lien et n'hésitez pas à nous contacter pour obtenir plus d'informations sur notre cause… ou pour nous rejoindre !

Lydie Siwsanker, Présidente de l'association MA DIFFERENCE-LGBT

*Le « harcèlement criminel en réseau » est un phénomène criminel apparu aux États-Unis. Il consiste à harceler quotidiennement une victime pour la pousser au suicide. Les États-Unis ont déjà légiféré tout comme le Canada à la suite du décès d’Amanda Todd. En France, la reconnaissance du harcèlement criminel en réseau comme nouveau mode opératoire criminel n'est pas à l'ordre du jour.

* En créole, makoumé signifie « homosexuel » ou « homme-femelle » : c’est le terme le plus injurieux que l’on puisse utiliser aux Antilles pour désigner un homme. Il est aussi employé pour les lesbiennes assimilées à des hommes.

* En créole, fanm à zanmi signifie « femme ayant des amies » pour ne pas dire amantes.

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Site Web de l'association MA DIFFERENCE-LGBT : https://www.madifferencelgbt.fr/

Lien de la pétition « Un Centre LGBT contre les violences homophobes en Guadeloupe » : http://chng.it/Kpn25sKkXP

Lydie Siwsanker :  lsiwsanker@gmail.com

Nous contacter : contact@madifferencelgbt.fr

#ma-difference-lgbt 

#homophobie

#lgbt

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