Tribune acteur​.​ices / Actors Tribune

Le problème

(French and English version)

Le cinéma français a intégré un système dysfonctionnel qui broie et anéantit.

Nous le savons depuis longtemps, nous en sommes les victimes et les témoins quotidiens. C’est parce que nous aimons passionnément notre métier que nous prenons la parole aujourd’hui.

Nous subissons bien trop souvent des agressions sexuelles, du harcèlement moral et du racisme au sein même de nos lieux de travail. Lorsque nous avons le courage de parler ou demander de l’aide nous nous entendons trop souvent dire : « Tais toi s’il te plait, pour la vie du film. » Il arrive même que des producteur.ices soient prêt.es à acheter notre silence. Ces formes de violences font partie de notre quotidien, on a même tenté de nous faire croire que cela faisait partie du métier. Il est temps que cela change, et cela ne peut se faire que si nous sommes entendu.es aux plus hautes places du pouvoir du cinéma français. Nous ne pouvons pas dire que ce soit le cas pour l’instant.

Nous sommes profondément indigné.es et refusons de garder le silence face aux positionnements politiques affichés par le festival de Cannes. Nous refusons d’être associé.es aux décisions prises ces dernières semaines. En déroulant le tapis rouge aux hommes et aux femmes qui agressent, le festival envoie le message que dans notre pays nous pouvons continuer d’exercer des violences en toute impunité, que la violence est acceptable dans les lieux de création. Il est temps que le cinéma français cesse d’apporter son soutien aux personnes qui abusent de leurs positions de pouvoir.

Évidemment, la place que l’on offre aux personnes qui abusent, harcèlent, violentent, sur le tapis rouge de ce festival, ne vient pas de nulle part. C’est symptomatique d’un système global mis en place depuis des générations. C’est un système basé sur les principes de domination et de silenciation. La silenciation  de toutes celles et ceux qui travaillent dans le milieu du cinéma et qui n’osent prendre la parole par peur des impacts sur leurs carrières, leurs productions, leurs postes. Cette peur est un verrou puissant.

Nous voulons faire entendre une autre voix, celle de femmes et d’hommes qui soutiennent les techniciens et techniciennes, les acteurs et les actrices qui dénoncent les violences, les journalistes qui publient ces enquêtes. Nous connaissons le milieu du cinéma, nous vous croyons, nous ne voulons plus nous taire, nous vous soutenons.

Adèle Haenel a récemment rappelé qu’elle a « décidé de politiser son arrêt du cinéma ». C’est une décision que nous comprenons et soutenons. Nous ne pouvons que déplorer le fait que ce milieu soit toxique au point de vouloir le quitter  totalement. Nous profitons de cette tribune pour dire avec elle : « la HONTE ».

Nous savons qu’une autre façon de fonctionner est possible, que les avancées qu’apporte un mouvement comme celui de #MeToo offrent la perspective d’un monde dans lequel nous pourrons enfin tous et toutes travailler sans peur et offrir des films qui porteront l’enthousiasme d’une génération qui refuse les rapports de domination .

Notre voix ne fait que naître.

 

French cinema has become a dysfunctional system that crushes and destroys. We have known this for a long time, we are its daily victims and witnesses. It is because we love our  industry so passionately that we are speaking out today.

All too often we suffer sexual aggression, emotional harassment and racism at the very heart of our places of work. When we have the courage to speak up or ask for help we are too often told: “Please be quiet, for the sake of the film.” Sometimes even producers, both male and female, are prepared to buy our silence. These kinds of violence are part of our everyday experience - we have even been led to believe that they’re part of the job. It’s time for change, and that can’t happen unless we are heard at the very highest level of power in French cinema. As we write, this is far from being the case. 

We are deeply outraged and refuse to remain silent in the face of the toxic politics espoused by the Cannes Film Festival. We refuse to be associated with the decisions taken in recent weeks. In rolling out the red carpet for male and female aggressors, the Festival is sending out the message that in France we can continue to perpetrate violence with full impunity, that violence is acceptable in creative spaces. It is time that French cinema stops lending its support to people who abuse their positions of power.

Clearly, inviting with open arms people who abuse, harass and rape, to walk the red carpet at the Festival doesn’t come out of nowhere. It’s symptomatic of a global system that has been operating for generations. It’s a system based on principles of power and silencing. The silencing of all those men and women working in the film industry who daren’t speak out for fear of the impact on their careers, their projects, their jobs. This fear is a powerful blockade.

We want another voice to be heard, that of the men and women who support the creators, actors and actresses who denounce violence, the journalists who publish investigations. We know the film industry, we believe you, we do not want to silence you any further, we support you.

Adèle Haenel recently said that she “decided to politicise her departure from cinema.” This was a political decision that we understand and support. We can only deplore the fact that the industry is toxic to the point of her wishing to quit completely. We are using this forum to declare alongside her: “SHAME”.

We know that there is another way of working, that the progress brought by a movement like #MeToo offers the prospect of a world where we will finally be able to work without fear and to create films that will garner praise from a generation that refuses relationships dictated by power.

We are only just getting started. 

 

Signataires
Ariane Labed
Clotilde Hesme
Louise Chevillotte
Daphné Patakia
Megan Northam
Mara Taquin
Luna Ribeiro
Luana Duchemin
Maud Wyler
Alma Jodorowsky
Noée Abita
Ji-Min Park
Louise Orry Diquero
Julia Faure
Marie Denarnaud
Felix Maritaud
Solène Rigot
Bastien Bouillon
Anthony Bajon
Florence Loiret Caille
Maximilien Seweryn
Liv Henneguier
Estelle Meyer
Olivia Ross
Jérémie Renier
Caroline Ducey
Valerie Crouzet
Judith Davis
Alice Issaz
Muriel Combeau
Guslagie Malanda
Valentine Cadic
Bérénice Coudy
Christine Citti
Corentin Fila
Nejma Ben Armor
Emmanuel Noblet
Nahuel Perez Biscayart
Alice de Lencquesaing
Camille Chamoux
Lola Bessis
Agathe Bonitzer
Clément Métayer
Timothée Robart
Swann Arlaud
Anna Mouglalis
Marie Papillon
Pauline Etienne
Julie Gayet
Romane Bohringer
Jonathan Couzinié
Camille Claris
Eurydice El-Etr
Manda Touré
Stanley Weber
Galatéa Bellugi
Alba Gaïa Bellugi
Vahina Giocante
Clara Ponsot
Sabrina Seyvecou
Louise Coldefy
Lina El Arabi
Constance Rousseau
Adeline Moreau
Caroline Proust
Marianne Denicourt
Assa Sylla
Victor Bonnel
Leo Chalié
Finnegan Oldfield
Arnaud Valois
Géraldine Nakache
Laika Blanc Francard
Dimitri Doré
Sigrid Bouaziz
Bérangère Mc Neese
Arthur Choisnet
Eliam Mohammad
Matthieu Rano
Marie Colomb
Tobias Nuytten
Matthieu Lucci
Melvin Boomer
Tracy Gotoas
Anne Benoit
Laura Sepul
Karina Testa
Félix Kyssyl
Manuel Severi
Fantine Harduin
Zita Hanrot
Lilith Grasmug
Axel Auriant
Léna Garrel
Makita Samba
Grace Seri
Sophie Cattani
Naidra Ayadi
Stéphanie Cléau
Zinedine Soualem
Jonas Bachan
Victoire Du Bois
Jenna Thiam
Massimo Riggi
Gerard Watkins
Ophélie Bau
Naëlle Dariya
Melissa Guers
Anne Azoulay
Laure Calamy
Clémentine Poidatz
Ornella Fleury
Adama Diop
Annabelle Lengronne
Laurence Cordier
Claire Dumas
Sophie Duez
Delia Espinat Dief
Giorgia Sinicorni
Lola Naymark
Agathe Drone
Lena paugam
Ava Baya
Valérie Dréville                                                                                                         

 

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Le problème

(French and English version)

Le cinéma français a intégré un système dysfonctionnel qui broie et anéantit.

Nous le savons depuis longtemps, nous en sommes les victimes et les témoins quotidiens. C’est parce que nous aimons passionnément notre métier que nous prenons la parole aujourd’hui.

Nous subissons bien trop souvent des agressions sexuelles, du harcèlement moral et du racisme au sein même de nos lieux de travail. Lorsque nous avons le courage de parler ou demander de l’aide nous nous entendons trop souvent dire : « Tais toi s’il te plait, pour la vie du film. » Il arrive même que des producteur.ices soient prêt.es à acheter notre silence. Ces formes de violences font partie de notre quotidien, on a même tenté de nous faire croire que cela faisait partie du métier. Il est temps que cela change, et cela ne peut se faire que si nous sommes entendu.es aux plus hautes places du pouvoir du cinéma français. Nous ne pouvons pas dire que ce soit le cas pour l’instant.

Nous sommes profondément indigné.es et refusons de garder le silence face aux positionnements politiques affichés par le festival de Cannes. Nous refusons d’être associé.es aux décisions prises ces dernières semaines. En déroulant le tapis rouge aux hommes et aux femmes qui agressent, le festival envoie le message que dans notre pays nous pouvons continuer d’exercer des violences en toute impunité, que la violence est acceptable dans les lieux de création. Il est temps que le cinéma français cesse d’apporter son soutien aux personnes qui abusent de leurs positions de pouvoir.

Évidemment, la place que l’on offre aux personnes qui abusent, harcèlent, violentent, sur le tapis rouge de ce festival, ne vient pas de nulle part. C’est symptomatique d’un système global mis en place depuis des générations. C’est un système basé sur les principes de domination et de silenciation. La silenciation  de toutes celles et ceux qui travaillent dans le milieu du cinéma et qui n’osent prendre la parole par peur des impacts sur leurs carrières, leurs productions, leurs postes. Cette peur est un verrou puissant.

Nous voulons faire entendre une autre voix, celle de femmes et d’hommes qui soutiennent les techniciens et techniciennes, les acteurs et les actrices qui dénoncent les violences, les journalistes qui publient ces enquêtes. Nous connaissons le milieu du cinéma, nous vous croyons, nous ne voulons plus nous taire, nous vous soutenons.

Adèle Haenel a récemment rappelé qu’elle a « décidé de politiser son arrêt du cinéma ». C’est une décision que nous comprenons et soutenons. Nous ne pouvons que déplorer le fait que ce milieu soit toxique au point de vouloir le quitter  totalement. Nous profitons de cette tribune pour dire avec elle : « la HONTE ».

Nous savons qu’une autre façon de fonctionner est possible, que les avancées qu’apporte un mouvement comme celui de #MeToo offrent la perspective d’un monde dans lequel nous pourrons enfin tous et toutes travailler sans peur et offrir des films qui porteront l’enthousiasme d’une génération qui refuse les rapports de domination .

Notre voix ne fait que naître.

 

French cinema has become a dysfunctional system that crushes and destroys. We have known this for a long time, we are its daily victims and witnesses. It is because we love our  industry so passionately that we are speaking out today.

All too often we suffer sexual aggression, emotional harassment and racism at the very heart of our places of work. When we have the courage to speak up or ask for help we are too often told: “Please be quiet, for the sake of the film.” Sometimes even producers, both male and female, are prepared to buy our silence. These kinds of violence are part of our everyday experience - we have even been led to believe that they’re part of the job. It’s time for change, and that can’t happen unless we are heard at the very highest level of power in French cinema. As we write, this is far from being the case. 

We are deeply outraged and refuse to remain silent in the face of the toxic politics espoused by the Cannes Film Festival. We refuse to be associated with the decisions taken in recent weeks. In rolling out the red carpet for male and female aggressors, the Festival is sending out the message that in France we can continue to perpetrate violence with full impunity, that violence is acceptable in creative spaces. It is time that French cinema stops lending its support to people who abuse their positions of power.

Clearly, inviting with open arms people who abuse, harass and rape, to walk the red carpet at the Festival doesn’t come out of nowhere. It’s symptomatic of a global system that has been operating for generations. It’s a system based on principles of power and silencing. The silencing of all those men and women working in the film industry who daren’t speak out for fear of the impact on their careers, their projects, their jobs. This fear is a powerful blockade.

We want another voice to be heard, that of the men and women who support the creators, actors and actresses who denounce violence, the journalists who publish investigations. We know the film industry, we believe you, we do not want to silence you any further, we support you.

Adèle Haenel recently said that she “decided to politicise her departure from cinema.” This was a political decision that we understand and support. We can only deplore the fact that the industry is toxic to the point of her wishing to quit completely. We are using this forum to declare alongside her: “SHAME”.

We know that there is another way of working, that the progress brought by a movement like #MeToo offers the prospect of a world where we will finally be able to work without fear and to create films that will garner praise from a generation that refuses relationships dictated by power.

We are only just getting started. 

 

Signataires
Ariane Labed
Clotilde Hesme
Louise Chevillotte
Daphné Patakia
Megan Northam
Mara Taquin
Luna Ribeiro
Luana Duchemin
Maud Wyler
Alma Jodorowsky
Noée Abita
Ji-Min Park
Louise Orry Diquero
Julia Faure
Marie Denarnaud
Felix Maritaud
Solène Rigot
Bastien Bouillon
Anthony Bajon
Florence Loiret Caille
Maximilien Seweryn
Liv Henneguier
Estelle Meyer
Olivia Ross
Jérémie Renier
Caroline Ducey
Valerie Crouzet
Judith Davis
Alice Issaz
Muriel Combeau
Guslagie Malanda
Valentine Cadic
Bérénice Coudy
Christine Citti
Corentin Fila
Nejma Ben Armor
Emmanuel Noblet
Nahuel Perez Biscayart
Alice de Lencquesaing
Camille Chamoux
Lola Bessis
Agathe Bonitzer
Clément Métayer
Timothée Robart
Swann Arlaud
Anna Mouglalis
Marie Papillon
Pauline Etienne
Julie Gayet
Romane Bohringer
Jonathan Couzinié
Camille Claris
Eurydice El-Etr
Manda Touré
Stanley Weber
Galatéa Bellugi
Alba Gaïa Bellugi
Vahina Giocante
Clara Ponsot
Sabrina Seyvecou
Louise Coldefy
Lina El Arabi
Constance Rousseau
Adeline Moreau
Caroline Proust
Marianne Denicourt
Assa Sylla
Victor Bonnel
Leo Chalié
Finnegan Oldfield
Arnaud Valois
Géraldine Nakache
Laika Blanc Francard
Dimitri Doré
Sigrid Bouaziz
Bérangère Mc Neese
Arthur Choisnet
Eliam Mohammad
Matthieu Rano
Marie Colomb
Tobias Nuytten
Matthieu Lucci
Melvin Boomer
Tracy Gotoas
Anne Benoit
Laura Sepul
Karina Testa
Félix Kyssyl
Manuel Severi
Fantine Harduin
Zita Hanrot
Lilith Grasmug
Axel Auriant
Léna Garrel
Makita Samba
Grace Seri
Sophie Cattani
Naidra Ayadi
Stéphanie Cléau
Zinedine Soualem
Jonas Bachan
Victoire Du Bois
Jenna Thiam
Massimo Riggi
Gerard Watkins
Ophélie Bau
Naëlle Dariya
Melissa Guers
Anne Azoulay
Laure Calamy
Clémentine Poidatz
Ornella Fleury
Adama Diop
Annabelle Lengronne
Laurence Cordier
Claire Dumas
Sophie Duez
Delia Espinat Dief
Giorgia Sinicorni
Lola Naymark
Agathe Drone
Lena paugam
Ava Baya
Valérie Dréville                                                                                                         

 

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Pétition lancée le 15 mai 2023