Soutien à Mamadou, réfugié guinéen sur le point d'être expulsé

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Parcours de Mamadou & suite | Merci à tous !

Chers signataires,

Lorsque nous avons lancé cette pétition, nous pensions tout au plus convaincre quelques centaines de personnes de se joindre à nous pour soutenir Mamadou dans son injuste incarcération. Vous êtes désormais près de 4000 à nous avoir rejoints et nous vous remercions du fond du coeur.

Vous êtes également nombreux à nous avoir demandé de ses nouvelles. Nicolas et Carmen, qui ont accueilli et vécu avec Mamadou depuis lors rencontre au parc Maximilien, ont rédigé un texte décrivant son parcours de manière plus détaillée, ainsi que ce que Mamadou et de nombreux autres détenus du centre 127bis vivent désormais au quotidien.

Ces hommes, femmes, et -depuis peu- enfants ne sont coupables que d'être nés dans un endroît où il ne fait pas bon naître. Au-delà de notre combat pour la liberté de Mamadou, c'est un combat contre ce système cruel et inhumain que nous menons actuellement.

Le parcours détaillé de Mamadou ainsi que la suite de son jugement se trouvent donc ci-dessous et nous vous invitons à lire la suite pour plus d'informations.

La suite en résumé :

Mamadou n'a pas pris l'avion ce 22 août car l'état belge a fait appel suite à la décision du Tribunal stipulant que Mamadou avait été incarcéré abusivement. La décision est donc reportée à dans +- 2 semaines. 

Encore merci pour votre soutien,

La famille belge de Mamadou

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 Mamadou est né à Conakry en Guinée. Sa maman est décédée lorsqu’il était enfant. Lui et son frère de 24 ans ont été élevés par leur papa, un petit commerçant peul. En 2017, Mamadou avait 17 ans, son père a été assassiné, probablement pour des raisons politiques.

 Son frère et lui ont pris peur, ils se sont enfuis avec un peu d’argent. Ils se sont retrouvés dans les camps libyens où ils ont connu l’horreur absolue. Avant d’embarquer pour la traversée de la Méditerranée, son frère et lui ont été cagoulés et séparés. Depuis lors, avec l’aide du service tracing de la Croix-Rouge, Mamadou essaie, sans succès jusqu’à présent, de le retrouver.

 Mamadou a débarqué en Sicile en ayant vécu les pires craintes de se noyer (il ne sait pas nager). On lui a pris ses empreintes digitales mais il n’a signé aucune demande d’asile en Italie. Comme beaucoup de migrants, Mamadou, à son arrivée en Belgique, s’est retrouvé au parc Maximilien à Bruxelles.

 Notre famille l’y a recueilli en janvier 2018, il venait d’avoir 18 ans. Mamadou souhaitant s’établir dans un pays francophone, nous n’avons eu aucune difficulté à la convaincre de demander l’asile politique en Belgique. Via un avocat, sa demande d’asile fut introduite en Français, langue qu’il parle couramment. Depuis lors il réside officiellement chez nous ; il a reçu une carte de résident de la commune d’Anderlecht.

 Ce jeune homme est intelligent, il bénéficie d’une très bonne mémoire et a la ferme volonté d’apprendre, de se scolariser. Il a suivi tous les jours les formations dispensées par la Plateforme citoyenne. En outre, il a participé gratuitement aux cours de boxe dans une association sportive ; Mamadou a toujours été très assidu.

 Mamadou a décidé de suivre toutes les procédures et recours légaux mais de ne jamais devenir un illégal recherché par la police.

 Il s’est, depuis son arrivée en Belgique, présenté scrupuleusement à tous les rendez-vous fixés par l’Office des étrangers. Lors de la dernière rencontre, fixée le 25 juillet, il a reçu pour la première fois un ordre de quitter le territoire pour l’Italie, dans la cadre de la procédure Dublin.  lors de cette rencontre, sans autre forme de procès, sans avertissement, il a été incarcéré dans la prison 127bis à Steenokkerzeel sans avoir pu rentrer à la maison. 

Ayant rappelé l’Office des Etrangers qui avait essayé de nous joindre, quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre que l’appel venait de la prison 127bis. L’interlocutrice refusa de nous répondre en français, car elle répondait depuis le territoire flamand. C'est un scandale que des fonctionnaires fédéraux pour un détenu francophone résidant à Bruxelles refusent, pour une question de basse politique, de répondre en Français ! Heureusement bilingues, nous avons compris que Mamadou était incarcéré. On lui a confisqué son gsm, son PC portable et 50 € (caution). Nous avons dû lui racheter un téléphone portable, sans internet ni appareil photographique. Il peut naviguer sur internet 1 heure par semaine sur un ordinateur de la prison !

 L’avocat a directement introduit une requête en extrême urgence auprès du Conseil du Contentieux des Etrangers pour contester la décision de rapatriement de Mamadou vers l’Italie. Le 6 août, malheureusement, cette requête a été rejetée et Mamadou est donc considéré comme “dublinné”. Il faut remarquer que si l’audience était publique et que nous avons donc pu nous y rendre, Mamadou n’a pas pu participer à son propre procès !

 Nous allons depuis lors le visiter régulièrement à la prison 127bis de Steenokkerzeel. Nous devons téléphoner la veille pour nous inscrire (certains jours ce n’est pas possible, le nombre maximum de visiteurs est atteint). L’adresse renseignée sur le site du Ministère de l’Intérieur se situe à 5 kilomètres de la prison 127bis. Un habitant nous a gentiment indiqué la route précise pour y parvenir. Sur place, aucune indication : tout est fait pour occulter ce centre fermé, cette prison. Les seuls panneaux sur la route de la prison indiquent que c’est une voie sans issue, accessible seulement aux tracteurs, piétons, cavaliers et cyclistes. Tant pis, nous engageons notre voiture. Au bout de cette route, une piste de l’aéroport et un petit parking. Nous nous garons. A 150 mètres, une énorme entrée grillagée et une sonnette sans indication, juste une pancarte “entrée fournisseurs”. Nous sonnons, les grilles s’ouvrent, nous entrons dans un sas. Nous devons nous délester de tout dès l’entrée : pas de chocolat, aucune nourriture, pas de GSM ! Nous sommes contrôlés, fouillés.

Après une demi-heure, les prisonniers (rappelons qu’ils n’ont commis aucun délit, ils sont juste nés au mauvais endroit) entrent dans le parloir. Rencontre durant 60 minutes, top chrono. Nous sommes une vingtaine dans une pièce surchauffée de 30 m2. Les amoureux s’embrassent langoureusement devant tout le monde, sans aucune intimité. Les familles pleurent ; certains sont détenus depuis plus de 6 mois.

 Mamadou nous retrouve avec joie, il essaie de ne pas pleurer, heureux de nous retrouver. Lors des visites, nous lui donnons des nouvelles des proches et lui indiquons les avancées de la procédure.

  L’avocat introduit directement une demande de libération auprès du Tribunal d’Application des Peines. L’audience se tient le 17 août et le prononcé du jugement à la même date. L'audience n’est pas publique, nous n’avons donc pas pu y assister. Mamadou a quitté la prison à 8h30 et est rentré au 127 bis vers 16h : menotté, il a été incarcéré dans une cellule du Palais de justice, sans rien boire, sans rien manger.

 Décision du Tribunal : Mamadou est incarcéré de manière abusive, il doit être libéré ! Malheureusement, le Secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, au nom du Gouvernement, fait appel et Mamadou reste incarcéré jusqu’au prononcé du jugement d’appel ( environ 2 semaines).

 Les soutiens nombreux que reçoit Mamadou, le succès de la pétition (actuellement près de 4.000 signataires) sont très important : merci à tous ceux qui le soutiennent.

 En conclusion, voilà un jeune sans famille, un adolescent complètement esseulé, qui fuit la violence dans son pays suite à l’assassinat de son papa. Bien que très bien intégré dans notre famille (il ne coûte donc rien à la Belgique, sauf les frais d’internement et de justice), n’ayant commis aucun délit, la Belgique le met en prison. HONTE ! Qui voudrait voir son enfant traité de la sorte ?

 ATTENTION : dans les années 30, les allemands ont accepté qu’on “éloigne” les juifs. En Belgique en 2018, on “refoule” les jeunes migrants et tant pis s’ils vont mourir, être torturés, du moment que cela se passe ailleurs. Citoyens et citoyennes belges, opposez-vous, les années 30 risquent de revenir, le fascisme s’avance masqué.

 Carmen et Nicolas

Severin Bachelart
3 years ago