Créer un statut et en finir avec le dumping des jeunes ingénieurs prestataires

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Ingénieurs : ce qui attend les jeunes diplômés 

Un ingénieur prestataire est un sous-traitant d’une grande entreprise « client » qui est lié par un CDI avec sa société de service dont le travail est donné par des ordres de mission à durée déterminée. On peut l’assimiler à de l’intérim mais en CDI. Les prestataires (presta) sont soit basés chez le client dans leurs locaux, soit sur des « plateaux » chez l’employeur.

Le nombre de postes à pourvoir dans les grandes entreprises est en baisse constante et le nombre de « presta » augmente  de façon exponentielle. Malheureusement le grand public n’a aucune idée de notre existence, de notre statut, pour tout le monde un ingénieur est un cadre avec un bon salaire, une situation stable. Et pourtant notre situation est loin d’être idéale et surtout loin du tableau qu’on nous dépeint en école d’ingénieurs. Pour se faire une idée aujourd’hui en France nous sommes 350 000 salariés (source SYNTEC) de SICT (Société d’ingénierie Conseils et technologie) et nous sommes 30 000 nouveaux « presta » chaque année (source SYNTEC). D’après ce que je peux voir nous représentons au grand minimum 30% des effectifs sur des grands sites clients sans compter les plateaux et toute la sous-traitance en bureau d’études.

Nous sommes des intérimaires de l’ingénierie MAIS en CDI ce qui nous vaut la soi-disant « stabilité ». En réalité nous avons dans notre contrat une clause de mobilité qui autorise notre employeur à nous proposer une mission à l’autre bout de la France et à nous licencier si nous la refusons. Nos missions sont à durées variables et peuvent être reconduites tous les mois, ce qui est à l’opposé de la stabilité que l’on entend dans un CDI. Comment s’installer avec sa famille lorsque l’on ne peut pas se projeter au-delà de quelques mois et avec cette fameuse clause de mobilité ? Puisque oui, initialement, la prestation était réservée aux experts dans leur domaine qui acceptaient des grands déplacements financièrement gratifiants et à des jeunes diplômés en quête d’expériences formatrices avant d’être recrutés par de grandes entreprises. Aujourd’hui le visage de la prestation a changé, on se voit désormais prestataire à vie (avec des envies de reconversion pour beaucoup) et on fonde désormais des familles tout en étant prestataire.

Nos conditions de travail sont loin d’être idéales, nous n’avons aucune reconnaissance et même aucun respect de la part de nos clients. Le clivage entre le client et le presta est énorme que ce soit en rémunération, RTT, prime, formation et en conditions de travail. Nous nous retrouvons face à des clients qui nous demandent un investissement personnel maximum comme si nous étions des collaborateurs alors que nous n’avons accès à aucun des outils et seulement une partie des informations nécessaires à la bonne réalisation de nos tâches, sans parler du manque de formation. Il nous est demandé une productivité de 100% (par rapport à un agent titulaire) quand les moyens pour y arriver ne nous sont pas fournis. Nous n’avons la plupart du temps pas accès aux parkings, aux cantines, ni même aux ascenseurs ! Nous devons donc nous débrouiller pour nous garer, avec 25min de marche chez certains clients. Pourquoi si peu de considération et de respect ?

Il faut également dire que nous fermons tous les yeux sur l’illégalité de notre situation. Le client nous donne en direct notre charge travail, nous discutons avec les sous-traitants des clients au nom des clients. Le niveau de surveillance contractuelle et technique du client envers ces sous-traitants en est altéré, le client perd son expertise interne et la durée des missions de prestations ne permet pas un suivi continu au sein des projets des clients. Nous n’avons en général pas le droit de signer nos documents pour cette raison, nous rédigeons et c’est notre client qui signe. Lorsque nous demandons des congés à notre employeur, la réponse est en général de demander l’accord au client. Chaque année le nombre de procédures en justice pour délit de marchandage augmente, ce qui empire encore un peu nos conditions de travail et notre exclusion des échanges et des réunions des clients qui nous sont nécessaires pour nous impliquer dans notre travail. Nous sommes donc de plus en plus nombreux mais avec de moins en moins d’outils.

Évolution et suivi hiérarchique sont des notions quasi-inexistantes pour nous. Notre employeur n’a aucune obligation de respecter notre évolution de poste, nos missions nous sont proposées au gré des besoins des clients. Nous pouvons donc avoir une mission de gestion des projets, pilote technique ou autres postes à responsabilités et par la suite avoir une mission de remplissage de base Excel pendant quelques mois. Notre hiérarchie est composée de jeunes managers endoctrinés, qui sont des commerciaux négociant des contrats à bas prix aux dépens de notre salaire. Ces managers avec les recruteurs ont des quotas d’entretiens par semaine pour enrichir les CVthèques des boîtes de presta ne leur laissant pas un instant pour jouer leur rôle de manager. Nous n’avons aucune représentation syndicale d’abord parce que l’âge des prestataires est encore relativement jeune, ensuite parce qu’un cadre syndiqué est assez rare (voir mal vu) et enfin en raison de notre éclatement sur nos sites clients. LA SPÉCIFICITÉ DE NOTRE SITUATION DEVRAIT ÊTRE PRISE EN COMPTE PAR LES SYNDICATS.

L’avantage de la prestation pour les entreprises est clairement économique, pour nous c’est de multiplier les expériences. Encore faut-il pour cela avoir la chance de trouver des missions intéressantes. Nous sommes partagés entre des missions de 1 mois renouvelable sans aucune visibilité et des missions de 12 mois ou plus desquelles nous ne pouvons pas partir. On parle désormais de prestation « pérenne », cela ressemble bien à de l’emploi déguisé mais bien entendu sans les avantages en natures et autres primes qu’ont les salariés de nos clients.

LA QUALITÉ DES MISSIONS QUI NOUS SONT PROPOSÉES DOIT ÊTRE EN ADÉQUATION AVEC NOTRE EXPÉRIENCE ACQUISE. Nos salaires doivent augmenter selon notre expérience, aujourd’hui pour valoriser notre salaire nous sommes contraints de changer de société ce qui est difficile avec un préavis de 3 mois ne permettant pas à une entreprise intéressée par notre profil d’avoir la visibilité pour un délai si éloigné.

LA CASSE DES PRIX FAITE PAR LES GRANDS COMPTES qui donnent des embauches avec des SALAIRES AU RABAIS DE JEUNES DIPLÔMÉS d’écoles d’ingénieurs dans des boites de prestas réalisant des CHIFFRES D'AFFAIRES RECORDS doit finir. Un salaire de prestataire ne devrait pas être de 30% inférieur à celui des salariés des clients !

LA RECONNAISSANCE DE NOTRE STATUT est indispensable avec le retrait de la clause de mobilité, un préavis de départ suite à démission réduit à 2 mois, une obligation du client de nous fournir de BONNES CONDITIONS DE TRAVAIL par l’accès minimum que sont les parkings et les cantines.

Merci de signer cette pétition pour que nous puissions nous faire entendre et faire évoluer nos conditions de travail. Merci de faire circuler afin que notre situation soit enfin connue du grand public. Je ne sais pas ce qu’il se dit aujourd’hui dans les écoles d’ingénieurs, mais j’espère que les jeunes futurs diplômés sont au courant de la situation du marché de l’emploi pour les ingénieurs et de ce qui les attend.



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