Pétition fermée
Adressée à adjoint à la maire de Paris en charge du logement Ian Brossat et 3 autres

Stop Monop’ ! Changez à Paris la politique du financement du logement social par les rez-de-chaussée !

 

Vous êtes parmi les chanceux que la spéculation immobilière n’a pas encore chassés de Paris, mais vous en avez assez de déprimer en voyant autour de vous les petits commerces disparaître l’un après l’autre au profit de la grande distribution, le tissu commercial perdre sa diversité face à l’invasion de boutiques accaparant des rues entières pour une activité unique qui, en général, ne sert pas les besoins des habitants et génère souvent des nuisances. Vous ne comprenez pas pourquoi les politiques laissent faire, voire ménagent des espaces taillés sur mesure pour les Monoprix et compagnie dans leurs résidences dites sociales, plutôt que de donner un coup de pouce dans l’autre sens et de mettre leurs projets immobiliers au service de l’intérêt général de la cave au grenier. Rejoignez-nous. Soutenez notre pétition pour appeler nos édiles à leurs responsabilités et réhumaniser nos quartiers.

 

 

 

Un cas d’école

 

C’est celui du projet de résidence sociale actuellement en construction à l’angle des rues Bichat et Faubourg du Temple dans le Centre-Est parisien, sur la parcelle jouxtant l’immeuble où Pierre Salvadori a logé les grands déprimés de son film Dans la cour.

 

La rumeur en courait dans le quartier depuis quarante ans.

 

Le projet définitif a été approuvé par délibération du Conseil de Paris en juin 2006.

 

Les riverains n’en ont appris le détail que cinq ans plus tard, à la veille des démolitions, sans aucune concertation en amont : cette parcelle qui, à l’époque où la Ville a commencé à l’acheter bout par bout, abritait une cour typiquement parisienne mélangeant habitat et activités artisanales, où l’on dénombrait treize commerces sur les deux rues (poissonnier, primeur, boucher, traiteur, coiffeur, plombier, cordonnier, auto-école, etc.), va faire place à un immeuble de cinq étages comprenant 90 logements sociaux, une crèche de 66 berceaux, 96 places de parking, un jardin fermé au public et seulement deux surfaces à vocation commerciale, l’une de 430 m2, promise à un Monop’, l’autre, de 177 m2, initialement destinée par le bailleur à un magasin de vêtements dégriffés.

 

L’annonce de la crèche et des logements sociaux a été unanimement bien accueillie. En revanche, l’attribution des surfaces commerciales a soulevé un tollé. Normal – dans un quartier qui ne comporte aucun équipement socio-culturel de la Ville et où le commerce de proximité – au sens propre du terme : répondant aux besoins des habitants et favorisant le bien vivre ensemble – a quasiment disparu. À la place, notre horizon s’est réduit à une litanie de boutiques de mode bas de gamme – 68 dans le seul segment de la rue du Faubourg du Temple compris entre le boulevard Jules-Ferry et la rue Jules-Verne, surnommé désormais « rue des Rideaux-Fermés » – et de pourvoyeurs de malbouffe industrielle : 23 supérettes et moyennes surfaces de la grande distribution dans un rayon proche, dont plus de la moitié pour le seul groupe Casino.

 

 

 

Ce n’est pas une fatalité

 

Ce cas n’est pas unique. Confection de gros ou de détail, téléphonie mobile, coiffeurs, ongleries ou même bars branchés, la monoactivité est un fléau qui frappe de plus en plus de quartiers de l’Est parisien. En même temps, le rouleau compresseur de la grande distribution passe partout, au détriment de notre qualité de vie. Dans certains quartiers, la Ville essaie de combattre la dégradation et la disparition des commerces et services de proximité grâce à la SEMAEST (société d’économie mixte d’aménagement de l’Est parisien), qui se porte acquéreur de locaux et y implante des boutiques. Ces programmes sont cependant loin de concerner tous les quartiers frappés par la monoactivité, d’un côté, et le monopole alimentaire de la grande distribution, de l’autre (ils ne s’appliquent pas, par exemple, au Faubourg du Temple), et les résultats sont en tout état de cause mitigés, les commerces implantés contribuant souvent à la « gentrification » des quartiers qu’ils sont censés « préserver ». Les projets immobiliers des bailleurs sociaux permettraient une action plus immédiate, qui pourrait inverser la tendance en faisant d’une pierre trois coups – ce n’est pas qu’un rêve : même en privilégiant, au rez-de-chaussée, le commerce plutôt que les équipements socio-culturels ou les espaces associatifs, il serait toujours possible d’impulser un changement, possible de donner un coup de frein à la spéculation, possible de favoriser des commerces utiles au tissu social et de ménager la transition vers un mode de distribution novateur, conciliant offre de qualité et prix modiques grâce aux circuits courts. Il suffirait de proposer, non pas de grandes surfaces à loyer élevé (pour la facilité des gérants), mais de petites surfaces à loyer modéré (pour le bien-être des habitants), éventuellement même de grandes surfaces à loyer modéré (pour les projets innovants comme le supermarché collaboratif La Louve dans le 18e). Pourtant, partout ou presque où l’intervention publique pourrait jouer ainsi son rôle, nos décideurs abdiquent, laissent faire, accueillent à bras ouverts les enseignes et les gros sous des grands groupes.

 

 

 

Changer la politique des bailleurs sociaux ? Chiche !

 

Le chantier Bichat-Faubourg du Temple (confié à un autre mastodonte : Bouygues) a démarré depuis trois mois. La livraison de l’immeuble est prévue pour l’automne 2015. Si, face à la mobilisation des habitants, les pouvoirs publics (qui financent tout de même le projet à hauteur de près de 5 millions d’euros de subventions et de plus de 15 millions de garantie d’emprunts pour les logements sociaux) acceptent désormais de discuter de l’enseigne qui emportera le morceau, ils persistent toujours dans leur refus de remettre en question la dimension des surfaces proposées et l’importance des loyers demandés : environ 500 € de loyer annuel par m2, hors taxes et hors charges, pour des locaux livrés brut de béton. Autant dire, des prix inabordables pour toute initiative autre que la grande distribution, déjà en position de quasi-monopole. L’argument est toujours le même : purement financier. Soit, selon les mots de Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement :

 

« Les commerces doivent permettre d’équilibrer le budget du logement social. »

 

… au risque de jeter de l’huile sur le feu de la spéculation immobilière…

 

« Il n’y a pas le choix, car c’est le montage financier du projet, et sinon il n’y aura pas de logements sociaux, et il n’y aura pas de crèche. »

 

… au risque de laisser les occupants des logements sociaux à la porte des commerces qui ne seront pas à la portée de leur bourse ; mais peut-on vraiment parler de logements sociaux, alors que plus des deux tiers relèvent de catégories qui prévoient un plafond de ressources annuelles entre 53.845 et 69.999 € pour un ménage avec deux enfants ?…

 

« Il faudra que l’enseigne choisie ait une envergure suffisante pour permettre des recettes financières indispensables à l’équilibre général du projet. »

 

… au risque de voir la même logique d’autofinancement monter dans les étages et remettre en question le caractère social même des bailleurs municipaux, comme c’est déjà le cas des PLS (au plafond de 69.999 €), logements de facto intermédiaires, classés « sociaux » pour mieux remplir les quotas…

 

En même temps, le même Rémi Féraud reconnaît le problème et donne la clef de la solution de simple bon sens que nous venons d’évoquer : « Je pense comme vous que le prix des commerces pour boucler le montage financier, ce n’est plus la bonne façon d’aborder les choses.Le seul moyen de changer ça, c’est de changer la politique des bailleurs sociaux, c’est-à-dire que la Ville ne donne plus des objectifs de rentabilité aussi importants aux rez-de-chaussée des immeubles. » Étant entendu que « le changement possible ne s’inscrit pas que dans un arrondissement, il s’inscrit dans tout Paris ».

 

Tope là !

 

 

 

Et la crise ? direz-vous. Vu le coût démesuré des chantiers de réaménagement du centre commercial Beaugrenelle et du Forum des Halles, pour ne rien dire du projet pharaonique de la Tour Triangle, elle semble étrangement sélective…

 

 

 

Il n’y a pas de mixité sociale sans mixité commerciale !

 

Il n’y a pas de service public là où l’objectif de l’intérêt général est subordonné à celui de la rentabilité économique à courte vue !

 

Le changement, c’est maintenant ou jamais !

 

 

 

Demandons la fin des logiques d’autofinancement dans le logement social.

 

 

 

Signez notre pétition, aidez-nous à lui donner la diffusion la plus large possible et écrivez directement aux élus de votre arrondissement au Conseil de Paris pour exiger une révision de la politique de financement du logement social par les rez-de-chaussée. Dans le cas concret de l’angle Bichat-Faubourg du Temple, la rencontre d’une douzaine de membres et de sympathisants de notre collectif, le 28 mai, avec trois adjoints du maire du 10e arrondissement, en principe favorables à notre cause, n’a fait que confirmer la nécessité d’agir au niveau de l’Hôtel de Ville.

 

 

 

Le collectif STOPMONOP

 

 

 

 

 

Qui sommes-nous ? Pétition papier qui a recueilli dès juin 2011 plus de 400 signatures, campagne de courriers aux élus et rassemblements publics : depuis trois ans, les habitants du quartier Goncourt, réunis aujourd’hui au sein du Collectif STOPMONOP, luttent pour obtenir une révision du projet Bichat-Faubourg du Temple, favorisant en rez-de-chaussée le commerce de proximité, l’artisanat, la vie associative et la culture comme antidote à la monoactivité.

 

Contact : https://groups.google.com/forum/#!contactowner/stopmonop

Et pour plus d’infos rendez-vous sur notre blog : http://stopmonop.wordpress.com

 

Cette pétition a été remise à:
  • adjoint à la maire de Paris en charge du logement
    Ian Brossat
  • maire du 10e arrondissement de Paris
    Rémi Féraud
  • sénateur et conseiller de Paris, président de Paris Habitat
    Roger Madec


Erika ABRAMS a lancé cette pétition avec seulement une signature au départ et il y a maintenant 653 signataires. Lancez votre pétition pour créer le changement que vous souhaitez voir.