Réintégration du Professeur Ibrahim Kaboğlu

Par un décret-loi relatif à l'état d'urgence en date du 7 février 2017, le gouvernement turc poursuit sa lutte contre le terrorisme. Comme d'autres États, il recherche, par des mesures exceptionnelles, à assurer l'ordre public et la sécurité publique. Jusque-là rien de bien nouveau tant il est vrai que les mises en sommeil des règles élémentaires de l’État de droit se multiplient en se banalisant.

Néanmoins, est-il utile, justifié, acceptable et proportionné de démettre de leurs fonctions des universitaires car ils ont signé une simple pétition ? En demandant le retour de la paix dans l'Est de la Turquie, en condamnant les excès militaires envers les populations civiles, ont-ils fait acte de propagande ou de complicité terroriste ? En signant pacifiquement un bout de papier ont-ils mis en péril la République de Turquie ou porté atteinte à ses institutions ? La conviction gouvernementale laisse perplexe en la matière. Ainsi, certains collègues turcs, sur le fondement du décret-loi précité, viennent de perdre leur emploi et, par la même occasion, leurs droits à la retraite pour ceux qui, comme le Professeur Ibrahim Kaboğlu, étaient sur le point d'achever une brillante carrière marquée par la défense et la promotion continue des droits de l'homme.

Ils ont été sanctionnés pour avoir naturellement exercé leur liberté d'expression. Ils ne sont pas les premiers et vraisemblablement pas les derniers à perdre leur travail et cette essentielle liberté de parole, de ton et de contestation.

Le message publiquement adressé par le gouvernement aux personnes concernées et aux générations futures est effectivement d'une simplicité affligeante. Pour vivre dans la tranquillité, il suffit d'observer le silence ou de faire preuve de complaisance ou de se laisser guider par une allégeance aveugle à la politique gouvernementale. En bref, l'obligation de se taire plutôt que la liberté d'expression des idées et des opinions ; l'obligation de s'aligner plutôt que le droit de s'opposer pacifiquement.

Les universitaires signataires de cette pétition et solidaires de leurs collègues turcs rappellent avec force, comme ils l'ont fait dans une précédente pétition sur le même sujet en janvier 2016, que « l’ignorance, le mépris ou l’oubli des droits de l’homme » et de cette liberté aussi précieuse pour la démocratie que constitue la liberté d’expression, « sont les seules causes des malheurs publics ».

Liste des premiers signataires :

Dominique Rousseau, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne 
Anne Levade, professeur à l’Université Paris Est-Créteil
Eric Sales, maître de conférences à l’Université de Montpellier 
Jordane Arletaz, professeur à l'Université de Montpellier 
Julien Bonnet, professeur à l'Université de Montpellier 
Pierre-Yves Gahdoun, professeur à l'Université de Montpellier 
Fanny Malhiere, maître de conférences à l'Université de Bourgogne 
Alexandre Viala, professeur à l'Université de Montpellier
Alain Bockel, professeur à l'Université d'Orléans
Xavier Philippe, professeur à l’Université d’Aix-Marseille
Anne-Marie Le Pourhiet, Professeur à l’Université de Rennes
Jean-Pierre Machelon, Professeur émérite à l’Université Paris V René Descartes
Fabrice Hourquebie, Professeur à l’Université de Bordeaux

This petition will be delivered to:
  • Président de la République de Turquie Recep Tayyip Erdoğan

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