Nous, Goréens, avons décidé de nous unir afin de créer un  mouvement citoyen pour la sauvegarde de Gorée. Ce mouvement, qui se veut libre de toute influence politique ou partisane, lance un appel qui vient en écho à celui de Monsieur Amadou Moctar Mbow, alors Directeur Général de l’UNESCO, il y a 33 ans, afin que soit pris en compte le devenir de Gorée, de son patrimoine en péril et de sa population. Nous espérons qu’il se traduira par une réponse positive de la part de la communauté nationale et internationale.   

Letter to
A toute la communauté internationale A tous les Goréens de naissance ou de coeur
« SAUVONS GORÉE » : Gorée a peur, Gorée se meurt

Nous Goréens, lançons un mouvement citoyen : « Sauvons Gorée »
En 1975, le patrimoine architectural de l’île de Gorée est inscrit sur l’inventaire des monuments historiques du Sénégal.
En 1978, l’île est inscrite parmi les douze premiers sites du patrimoine mondial de l’UNESCO (il y en a près de 1000 aujourd’hui).
En 1980, Amadou Moctar Mbow, directeur général de l’UNESCO, lance un appel à la solidarité internationale pour la sauvegarde de Gorée.
33 ans plus tard, qu’en reste-t-il ?
De nombreux bâtiments, publics comme privés, sont abandonnés, dégradés ou en péril, et l’érosion marine attaque dangereusement le littoral.
De nombreux habitants vivent toujours dans des conditions précaires, voire périlleuses, malgré les intentions affichées par les gouvernements successifs de prendre en compte la dimension sociale de l’île.
Force est de constater que la situation de Gorée est aujourd’hui alarmante.
En 2013, nous, Goréens, lançons un nouvel appel national et international pour la sauvegarde de l’île Gorée, dans un mouvement citoyen libre de toute influence politique ou partisane.
Il est urgent d’agir pour sauver le patrimoine architectural de l’île, mais il est tout aussi urgent d’agir pour offrir à sa population des conditions de vie décentes. Et à cet effet, de résoudre les problèmes de sécurité civile, de santé publique et d’environnement.
Ce sont ses habitants qui font de Gorée une île vivante. Pour que Gorée vive, elle a besoin d’un tissu social fort et diversifié.
Ce sont ces populations constamment menacées d’expulsion qui ont, paradoxalement, permis à ces bâtiments de ne pas s’écrouler, en les occupant et en les entretenant tant bien que mal, avec des ressources limitées.
Après tant d’années, les occupants de ces lieux ne sont pas illégitimes.

Nous, Goréens, parce que nous aimons notre île et avons conscience qu’elle appartient à l’humanité toute entière, sommes concernés par son devenir :
- Nous voulons que Gorée reste vivante et refusons qu’elle se dépeuple.
- Nous voulons que sa population vive dans des conditions dignes.
- Nous refusons que Gorée devienne un champ de ruines ou une île fantôme visitée par des touristes qui n’y reviendront jamais.
- Nous voulons que les centaines de milliers de visiteurs annuels l’apprécient et ne fassent pas que la traverser rapidement entre deux chaloupes.
- Nous voulons que soit privilégié l’emploi des Goréens à travers le développement de programmes économiques et culturels.
- Nous voulons une réhabilitation des grands ensembles surpeuplés, appartenant à l’Etat, dont l’école William Ponty, le camp des gardes, l’ancien hôpital et l’ancien pavillon des sœurs. Et que cette opération s’effectue « en tiroir », à savoir qu’un autre logement sur l’île soit affecté aux occupants, le temps de la réhabilitation.
- Nous voulons des règles du jeu claires et transparentes en matière d’attribution de bâtiments, applicables à tous sans distinction, en concertation avec la Mairie de Gorée et la population.
- Nous voulons que soit également prise en compte l’urgence de la dégradation avancée du littoral de l’île : l’érosion marine risque de faire disparaître à court terme la mosquée, le Relais de l’Espadon, l’ancien Hôpital, la Batterie de l’Ouest et la place de l’Europe.
- Nous voulons que soit refait et appliqué le plan de sauvegarde de Gorée, en impliquant la population et les professionnels que l’île compte parmi ses habitants.
- Nous voulons que soit reconstitué le Comité pour la sauvegarde de Gorée, avec une participation équilibrée entre l’Etat, la mairie de Gorée et les Goréens, et qu’il lui soit donné un vrai pouvoir en matière de sauvegarde du patrimoine.
- Nous voulons que les Ministères de la Culture, du Tourisme et des Loisirs, de l’Urbanisme et de l’Habitat, de l’Environnement et du Développement durable, de l’Aménagement du territoire et des collectivités locales, entendent et soutiennent cet appel.

Avec sa double richesse constituée par son magnifique patrimoine culturel et sa population, le seul véritable Mémorial de Gorée est… l'île de Gorée.