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Lettre aux sénateurs

rosen, membre des survivantes de la prostitution HICHER
Saintes, France

Oct 7, 2015 — LETTRE AUX SENATEURS

Par Rosen Hicher, co-fondatrice avec Laurence Noëlle du Mouvement des survivantes de la prostitution.



Je viens vers vous car je sais que pour nous, survivantes de la prostitution, demain sera un grand jour.

Ayant moi-même été enfermée pendant 22 interminables années dans cette prison, je milite aujourd’hui pour que toutes les victimes puissent un jour retrouver une vie dite « normale ». L’an dernier, j’ai mis toutes mes forces dans une marche de 800 km, durant sept semaines, afin d’attirer votre attention sur l’importance de cette loi ; sur la nécessité de mettre en place au plus vite des moyens de sortie de la prostitution et l’urgence de responsabiliser les « clients », souvent complètement indifférents à la souffrance qu’ils infligent.
 J’en sais quelque chose… Je l’ai vécu.

Aujourd’hui, je ne parle plus en mon nom mais au nom de plus de 250 femmes qui, dans l’ombre, font appel à moi et comptent sur vous pour en sortir. Je me fais leur porte parole car elles se cachent, paralysées par une honte qui les empêche de vivre. En 2015, les personnes prostituées demeurent des condamnées. Condamnées par la justice, condamnées par les proxénètes, condamnées par les clients. Mais aussi condamnées par la société qui les enfonce, les juge et les exécute sans remord.

Pensez-vous sérieusement que nous puissions nous prostituer par plaisir ou par choix ? 
Non, toutes celles avec qui je suis en lien chaque jour ont été entraînées par un présent précaire et un passé de violences et d’abus.

Et puis parlons des clients, restés pendant des siècles les grands oubliés de ce système : des hommes que nous entretenons dans leurs déviances, dans leur mal être. Au lieu de continuer à les encourager à « consommer » des personnes vivantes, objets de trafics et de tromperies de toutes sortes, responsabilisons les. Ce sera aussi les aider à sortir de cet engrenage. C’est à la société de poser des limites et de dire des valeurs.

Peut-on continuer à se cacher derrière son petit doigt en disant : Elles sont utiles ! Mais utiles à qui ? À quoi ? A personne. Je n’ai rendu service à aucun de ces hommes en acceptant des relations tarifiées ; ni à mes enfants en disant que c’était pour eux ! C’est injuste de leur faire porter la responsabilité d’un choix qui n’a jamais été le mien. La vérité, c’est que j’ai été abusée et que l’on m’a construite PUTE. Oui, messieurs, c’est vous qui avez fait de moi une « pute ».

Aujourd’hui, nous avons besoin de cette loi, nous avons besoin de vous.

Ne reculez plus. Votez cette loi pour qu’enfin aucun, aucune de nos fils et de nos filles croie y trouver une prétendue solution ; pour qu’aucun « client » n’imagine y assouvir un besoin sexuel déviant ou une pauvre mise en scène de sa sexualité. Pour que des portes s’ouvrent pour des milliers de femmes. Ce n’est qu’avec l’aide de personnes connaissant bien cette problématique que j’ai pu moi-même retrouver ma liberté et le sentiment de ma dignité.

Alors osez ! Votez cette loi en laquelle nous plaçons tant d’espoir.

En leur nom, en mon nom, je vous remercie.