Pétition fermée

Refondation du PS : pour un PS du XXIe siècle et une consultation ambitieuse des militants

Cette pétition avait 150 signataires


Il y a un an, en appui à la proposition lancée notamment par Axelle Lemaire, alors secrétaire d'Etat au numérique, certain-e-s d'entre nous avaient défendu une large consultation publique pour élaborer notre programme à l'élection présidentielle-une "primaire des idées", en quelque sorte. La proposition n'eut pas de suite, alors que le candidat socialiste, quel qu'il fût, aurait pu s'appuyer sur ce socle pour renforcer la légitimité de sa candidature. Bien qu'En Marche se soit appuyé sur sa "grande marche" pour la construction de son programme et tente aujourd'hui de préempter l'image de formation politique participative, les véritables expériences démocratiques de ces dernières années sont surtout de gauche.

La réticence à l'innovation vient souvent de la crainte de voir remises en cause les situations acquises. L'innovation technologique peut bouleverser les situations de rente de certaines institutions, les obligeant à repenser leur modèle économique sous l'effet de la concurrence.

Profitons de la concurrence d'En Marche et de la France insoumise, qui ont beaucoup investi les outils numériques pour repenser le PS, alors que les situations qui paraissaient autrefois acquises sont aujourd'hui de toutes façons remises en cause par le désaveu des électeur-rice-s. Le conseil citoyen mis en place durant la campagne présidentielle de Benoît Hamon, abouti sur le fond, et les quelques appels à contribution lancés par le PS sont le signe d'un début d'acculturation à ces processus collaboratifs. C'est le moment ou jamais : ayons le courage d'introduire durablement de la "disruption"!

Au-delà d'une nécessaire clarification politique – les grands principes en sont connus, il s'agit de traduire nos valeurs socialistes dans un monde et une économie en mutation profonde – un chantier immédiat est celui de la rénovation des pratiques, qui est indissociable des travaux de fond.

Face à la verticalité proposée par d'autres forces politiques, la création d'un réseau plus horizontal entre militants et instances du parti contribuera à recréer du lien avec les forces sociales dont ces militants sont souvent partie prenante - monde syndical, culturel, étudiant, éducatif... Pourquoi se priver d'introduire de vrais processus de consultation au sein du parti en profitant de l'intelligence collective qui en découle nécessairement ? Loin d'être des gadgets, ces processus contribueraient aujourd'hui à légitimer et rendre audible la voix du PS: "la forme, c'est le fond qui remonte à la surface" écrivait Victor Hugo. Après deux exercices contributifs ces dernières années, les états généraux du PS et les cahiers de la présidentielles, un premier appel au contribution libre sur le thème de la refondation du PS a été lancé la semaine dernière auprès des militants: c'est un premier pas que devront compléter d'autres initiatives.

Nous disposons aujourd'hui de tous les outils pour mener des consultations à grande échelle; la loi pour une République numérique a ainsi été co-construite avec les citoyens en 2016, avec plus de 21.000 participations en ligne. Avec des outils adaptés, un des maux dont pâtit le PS de longue date, la perception d'une centralisation excessive à Paris, trouverait du même coup une solution: la neutralité et la transparence qui caractérisent les outils numériques existants permet d'éviter les doutes quant au sort des contributions envoyées. Pour que l'opération réussisse, il est nécessaire que l'outil choisi permette la traçabilité de celles-ci et un panachage entre votes des militants sur les propositions et possibilité d'amender celles-ci: la démarche doit assurer une véritable transparence et un engagement clair quant à la prise en compte, et dans quelle mesure, des contributions. Pour permettre à tou-te-s de participer, ce travail devra intégrer des sessions physiques, l'organisation d'ateliers, sur le modèle des journées contributives organisées au moment des débats sur le projet de loi numérique: une priorité dans une société où les "déconnecté-e-s" ne doivent pas devenir des "sans-voix" et "sans-droits".

Après sa première convention, samedi 8 juillet, En Marche! a réaffirmé son intention de réitérer les expériences comme la "Grande Marche" et les ateliers citoyens. Nous savons que cette prétention à la démocratie n'est que le cache-sexe d'une forme de "verrouillage": le vote des militant-e-s n'est pas prévu dans les statuts de En Marche!, et les député-e-s sont tenues à une discipline stricte qui proscrit notamment le travail avec des élu-e-s d'autres groupes. A l'heure où les citoyen-ne-s n'ont jamais été aussi formés et désireux-ses de s'engager dans la vie publique, ne laissons pas la démocratie participative être l'apanage médiatique d'un parti dont les méthodes de gouvernance contrastent avec l'esprit collaboratif, alors que ce sont des municipalités socialistes qui ont introduit les budgets participatifs (à Paris et Rennes, par exemple) et que c'est un gouvernement socialiste qui a introduit les premières consultations publiques sur des projets de loi !

Il y a tant à faire dans ce domaine au PS: lancer une consultation auprès des militant-e-s sur les statuts-mêmes du PS afin de les adapter aux exigences contemporaines de transparence et de participation; ouvrir la feuille de route de la direction provisoire à la concertation en permettant aux militants et sympathisants de modifier celle-ci; ouvrir demain nos projets, nos programmes, à la consultation citoyenne... Certes, la consultation prend du temps, mais considérablement moins qu'il y a quelques années grâce à l'amélioration des outils. Et le jeu en vaut la chandelle: ce n'est pas un simple affichage positif envoyé aux citoyens, mais le meilleur moyen de bénéficier de l'intelligence collective d'une société de plus en plus en réseau, d'un espace public de plus en plus dense, d'une expertise citoyenne de plus en plus affutée.

Au-delà de la mise à niveau nécessaire en matière d'outils numériques, nous devrions aussi jeter un œil vers les réactions des partis frères qui, en Europe, ont pu se trouver dans une situation similaire. Si la crise de la social-démocratie est européenne, le pays avec lequel le plus de parallèles peuvent être tirés aujourd'hui est bien l'Espagne. Pris en étau par Podemos, à sa gauche, et Ciudadanos, au centre, le PSOE a entrepris, depuis ses revers électoraux de 2015, un processus de transformation important, avec une volonté de clarifier la ligne et de renforcer la démocratie interne du parti.

Si nous voulons réussir à rénover le PS de fond en comble, il faudra, tel le lion d'Ainsi parlait Zarathoustra, se défaire des présupposés qui détournent du renouveau. Gardons nos principes et nos valeurs comme "morale par provision" et partons à la reconquête.

 

Gabrielle Siry, Secrétaire nationale à l'économie du parti socialiste

Laurent Cervoni, Conseiller spécial Politiques numériques

Boris Jamet-Fournier, Secrétaire national-adjoint du PS en charge du Numérique et des réseaux sociaux

et (par ordre alphabétique) : 

Mehdi Benlahcen, Président du groupe "Français du Monde" à l'Assemblée des Français de l'étranger, membre du bureau fédéral de la fédération de Français de l'étranger

Florian Bercault, socialiste, entrepreneur dans le numérique

Florian Bohême, membre du PS fédération des Français de l'étranger, ancien membre du Conseil national

Damien Bongart, vice-Président du Conseil départemental 35, en charge des usages numériques et du Très haut débit

Karim Bouamrane, Secrétaire national à l'innovation du PS

Marie-Pierre de la Gontrie, Secrétaire nationale chargée du pôle "République, citoyenneté"

Boris Faure, Premier fédéral de la fédération PS des Français de l'étranger

Christophe Fouillères, Premier fédéral de la fédération PS d'Ille-et-Vilaine

Thomas Gachet, Dirigeant associatif dans une fédération d'éducation populaire, étudiant en Master 2 Ingénierie de la Concertation

Emmanuel Grégoire, Premier fédéral de la fédération PS de Paris

Rita Maalouf, Secrétaire nationale à la Politique industrielle et aux entreprises et chargée du pôle économie du PS

Nathalie Malmberg, Secrétaire nationale du PS à la fonction publique

Guillaume Mathelier, membre du Conseil national du PS

Maxime Picard, Premier fédéral du Morbihan

Octave Procope-Mamert, trésorier de la fédération PS des Français de l'étranger

Nicolas Sfez, Secrétaire national aux institutions du PS



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