Ouvrir la parole sur la sexualité pour prévenir violences et harcèlement

0 a signé. Allez jusqu'à 100 !

emmanuel GUYOT
emmanuel GUYOT a signé la pétition

Une histoire de violences sexuelles sur des enfants – Ouvrir le sujet

Un texte écrit le 26/11/2018, en Guyane, lors de notre travail sur l'éducation affective et sexuelle.
Témoignage d'un sujet et d'un moment poignant. Dénonciation d'agissement outranciers. Lettre au président, aux ministres et députés. Une demande simple.

Monsieur le président, mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les député(e)s, je viens vous parler d'un endroit de France où des jeunes filles subissent la prostitution légale et le viol, et où de jeunes hommes se sentent non seulement impuissants face à cette situation, mais finissent par l'intégrer comme comportement normal dans leur vie.
Je conviens que c'est un peu abrupte comme entrée en matière, mais je vous laisse prendre connaissance de quelques détails de mon expérience.
Je reviens de Maripasoula, en Guyane Française. Je pense pourvoir dire, sans malice, ni jugement, que Maripasoula est une des extrémités géographiques et culturelles de la France.
Voilà 3 ans que j'interviens au collège, avec une équipe de Métropolitains et de Guyanais, auprès des 3ème, sur le thème des « relations affectives et sexuelles » et de la « violence sexuelle ».
Nous avons fait le choix de ne pas venir faire un cours sur la question, mais d'ouvrir, pour les élèves des espaces de paroles et d'échange sur ces questions.
Nous leurs proposons d'abord de parler d'eux, de leurs désir, de plaisir, de ce qu'ils savent de la sexualité, de l'autre sexe... Nous accueillons leurs paroles, garçons et filles dans des cercles de parole distincts, et répondons à leurs questions en parlant de sexualité, comme on parle d'un autre sujet ; sans gène, sans tabou, mais avec respect et discernement. Ensuite, chaque groupe écrit et répond aux questions de l'autre sexe. Questions souvent crues et directes, mais sincères. Alors, nous les accompagnons pour que chacun puisse entendre les désirs, les pulsions, les peurs, les représentations de l'autre. Les croyances tombent, les questions restées dans l'ombre s'éclairent.
Si vous pouviez voir, mesdames et messieurs, leurs silences, leur étonnements, leurs prises de conscience, … C'est comme si la pression, la tension, se relâchaient, quant à ce sujet.
Enfin, nous leur demandons ce qu'il faudrait pour créer une relation saine et joyeuse entre garçons et filles. Ils nous répondent : du respect, de l'amour, de la parole et de l'écoute. Puis nous leur demandons ce qui empêche de telles relations entre garçons et filles.
Et j'en viens ici au cœur du sujet qui me préoccupe et que je souhaiterais amener à votre connaissance.
Une jeune fille nous a répondu spontanément : « ce sont les hommes qui nous appellent dans la rue ». L'ensemble de la classe était dans l'affirmative. Ils nous en ont dit plus. Il y a ici, mesdames et messieurs, des hommes adultes qui invitent des jeunes filles de 12 ou 15 ans à venir chez eux et en échange de cadeaux, ont des rapports sexuels avec elles.
Dans des mises en situation, nous avons exploré avec eux comment dire non, comment ne pas répondre, fuir, trouver du soutien, auprès des adultes du collèges, auprès des amis, comment aider une amie dans cette situation. C'est presqu'incroyable de voir comme c'est difficile pour ces jeunes filles de dire non. Car non seulement, le respect de l'adulte est prépondérant, mais l'idée de dire non les met dans la terreur de représailles violentes.
Je n'oublierai jamais, mesdames et messieurs comment cette séance s'est terminée. Je vous livre de mémoire, le dialogue avec la jeune fille qui a amené le sujet.
Elle : « Mais j'ai peur que si je dis non, il me fasse du mal »
Moi : « Qui peut vous protéger contre des gens qui vous font du mal ? »
Elle : « Les gendarmes ? »
Moi : « oui »
Tous : « Ici, ils ne s'occupent pas de ça. Ils n'ont pas le temps. Il n'y a pas la loi ici, monsieur »
Moi : « ?!? ... »
Elle : « C'est bien quand il y a qq un pour nous aider ; un ami ou un adulte. Mais comment je fais si je suis toute seule ? »
Moi : « ... »
D'autres : « Il faut courir … »
Elle : « Ha oui ! »
...
Elle : « Vous, vous allez partir Monsieur ? »
Mois : « Oui, nous allons partir demain »
Elle : « Dommage »

Je n'oublierai jamais, Mesdames et Messieurs, le regard que nous avons échangé à ce moment là. J'y ai vu de la fatalité et du désarroi. Puis un sourire radieux est revenu éclairer son visage. Car, malgré cela, la joie est toujours là. Une joie pure, celle des enfants, celle qui éclaire le monde.
Je n'oublierai jamais, mesdames et messieurs, la profonde tristesse, l'immense colère et la honte qui m'ont submergé ensuite. Honte que mon pays ne sache pas protéger ses enfants. Honte que ces enfants, débrouillards et remplis de joie de vivre ne trouvent pas un gendarme pour les aider dans cette situation inacceptable.
Cette situation n'est pas un cas isolé. C'est une manière courante, établie et non réprimandée. J'imagine qu'elle est vécue à de nombreux endroits dans le mode, et probablement aussi en France métropolitaine.
Pouvez vous imaginer le mal irréparable que génère ces situations chez les jeunes filles qui le subissent, et chez les jeunes hommes qui s'imprègne de tels comportements ?
Perpétuellement, nous confions le monde à nos enfants. Alors comment avoir de l'espoir pour ce monde si nos enfants ne grandissent pas dans la sécurité de leur cœur, leur corps et de leur intimité ?
Bien sur, le monde est rempli de ces injustices, de problèmes inquiétants, révoltants et sans solutions simple et à court terme, et je sais que vous avez beaucoup à faire. Malgré tout j'aimerai vous demander, vous suggérer de créer un poste de gendarme supplémentaire à Maripasoula. Un gendarme référent, qui pourrait aider tout ceux qui là bas fond un travail de fond sur ce sujet : les services sociaux, les enseignants, les familles, les amis, qui œuvrent pour que ces « pratiques », sources de nombreux problèmes et troubles chez les jeunes, puissent s'arrêter.
Car sans le soutien de la loi, le travail de fond est presque inutile.
Demain, je vais effectivement rentrer en métropole et me retrouver loin de ce territoire, de ces agissements. Loin des yeux, loin du cœur dit on souvent. Mais je garderai en mémoire, en plus de la tristesse et la colère qui me poussent à agir aujourd'hui, le regard et le sourire de cette jeune fille. Et je cherche maintenant mon chemin pour continuer à œuvrer dans ce projet, car je sais que ces thèmes sont aussi présents en métropole et partout dans le monde, et je serai preneur de toute aide, soutien, attention.
Merci de votre attention.

Demande écrite le 14/12/2018
Un mois après avoir vécu ces évènements, je mets mon énergie et celle de ma compagnie Le Septième Point, au service du développement de ce travail auprès des adolescents, en collèges, lycée et de la mobilisation et la formation des adultes encadrants (enseignants, parents, éducateurs, policiers, infirmières, travailleurs sociaux, ...)
Les sujets liés à la sexualité, trop tabous, trop mis dans l'ombre, deviennent sources de nombreuses frustrations et parfois se transforment en taquineries, mesquineries, puis violences, harcèlement, que ce soit physiquement ou sur internet.
Aussi je vos demande un soutien moral pour que, avec l'aide des institutions locales et nationales :
NOUS PUISSIONS MOBILISER, FORMER ET FAIRE COOPÉRER LES ADULTES AUTOUR DES SUJETS LIES A LA SEXUALITÉ AFIN D'ACCOMPAGNER NOS ENFANTS
pour que ces sujets s'ouvrent, s'apaisent et que nous avancions sur les problèmes de violences sexuelles, du harcèlement et plus généralement des relations entre garçons et filles, entre hommes et femmes.

> Vous pouvez me partager vos témoignages, vos idées, vos soutiens
> Vous pouvez me mettre en contact avec des personnes potentiellement intéressées par ce projet pour le mettre en œuvre ou le financer
> Je vous propose plus d'information sur le projet, sur demande, par mail ou Fb.
Merci de votre soutien.

Emmanuel Guyot
emmanuelguyot@ymail.com
www.leseptiemepoint.org