Pétition pour l’écriture en boustrophédon

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« Nous n’accepterons plus que "la/le droiti(è)r(e) l’emporte sur le/la gauch(è)r(e)"»

 

Pétition en faveur de l’écriture en boustrophédon

 

Monsieur le Président de la République,

Monsieur le Ministre de l’Education nationale,

Madame la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche,

Madame la Ministre de la Culture et de la Communication,

Mesdames et Messieurs les membres de l’Académie française,

 

Les soussigné(e)s, Droitier(e)s et G-A-I-I-H-M (Gauch(è)r(e)s, Ambidextres[1], Indécis(e)s, Indéterminé(e)s, Hésitant(e)s et Manchot(e)s), enseignant(e)s ou non, mais recourant à l’écrit dans leurs activités quotidiennes professionnelles et privées, s’engagent à ne plus accepter la règle d’après laquelle « la/le droiti(è)r(e) l’emporte sur le/la gauch(è)r(e)"» :

 

Nous soussignés déclarons avoir cessé ou nous apprêter à cesser d’admettre la perpétuation d’une discrimination inique consistant dans la règle de l’écriture et de la lecture de gauche à droite. Nous réclamons son remplacement immédiat et sans condition par l’écriture en boustrophédon.

Si, par le présent texte nous sacrifions encore au mode archaïque d’écrire, c’est uniquement pour être lus – et pour garantir un affichage correct dans les navigateurs et traitements de texte, fustes instruments de la domination dextriste –, et cette ultime tolérance doit être comprise comme geste suprême de pitié envers le vieux monde dextriste, sa cigarette du condamné ! 

Les raisons qui président à cette nécessité instante et supérieure sont nombreuses, elles relèvent du bon sens et de la Justice, aussi bien commutative que distributive. Elles s’appuient sur les résultats unanimes de toutes les études scientifiques sérieuses sur le sujet et sur une longue expertise philosophique, philologique, cognitiviste, médicale et sociologique([2]).

La première est que l’écriture de gauche à droite est d’invention récente et qu’elle demeure particulière à certaines sociétés qui l’ont imposée historiquement par le biais de la Colonisation, dont plusieurs aspects – outre celui-ci – relèvent du crime contre l’Humanité (notamment l’esclavage) et de l’extermination culturelle. Nombreuses sont encore de nos jours les sociétés qui écrivent et lisent de droite à gauche (l’écriture de la langue arabe, par exemple, bien qu’en l’espèce, la diffusion de l’écriture de droite à gauche procède également d’une colonisation et fasse inversement grief aux droitiers) ou de haut en bas (certaines écritures asiatiques p. ex. – qui certes font grief aux personnes de petite taille) et, aux sources de la civilisation occidentale, la célèbre constitution de Gortyne (illustration), entre autres, est gravée en boustrophédon.

L’écriture en boustrophédon, enchaînant l’écriture de gauche à droite et de droite à gauche (ou le contraire), et que légitime parfaitement l’Histoire et la Raison (la raison pure et la raison pratique), présente l’avantage de mettre fin à la discrimination dont sont victimes les G-A-I-I-H-M pour lesquels l’écriture dominatrice de gauche à droite constitue une torture quotidienne au sens propre, susceptible d’entraîner des troubles musculo-squelettiques et des lésions nerveuses et, en tout état de cause, un handicap cognitif permanent, aussi désavantageux à l’écriture qu’à la lecture. Le coût social de cette étrange lubie passe toute mesure : faut-il le rappeler ? les droitiers, au service desquels se maintient un privilège inouï en cette matière comme en d’autres ne représentent à la naissance qu’environ 40% d’une population, en sorte que les G-A-I-I-H-M (dont celles et ceux que les aléas de la vie ont inopinément privé d’une main « majoritaire » valide) forment ensemble les six dixièmes de humanité, opprimée et sacrifiée sur l’autel somptuaire d’une oligarchie dont l’arbitraire se prolonge jusque dans les plus matériels des détails du quotidien, telle une injure permanente, un véritable signe de Cain ! Or, il est évident qu’en ce domaine, les pouvoirs publics se montrent défaillants et attentistes depuis des décennies voire des siècles (tous les privilèges ne sont pas tombés le 4 août 1789 !), leur action demeurant prisonnière de l’insidieuse influence de quelque intérêt industriel ou de classe prospérant à l’ombre de l’académisme le plus poussiéreux et pompeusement paré de l’argument de la tradition…

L’adoption de l’écriture en boustrophédon apportera remède à une persécution d’autant plus sournoise qu’elle porte sur un domaine essentiel dans une ère de la connaissance et de la communication et permettra de mettre la pratique l’idéal d’Egalité que revendique si fièrement la devise républicaine ; elle enrichira enfin la Liberté puisqu’il sera loisible de commencer d’écrire de droite à gauche comme de gauche à droite et cela sans blesser la Fraternité puisque chacun(e) écrira, au moins une ligne sur deux comme son prochain. Elle favorisera, d’une manière générale la compréhension entre individus et entre sexes en confrontant chaque scripteur, en permanence mais fort doucement, au miroir de sa propre latéralité scripturale : cette « spécularité » constante n’est-elle pas le meilleur vecteur d’une acceptation de l’altérité ? 

L’écriture en boustrophédon facilitera l’entente entre les peuples dans la mesure où elle réconciliera les cultures de l’écriture de gauche à droite et celles de l’écriture de droite à gauche : cette simple mesure doit être considérée comme le véhicule d’un meilleur dialogue entre les membres de la famille humaine et, partant, de la paix universelle. Elle est, par essence, un nouvel Espéranto graphique ! Elle prépare l’unification scripturaire de l’Humanité ! Au-delà, ne négligeons pas qu’elle nous prépare mieux au dialogue avec d’éventuelles civilisations extra-terrestres dont nous ignorons, quant à présent, la manière dont elles ordonneraient leurs signes. 

Sans doute chacune et chacun de vous hésitera, avant d’apposer sa signature au bas d’une décision si conséquente, qui rompt avec une aliénation imposée dès l’enfance et dont l’étymologie même clame la flétrissure (« dextre »/« senestre ») depuis la naissance de l’Histoire, mais il ne faut pas trembler ni temporiser quand l’urgence des temps présents commande la réparation de la dispersion d’un monde post-babélien !

Vous vous honorerez et montrerez la voie en cette œuvre pie qu’exigent de la modernité, la Justice et la Raison, que réclament les peuples, les cultures et les individus, aliénés par l’univocité scripturale, renvoyés, au nom de stéréotypes monstrueux et dépassés, au bas, voire au ban des sociétés, politiquement asphyxiés et humiliés par la subordination de leur écriture à un dextrisme féodal dénué de fondement rationnel. Songez encore à la modestie de l’exigence : il ne s’agit nullement de « venger », car on n’imposera pas l’écriture de droite à gauche, mais d’équilibrer en réconciliant les deux sens pour les mettre en partage équitable. 

Sans doute beaucoup doit encore être fait pour la restauration de la dignité des G-A-I-I-H-M (de la poignée de porte à la conduite automobile, de la braguette au sens des aiguilles d’une montre…), mais le plus urgent est bien l’adoption de l’écriture en boustrophédon, qui est l’emblème de toutes les mesures de l’égalité latérale ! 

Bien entendu, il conviendra d’accompagner scrupuleusement cette décision des plus symboliques des mesures d’application qui la performeront : mise en œuvre immédiate dans le Journal officiel ; mise à disposition d’une application gratuite de conversion ; adaptation des claviers ; détermination des règles de « bon usage » ; adaptation de la ponctuation et des règles de césure… Il apparaît donc pertinent de constituer une commission internationale et interdisciplinaire, faisant place à la Société civile comme à l’Expertise et représentative des différentes cultures de l’écrit, pour déterminer les solutions concrètes aux problèmes pratiques qui se poseraient.

Nous proposons sur ce dernier point de décider que, quel que soit le sens, gauche-droite ou droite-gauche, dans lequel est écrit la première ligne d’un texte manuscrit ou imprimé, celui-ci commence par convention en milieu de ligne : cette convention dont l’évidence nous dispense ici de plus amples explications, s’impose comme conséquence logique de l’esprit même de la révolution boustrophédonique.

 

Nous soussigné vous appelons donc,

  • Monsieur le Président de la République,
  • Monsieur le Ministre de l’Education nationale,
  • Madame la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche,
  • Madame la Ministre de la Culture et de la Communication,
  • Mesdames et Messieurs les membres de l’Académie française,

 à prendre au plus tôt la décision qui s’impose, soit l’adoption de la règle de l’écriture en boustrophédon et à faire en sorte qu’elle soit bientôt inscrite dans la Loi et dans la Constitution, seul moyen selon nous de triompher des résistances archaïques intéressée au statut quo de l’inégalité.

 

Nous fondons sur vous nos espoirs démocratiques.



[1] Pourquoi « -dextres » ?!
[2] Cf. la recension exhaustive de N. Flanders Jr., Penser la latéralité à front renversé : pour l’abandon d’une approche manichéenne du paradigme « dextre/senestre » - essai d’épistémologie, trad. de l’anglais américain M. Cretos-Vassilis, Genève, L’Ananorme (coll. Lingua Nova), 2013 (bibliographie critique, p. 342-376).



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