Pour que le français reste une langue maîtrisée

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Depuis un an, une énième réforme du CAPES est en cours. Elle vise à porter le coup de grâce aux dernières compétences disciplinaires des enseignants du second degré, alors que la réduction drastique des volumes horaires imposée aux universités ne leur permet plus d’assurer en amont du concours la formation de base que les étudiants ne reçoivent plus dans le secondaire. Il est urgent de sortir de cette spirale infernale.
Le rôle des professeurs de français dans la capacité des citoyens à s’écouter, à se comprendre, à dialoguer, est fondamental. Il repose sur des compétences disciplinaires précises, que la disparition programmée des épreuves de langue française et d’explication de texte au CAPES de lettres modernes, de latin et de grec au CAPES de lettres classiques, réduit à néant.
 
 La communauté enseignante déplore, chaque année davantage, le niveau catastrophique de la maîtrise de la langue française par les étudiants, ceux-là mêmes qui se destinent à l’enseignement. Fautes d’orthographe, de syntaxe, emploi anarchique des pronoms, des prépositions, de la ponctuation, pauvreté et impropriétés du vocabulaire sont le lot commun. À l’heure actuelle, de nombreux candidats reçus au CAPES conçoivent des séquences pédagogiques irréprochables sur des notions disciplinaires de base qu’ils ne maîtrisent pas. Ces lacunes entraînent confusion de l’expression écrite et orale. Elles nuisent à la compréhension des textes littéraires comme aux situations de communication ordinaire.
Ne pas maîtriser la langue prive de l’outil nécessaire au dialogue et au vivre-ensemble, entrave la structuration conceptuelle ainsi que la compréhension et la formulation d’une pensée nuancée. Comment comprendre la subtilité d’un discours politique, comment résister aux discours d’embrigadement ou de radicalisation, lorsque les lacunes grammaticales empêchent de distinguer entre le temps et la manière, entre la cause et la conséquence, entre l’hypothèse et la condition ? Lorsqu’elles interdisent de suivre un raisonnement logique bâti sur plus de deux propositions subordonnées ? Quels outils conceptuels peuvent encore fonder un engagement idéologique ? La réforme en cours du CAPES achèvera de priver les jeunes citoyens de la seule arme pacifique possible : la maîtrise, par la compréhension et la production, de la pensée et du discours.
 
La formation et l’évaluation de la compétence disciplinaire au CAPES garantit l’aptitude des futurs professeurs de français à maîtriser et à transmettre la capacité d'entendre, d'expliquer, d'argumenter, de résister à ceux dont la maîtrise verbale est la plus grande force. Les épreuves de linguistique et stylistique vérifient la maîtrise des outils analytiques et conceptuels. Elles vont de pair avec la connaissance de la diachronie du français, dont les humanités sont filles du latin. La maîtrise diachronique de la langue crée une histoire commune. L’histoire de notre langue explique ce qui passe aux seuls yeux de l’ignorance pour d’arbitraires bizarreries. Tout étudiant qui apprend par l’ancien français la formation des pluriels du français moderne, la raison d’être des prétendues conjugaisons irrégulières, l’évolution du sens des mots du latin jusqu’à l’époque contemporaine, cesse de voir le français comme une accumulation d’exceptions. L’enseignant capable d’expliquer l’état présent de la langue par son passé aplanit les difficultés orthographiques et grammaticales, les rend compréhensibles, cohérentes, et donc aisément mémorisables.
Les disciplines linguistiques sont au service de la lecture minutieuse des textes écrits par ceux dont la maîtrise de la langue est exemplaire : écrivains, penseurs ont, par leur intelligence de la parole, fondé les valeurs d’humanisme, de tolérance, d’esthétique, de paix, qui fondent l’identité de notre démocratie. L’explication de texte est le seul exercice qui développe une compréhension aiguë des détails d’un texte, c’est-à-dire de ses nuances singulières. Elle éduque à la reconnaissance et au respect de l’autre, observé dans les finesses de sa différence et de son individualité.
Maîtrise de la langue et acuité de la lecture sont des préalables indispensables à la production de la pensée qui s’élabore dans le cadre de la dissertation. Pour être transmises à tous les élèves au nom de l’égalité des chances, ces compétences doivent d’abord être parfaitement maîtrisées par les maîtres, qui ne sont maîtres qu’à cette condition.
 
C’est pourquoi nous, universitaires, enseignants de langue et de littérature française moderne, d’ancien français et de littérature médiévale,
nous, candidats aux concours d’enseignement désireux de recevoir jusqu’au bout une formation disciplinaire garante de notre efficacité, de notre crédibilité et de notre légitimité,
nous, étudiants qui nous destinons à l’enseignement du français
nous, professeurs de français du secondaire, conscients de notre responsabilité dans le dialogue citoyen,
nous, parents d’élèves inquiets du processus d’analphabétisation qu’entraînerait pour nos enfants le défaut de maîtrise, par les professeurs de français, des outils d’analyse de l’expression française,
nous, élèves de français de collège et de lycée persuadés que la maîtrise technique de la langue et de la culture françaises contribueront à faire de notre société un espace de dialogue et de non-violence, respectueux de l’autre,
nous demandons le maintien au concours du CAPES des épreuves disciplinaires de langue française moderne, de langue médiévale et d’explication de texte qui garantiront les compétences des futurs professeurs de français.

Le Bureau de la Société de Langues et Littératures médiévales d'Oc et d'Oïl (SLLMOO)