Pour la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la guerre au Cameroun

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Le 13 Septembre 1958, le corps supplicié de Um Nyobe était exposé à la population camerounaise avant d’être coulé dans du béton afin de lui interdire toute sépulture traditionnelle et de l’effacer de la mémoire collective des camerounais. Traqué durant des semaines, abattu par l’armée française qui menait une guerre coloniale et néocoloniale au Cameroun, Um Nyobe de concert avec ses compagnons de lutte, Félix-Roland Moumié, Ouandié Ernest, Osendé Afana, Abel Kingué, tous tués dans la répression des nationalistes,avait eu l’audace et le courage de demander l’indépendance de son pays à l’ONU. Ancien protectorat allemand administré par la France et l’Angleterre après la Première guerre mondiale, le Cameroun n’était pas formellement une colonie française mais un territoire « sous mandat » de la Société des Nations, puis « sous tutelle » de l’ONU après 1945.  Um Nyobe était le leader de l’Union des Populations Camerounaises, dont les partisans et sympathisants furent pourchassés et opprimés sans relâche par l’armée française et ses supplétifs camerounais entre 1955 et 1970. Cette guerre secrète fut décidée, prolongée, amplifiée, par tous les gouvernements qui se succédèrent à la tête de l’État français, avant et après l’indépendance du Cameroun. Des dizaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, furent déportés, enfermés dans des camps de travail ou de concentration, exterminés collectivement, torturés et violés, en application des principes et techniques de la guerre de contre-insurrection, qui s’exporta plus tard dans les Amériques. Tout au long de ces quinze années de terreur, l’État français a participé, organisé, appuyé des crimes de guerre et crimes contre l’humanité attestés par les historiens et les témoins, mais niés ou esquivés avec le plus grand mépris et la plus grande condescendance par les autorités françaises.

Cette amnésie imposée à un pan ô combien important de notre histoire commune, perpétue symboliquement, comme une chape de plomb, les crimes coloniaux et post-coloniaux ainsi couverts et ignorés de façon éhontée.

 Le président Chirac avait évoqué les événements tragiques de Madagascar, le président Hollande s’était rendu à Thiaroye au Sénégal pour saluer la mémoire des « tirailleurs » sénégalais, déclarant : « La France se grandit chaque fois qu’elle est capable de porter un regard lucide sur son passé et la France n’est pas elle-même quand elle détourne son regard ». En visite au Cameroun en 2015, François Hollande avait ouvert la voie à un véritable devoir de mémoire, parlant « d’épisodes tragiques » et de « répression », souhaitant l’ouverture des archives aux historiens.

Monsieur le Président de la République Française, au moment où vous souhaitez écrire une nouvelle page des relations entre la France et les pays africains, il n’est pas concevable que vous vous en teniez à ce silence mémoriel qui continue d’outrager et de couvrir d’indignité nombre de ces anciennes colonies et anciens territoires assimilés français. Un silence qui ne pourra pas toujours masquer les manquements de la France à ses propres principes, chèrement conquis pourtant, et qui risquera de constituer le ferment de prochaines revendications incontrôlables de la jeunesse africaine. C’est pourquoi nous vous demandons que soit reconnue la responsabilité de l’État français dans l’assassinat de Um Nyobe et de ses camarades ainsi que dans la Guerre qui fut menée entre 1955 et 1970 au Cameroun, l’année 2018 marquant les 60 années symboliques qui nous séparent de ces heures sombres de l’histoire commune de la France et du Cameroun.

L’heure est venue, pour la France, monsieur le président, de se regarder en face, au miroir de ses valeurs, et d’inscrire le respect, la confiance et la reconnaissance d’un passé douloureux au fronton de ses rapports à ses anciennes colonies et territoires assimilés : elle n’en sortira alors que grandie, elle et ses victimes déshumanisées. Alors sera possible un nouveau départ entre peuples liés par l’histoire et la conscience forte d’une égalité concrète entre humains. 



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